Mario Morisi, sa vie, son oeuvre

L’âme de ce journaliste, romancier et homme de radio, est tiraillée entre son Italie de naissance, Marseille où il vit une partie de l’année, et Besançon, sa ville de coeur, découverte à l’adolescence et qui ne l’a plus jamais quitté

Les plus jeunes le connaissent à travers les ondes de Radio Sud où sa grande silhouette revient animer régulièrement les ondes de la station de la rue Mégevand. Les plus anciens, eux, se souviennent de Mario Morisi comme le poil à gratter de la presse locale à travers le journal qu’il avait créé ici au mitan des années quatre-vingt-dix : L’Écho du zinc. Il ne s’était pas fait que des amis dans le microcosme politique de l’époque mais lui en rigole encore, trente ans après ses “joyeux méfaits”.

Venu pour étudier dans la capitale comtoise, Mario Morisi a découvert Besançon il y a bientôt soixante ans, alors qu’il avait 16 ans. Après une enfance nomade, trimballé de Paris au nord de la France, la famille Morisi s’installe dans le Jura où le père de Mario travaillait pour Solvay. Nous sommes à l’aube de Mai-68, il traverse ces années lycées dans la tempête des révolutions étudiantes, renonçant définitivement à une carrière qui lui tendait pourtant les bras : footballeur.

Mario Morisi continue à animer régulièrement des émissions sur l’antenne de Radio Sud à Besançon
“Plus jeune, j’avais été repéré et j’avais intégré l’équipe de France scolaire de football. J’ai dû renoncer à cette passion pour diverses raisons. À Besançon en deux ans, je suis passé de footballeur à intellectuel !” sourit-il.

Le coup de foudre pour Besançon, il l’aura dès son entrée dans la Boucle alors qu’il descendait de la gare avec ses valises, par Battant. “Je croyais arriver dans une ville grise de l’est de la France, j’ai découvert un joyau, je me retrouvais là où Stendhal a situé l’arrivée de son Julien Sorel. J’ai poussé un grand ouf de soulagement.” Les années lycée, il les a passées à côtoyer des profs voltairiens et marxistes à la fois qui lui ont forgé son caractère de “rebelle passionné” comme il se définit lui-même. Il aura notamment comme voisin de table à Saint-Jean un certain Jean-François Humbert qui deviendra sénateur et président de la Région Franche-Comté.

Les années fac succéderont aux années lycée, avec une maîtrise de philosophie en poche, puis un séjour linguistique en Angleterre, avant de revenir à Besançon un peu plus tard où il deviendra le directeur de la M.J.C. de Palente. Dans le bouillon culturel du début des années quatre-vingt, Mario Morisi cofondera avec Manou Comby et Mario Lontananza Rock à Besançon, qui annonçait les prémices du Cylindre de Larnod. Besançon à cette époque était incontestablement un des phares de la culture rock en France.

Mario part ensuite à Marseille où il rencontre la maman de sa fille, avant de revenir en 1993 à Besançon avec dans ses bagages un produit qu’il avait lancé dans la cité phocéenne : le fameux Écho du zinc, un journal qui paraîtra à cadences irrégulières entre 1994 et 2000. “On l’avait surnommé nous-mêmes “le journal qui abuse modérément”. Il était l’expression de tous les non-officiels de la ville. Il a fait pas mal de mécontents, le maire de l’époque Robert Schwint qui jouait sa réélection l’avait traité de “torchon” bien sûr, mais nous n’avons jamais eu un seul procès !” aime à rappeler son fondateur.

L’Écho du zinc, soutenu notamment par la pub des bars du centre-ville et par quelques généreux mécènes, a tout de même tiré jusqu’à près de 4 000 exemplaires, avant de disparaître faute de moyens financiers et Mario Morisi, il faut l’avouer, devenant persona non grata dans la cité bisontine.

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D’autres expériences plus ou moins éphémères dans la presse locale ont suivi : Culture et compagnie, la Gazette du sport ou encore Welcome magazine ont occupé les jours (et les nuits) de Mario Morisi qui de journaliste a gentiment glissé vers la fonction de romancier, dépeignant avec acuité à travers ses livres ce qui fait la vie parfois interlope du Besançon qu’il aime (ses romans sont toujours disponibles à la librairie À la page rue Ronchaux).

Mario Morisi n’a pourtant jamais coupé le cordon avec les médias, animant régulièrement depuis 2018 des émissions sur Radio Sud avec laquelle il entretient un lien ancien et de fidélité. Toujours un projet en tête, il prépare la sortie pour l’an prochain aux Éditions Cêtre, de son prochain roman intitulé “L’ombilic de la Boucle, chroniques bisontines, mais pas que”. Parce qu’à la manière d’un cordon ombilical, quelles que soient les vicissitudes que la vie réserve au désormais septuagénaire, Mario Morisi considérera toujours Besançon comme sa ville-mère. Et on le sait, avec une mère, les liens ne se coupent jamais. “Besançon, c’est à jamais le cœur de ma vie” conclut l’Italo-Bisontin.


Cet article vous est proposé par la rédaction de La Presse Bisontine
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