Pain béni
De longues files d’attente devant la station Total de Morteau, quand elle est approvisionnée, d’autres stations quasiment désertes… Bientôt des queues devant les magasins d’alimentation ? Avec un prix du litre de gasoil qui dépasse les 2,40 euros, la situation économique du pays, si elle n’est pas désespérante, est-elle au moins préoccupante.
Imaginons que bientôt, le produit de l’impôt sur le revenu en France - un peu moins de 100 milliards d’euros - servira tout juste à rembourser non pas la dette abyssale de la France, mais juste les intérêts de cette dette ! C’est dans ces deux chiffres qui n’ont sur le papier aucun lien - le prix des carburants et la charge de la dette publique - que l’on peut mesurer à quel point la désespérance des Français est grande à quelques mois des prochaines élections, présidentielle, et législatives. Comment ne pas en vouloir à ceux qui nous gouvernent d’avoir mené le pays vers une si grande fragilité financière alors que ce pays, quoi qu’on en dise, reste un des plus riches et prospères du monde ? Mais par manque de courage politique, on fait mine, depuis quarante ans, d’afficher une santé budgétaire trompeuse alors que le malade est en soins palliatifs.
Près de la moitié des dépenses de prestations sociales en France est désormais engloutie par le paiement des retraites (pour plus de 420 milliards d’euros par an), et on sait pertinemment que ce gouffre ne se résorbera pas naturellement à cause du vieillissement de la population, mais on trouve encore des candidats qui défendent le principe aberrant d’un âge de départ en retraite à 62 ans, voire à 60 pour certains. Les mêmes qui incitent le gouvernement actuellement à dépenser encore plus pour aider les ménages qui sont étouffés par les prix de l’essence, et qui, dans le même temps, tapent sur le gouvernement au motif qu’il dépenserait trop… Ce climat politique kafkaïen avec des dirigeants impuissants de surcroît à infléchir un tant soit peu les tensions internationales qui sont la vraie cause de cette impasse économique en dit long sur les risques de débordements auxquels on doit s’attendre dans quelques mois à l’approche des élections. On sait que les extrêmes fleurissent sur les décombres. L’état économique actuel de notre pays laisse présager l’épanouissement de ces partis qui se nourrissent en priorité des angoisses des citoyens. L’actualité économique est du pain béni pour eux.
Jean-François HAUSER
Directeur de la rédaction

