Patriarcat
Un homme, retraité, âgé de plus de 60 ans. Voilà le portrait-robot type des maires de notre région. L’I.N.S.E.E. Bourgogne-Franche-Comté vient de rendre une étude éclairante sur le sujet, à l’heure où la règle de la parité entre les femmes et les hommes dans les conseils municipaux devient la règle pour toutes les communes, y compris les moins peuplées. Cette parité, qui ne concernait jusque-là que les communes de plus de 1 000 habitants, a bien du mal à progresser. À la veille des prochaines élections municipales, à peine 21 % des maires de notre région sont actuellement des femmes. En une quinzaine d’années, cette proportion de femmes maires a évolué très lentement, n’augmentant que de quatre points. La réforme de la parité généralisée va-t-elle changer la donne ? Rien n’est moins sûr. Si les conseils municipaux de toutes les communes seront composés pour moitié d’hommes et pour moitié de femmes, rien n’obligera les conseillers municipaux à mettre une femme à leur tête. L’I.N.S.E.E. le souligne, sans pour autant se poser la vraie question du pourquoi : “Le mandat de maire demeure difficile d’accès pour les femmes.” La réponse à cette question semble toutefois assez limpide. S’il demeure si peu de femmes aux commandes des communes - sur les 23 communes de plus de 10 000 habitants de la région, seules quatre sont tenues par des femmes dont les deux principales quand même, Dijon et Besançon -, c’est que le système patriarcal tel qu’il est en place depuis des décennies, ou plutôt des siècles en France, n’a pas encore laissé suffisamment de places aux femmes pour qu’elles s’expriment aux hauts niveaux de responsabilités. Plus trivialement, une femme s’autorise moins souvent à déserter la maison surtout si le foyer comporte des enfants en bas âge, pour s’adonner à des tâches d’administration politique, et rien dans le statut de l’élu ne les encourage à le faire. Les partisans d’un machisme atavique diront que les choses sont ainsi faites. Ceux qui défendent une certaine idée du progrès social s’en offusquent. Mais rien pourtant n’est mis en place pour améliorer la représentativité féminine à la tête des exécutifs. Les mentalités évoluent lentement. La part de femmes maires à l’issue de ce scrutin de mars 2026 sera un bon indicateur pour vérifier, si en matière de démocratie, la cause des femmes progresse ou stagne inlassablement.
Jean-François HAUSER
Directeur de la rédaction

