Elle a impulsé la création de l’association Miroirs du monde, elle en assume aujourd’hui la direction. Tanja Nikolov, originaire de Macédoine, arrivée en France il y a plus de 20 ans, s’appuie sur son vécu pour accompagner les personnes dans leur intégration.

Concentrer la focale sur elle, être dans la lumière, n’est pas ce que Tanja Nikolov apprécie le plus. Plutôt que de parler d’elle, elle préfère se placer sous le signe du collectif, des missions de l’association qu’elle a contribué à créer il y a plus de dix ans, Miroirs du monde.

Le lien entre les personnes, le vivre ensemble et le dialogue représentent sans aucun doute les maîtres-mots qui guident la directrice de l’association. Sous son accent roulant du pays des Balkans qu’elle a dû quitter au début des années 2000, la Macédoine, Tanja Nikolov choisit avec précision ses mots. Car, pour elle, la langue constitue le fil rouge de son parcours et de ses actions. L’apprentissage du français, pour la jeune Tanja, 30 ans, débarquée de son pays natal en guerre, alors que sa maison avait été brûlée dans le conflit, est compliqué. Journaliste en Macédoine, elle confie avoir dû “faire le deuil de son métier. Toutes mes compétences sont devenues mes faiblesses. La communication, c’est la perfection, c’est le savoir d’écrire Et moi, je ne parlais pas français. C’est quelque chose qui m’a pesé.”

C’est au milieu des autres et du collectif que Tanja Nikolov (debout à gauche aux côtés du président de l’association Surender Verma) trouve sa place.

Son master n’étant pas reconnu en France, Tanja passe une licence en animation socio-culturelle. Elle entame ensuite un contrat aidé au C.C.A.S. à Planoise pour animer un groupe de femmes autour du site web collaboratif Migrations. “À travers mon histoire d’exil, de personne venue s’installer en France, j’ai une prise de conscience, à mon niveau, de ce qui fonctionne, explique Tanja. Il faut ravaler sa fierté, subir les humiliations. On vit le fait d’avoir quelque chose qui nous différencie comme une honte. Au début, je m’excusais tout le temps parce que je ne parlais pas bien le français. Avec le recul et l’âge, c’est ma signature.”

L’année 2013 marque un tournant majeur dans sa vie. Elle signe d’abord la fin de son contrat aidé au C.C.A.S. C’est à ce moment-là que Tanja tombe sur un prospectus présentant le concours Talent des Cités, créé pour valoriser l’esprit d’entreprendre dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Avec plusieurs femmes de son groupe qu’elle animait au C.C.A.S., Tanja se lance dans l’aventure. Elles imaginent en trois jours ce que deviendra Miroirs du monde. Ce projet gagne le premier prix régional du concours. “Nous sommes dans un quartier difficile. Nous proposons des activités autour du vivre ensemble pour établir des liens entre les personnes qui viennent en France. Nous donnons la parole à chacun et chacune.”

Pour faciliter le parcours d’intégration de leurs adhérents, l’association dispense des cours de Français langue étrangère. “On travaille sur la posture, sur le savoir être. On essaie d’être utile aux personnes. Il y a l’apprentissage des codes sociaux qui ne sont pas les mêmes selon les pays. Certes, on doit s’adapter, mais on ne peut pas être juste dans l’assimilation. Il faut partager ce qu’on sait, ça nous enrichit.”

Espace où poser ses valises, espace de dialogue, l’association a pour objectif de valoriser la diversité socio-culturelle et plurilinguistique. Depuis 2024, elle a ouvert un café associatif, véritable vitrine de Miroirs du monde. Des cafés des langues y sont notamment organisés, tout comme un concours de cuisine, le 20 mai prochain. Chaque mois est dédié à un pays. “Pour certains, nous sommes une association de défense des étrangers. On essaie d’être dans la justesse, on valorise l’humain. Il n’y a pas de nationalités, c’est l’humain qui prime.”

Si Tanja a été obligée il y a quelques années de faire le deuil de son métier de journaliste, elle n’y reviendrait pas aujourd’hui. Tout comme elle ne quitterait pas Planoise. “Je me suis engagée. C’est humain d’être épuisé, il y a plein de gouttes qui font déborder le vase, mais on n’est pas là que pour nous, il y a tout un quartier, un contexte. Beaucoup de personnes viennent parce qu’elles souffrent de solitude et d’isolement”, observe-t-elle.

Midi au café associatif de Miroirs du monde. Le pays à l’honneur est la Roumanie. Dès que Tanja entre, le sourire illumine son visage. Elle navigue entre les tables pour saluer les convives attablés. Les gens viennent naturellement discuter avec elle, les mains se serrent de façon informelle, symbole s’il en est de soutien et de fraternité. Tanja est l’un des reflets de Miroirs du monde. Un reflet renvoyant une humanité qui démonte un discours ambiant se radicalisant de plus en plus au mépris de toute nuance. “D’ailleurs, je préfère qu’on dise personne d’origine diverse, pas étrangère”, souligne Tanja. Là encore, les mots choisis sont vecteurs d’humanité.


Cet article vous est proposé par la rédaction de La Presse Bisontine
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