La natalité est en berne dans la région. Si le Haut-Doubs est encore un peu épargné, les chiffres ne devraient pas repartir à la hausse pour autant.
Notre région Bourgogne-Franche-Comté est la seule de France à perdre des habitants selon les dernières statistiques démographiques de l’I.N.S.E.E. Bourgogne-Franche-Comté. Et ici, contrairement à la moyenne française où le nombre de décès a dépassé celui des naissances l’an dernier, c’est le cas déjà depuis 2015 dans notre région où le solde naturel (la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès) se creuse depuis dix ans.
Dans cette évolution morose, le département du Doubs continue bon an mal an à tirer son épingle du jeu. “Le croisement des courbes entre les naissances et les décès s’est réalisé seulement en 2024 dans le Doubs” observe Charles Pilarski, chef du service Études et diffusion de l’I.N.S.E.E. Bourgogne-Franche-Comté. En 2023, on a enregistré autant de naissances que de décès dans le Doubs (5 116 précisément) et en 2024, la courbe des décès (5 142) est passée au-dessus de celle des naissances (4 976) pour la première fois. “Le Doubs était le dernier des huit départements de B.F.C. qui avait encore un solde naturel positif. L’an prochain, tous auront un solde naturel négatif dans la région.” À l’échelle de la région, 22 500 bébés seulement sont nés en 2024 en Bourgogne-Franche-Comté, c’est un niveau historiquement bas, et “l’une des plus fortes baisses de France métropolitaine.” C’est le plus faible nombre de naissances enregistrées dans la région depuis cinquante ans.

Si on prend la loupe et on analyse la situation à l’intérieur même du département, trois zones se distinguent. La bande frontalière d’abord, entre Pontarlier et Valdahon en passant par Morteau continue à enregistrer une assez forte croissance démographique, de l’ordre de 0,5 à 1 % par an. “Le Haut-Doubs reste une exception, avec un solde naturel et un solde migratoire positifs. Et plus on se rapproche de la frontière, plus les communes ont un solde naturel positif” ajoute M. Pilarski. La capitale du Haut-Doubs, Pontarlier, gagne 0,8 % de population par an (dont 0,5 % dû au solde naturel), ce qui a permis à la ville de retrouver une croissance démographique, passée de 17 197 habitants en 2017 à 18 067 habitants en 2023.
La deuxième zone est Besançon et son agglomération, avec là aussi, une croissance démographique assez soutenue (+ 0,3 à + 0,4 % par an), avec quelques disparités cependant selon les secteurs de la périphérie. Certaines communes de l’Ouest et du Nord bisontin affichent une belle santé démographique, comme Saint-Vit (+ 0,9 % par an), Miserey (+ 1 %), Pouilley-les-Vignes (+ 2 %), Pirey (+ 0,7 %) tandis que le mouvement est moins favorable au Sud et à l’Est de la préfecture du Doubs. Marchaux affiche ainsi un - 0,2 % par an, Saône - 0,9 %, Thise - 0,3 %, Novillars - 2 %. La troisième zone est le secteur de Montbéliard qui poursuit sa déprise démographique. La Cité des Princes a perdu par exemple à elle seule 700 habitants en moins de six ans.
Mais dans le Doubs comme ailleurs dans notre région, et en France, le pic des naissances se situait en 2010 et depuis, les courbes des naissances n’ont fait que baisser. Une des conséquences de cette baisse régulière des naissances depuis une quinzaine d’années, c’est que les effectifs scolaires ne feront que diminuer dès ces prochaines années. En 15 ans, on a enregistré une baisse de 25 % des naissances dans notre département, et entre - 30 et - 35 % dans le reste de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Pourquoi fait-on moins d’enfants depuis une quinzaine d’années ? À cela plusieurs facteurs selon les statisticiens de l’I.N.S.E.E. D’abord une question logique : le nombre d’enfants dépend d’abord du nombre de femmes en âge de procréer, l’effet est donc mécanique avec 5 % de femmes en moins qui sont en âge de procréer dans le Doubs depuis 2010. La baisse de la fécondité est un autre facteur explicatif de la baisse du nombre de naissances. En 2010, les femmes du Doubs affichaient un taux moyen de 2,09 enfants. Ce taux est tombé à 1,53 enfant par femme en 2024. Des facteurs sociologiques entrent aussi en ligne de compte dans ce recul de la natalité : une mise en couple de plus en plus tardive, des durées d’union qui ont tendance à se raccourcir, une augmentation de l’infertilité, une certaine prise de conscience écologique de certains couples, une peur de l’avenir ou un manque d’argent… “Tous ces éléments font qu’un mouvement de fond est enclenché. À savoir combien de temps il va durer” interroge Charles Pilarski.
