C’est en tout cas la perception globale des acteurs économiques, ils étaient une dizaine, réunis à Pontarlier mi-décembre lors d’une table-ronde sur l’emploi des seniors animée par la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises du Doubs en partenariat avec France Travail.
Pas toujours facile et agréable de se retrouver demandeur d’emploi après 50 ans même si on peut souvent se prévaloir d’une expérience professionnelle que d’autres, plus jeunes, n’ont pas encore. “L’inclusion des seniors est un des thèmes du dispositif national “Les entreprises s’engagent” coanimé par la C.P.M.E. et la Direction départementale de l’Emploi, du Travail, des Solidarités et de la Protection des Populations. L’objectif de ces réunions thématiques est d’apporter des solutions aux entreprises sur les questions de l’emploi, du handicap, de l’économie durable… Pour chaque action on va chercher des acteurs locaux : entreprises, collectivités, sociétés de services”, indique Raphaël Lucas, le secrétaire général de la C.P.M.E. 25.

Un job dating sur les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans précédait de quelques heures la table-ronde. “Ce rendez-vous a mis en relation 37 demandeurs d’emploi et six entreprises pontissaliennes. Les candidats ont été spécialement préparés en amont par les conseillers de France Travail. Ils ont suivi des webinaires pour être plus à l’aise et valoriser leurs compétences”, précise Laurence Perrier, la directrice de France Travail Pontarlier.
D’autres entreprises ont ensuite rejoint celles qui étaient au job dating pour échanger sur leur perception des seniors dans leur stratégie de recrutement. “On souhaitait les sensibiliser, faire tomber les a priori au sujet des seniors qui coûteraient trop cher, qui ne sont plus dans le coup et les informer aussi sur différents dispositifs comme l’immersion professionnelle avant embauche ou la préparation opérationnelle à l’emploi individuelle”, explique Raphaël Lucas.
La part des seniors dans l’effectif varie d’une entreprise à l’autre. Dans le groupe Intoo spécialisé dans l’immobilier, on compte 23 % de seniors sur un total de 400 collaborateurs réparties sur 17 agences dont 10 dans le Doubs. Ici, l’âge n’est pas un critère de recrutement. “C’est avant tout une question de motivation. On est sur une région en tension d’emploi et on s’intéresse davantage à la personnalité sans faire de différence entre les jeunes et les anciens. Au contraire, c’est important dans une structure comme la nôtre d’avoir tout type de profils. On essaie même d’avoir cette mixité d’âge dans chaque agence. En recrutant des seniors, on sait qu’on gagne en fidélisation”, explique Isabelle Boyrie, directrice générale d’Intoo Habitat et responsable R.H.
Les agences France Travail situées sur la bande frontalière constatent que beaucoup de travailleurs frontaliers ont tendance à revenir sur France, passés le cap de la cinquantaine. “Les enfants sont partis, la maison est payée et beaucoup expriment une grosse lassitude des temps de transport, des bouchons. On sait aussi que la fuite des compétences n’est pas près de s’arrêter quand on observe la pyramide des ages de la population suisse avec des départs en retraite massifs dans les années à venir”, nuance Jean-François Locatelli, le directeur de France Travail dans le Doubs.
Isabelle Porgye, P.D.G. du groupe FCNet et Polysécurité à Besançon a connu des expériences positives ou négatives avec des seniors. “Il faut tester, tenter et faire confiance” dit-elle.
D’autres employeurs rappellent que l’un des principaux freins au recrutement sur le Haut-Doubs n’est pas l’âge mais le logement. “Pour un chauffeur à qui l’on offre un salaire entre 1 700 et 1 800 euros, c’est le gros problème”, souligne ce patron de T.P. Youssef El Machichi, gérant de l’entreprise One1 Sécurité-Haut-Doubs sécurité incendie ne fait pas, lui non plus, de différence. “Pour nous l’âge, c’est un non sujet. S’il a 50 ans et qu’il est bon et qu’il se lève tous les matins pour aller au boulot, ça me va”, annonce ce dernier en pointant aussi du doigt une faille du système. “Un agent de sécurité en Suisse gagne entre 4 000 et 5 000 euros. Quand il revient sur France et qu’il découvre qu’il touchera beaucoup moins, il a parfois tendance à profiter de la situation en restant au chômage.”
Jean-François Locatelli rappelle aussi l’existence d’un outil intéressant, à savoir le complément d’allocation, payé pour amortir en quelque sorte la différence de salaires entre deux situations. “C’est un argument qu’on met en avant pour les seniors et qui permet de faire une transition en douceur.”
À Hyper U de Doubs, les seniors représentent 20 % de l’effectif. “La pénibilité des postes est une contrainte dans la grande distribution, d’où l’importance de ne pas proposer un poste qui découragerait la nouvelle recrue qui n’aurait plus la même condition physique qu’à 20 ans”, explique un responsable du personnel.
Des méthodes de recrutements innovantes
La méthode de recrutement par simulation Méthode de recrutement objective fondée sur l’évaluation des habiletés et la motivation des candidats pour tenir un poste de travail.
L’immersion professionnelle avant embauche Utile pour rendre les métiers attractifs et sélectionner le bon candidat. La période d’immersion permet de faire découvrir le poste ou d’évaluer des candidats en situation de travail.
La préparation opérationnelle à l’emploi individuelle Elle permet de former le candidat pour qu’il ait dès l’embauche les compétences minimales requises. France Travail construit avec l’employeur un parcours sur mesure adapté au poste, au candidat et à l'organisation de l’entreprise. Avec les aides à la formation, les futurs salariés peuvent bénéficier jusqu’à 450 euros de formation réalisées par un organisme ou jusqu’à 300 heures de formation réalisées en 100 % tutorat.
