Les professionnels des TP reprochent à Grand Besançon Métropole d'avoir stoppé ses investissements eau et assainissement

Par la voix de son secrétaire général, la Fédération régionale des travaux publics (FRTP) a clairement pointé du doigt l'agglomération bisontine qui ne jouerait pas le jeu de la relance des investissements publics dans une période pourtant cruciale pour ce secteur d'activité. Élu bisontin chargé de la question, Christophe Lime répond.

Christophe Lime, l'élu bisontin chargé de ces questions, répond aux accusations.

Grand Besançon Métropole ne jouerait-elle pas le jeu de la relance économique ? C'est en tout cas comme ça que Christophe Lime a compris la position de la Fédération régionale des travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté qui par la voix de son secrétaire général Jean-Pierre Dauge a pointé du doigt l'agglomération bisontine à l'occasion d'une réunion organisée la semaine dernière par le préfet du Doubs avec les professionnels du bâtiment et des TP.
Voici l'article que nous avions alors consacré :

Le bâtiment et les travaux publics poussent pour une reprise massive de l’activité
Les professionnels du bâtiment et des TP attendent des mesures et s’inquiètent du blocage des institutions pour cause d’élections municipales en suspens.

Après cette mise en cause directe, Christophe Lime, l'élu bisontin chargé des questions d'eau et d'assainissement, a tenu à faire entendre la position de Grand Besançon Métropole. S'il reconnaît des retards à l'allumage liés notamment au transfert début 2018 de la compétence "eau et assainissement" des communes à l'Agglomération, l'élu communiste apporte son éclairage. "Je suis un peu surpris et déçu de ce genre d'accusations d'autant que nous entretenons depuis longtemps une relation de confiance avec la FRTP note M. Lime. On savait que la reprise de cette compétence à l'échelle de l'agglomération n'allait pas être simple à gérer au départ. Mais dès janvier 2018, notre objectif, en alignant le prix de l'eau à 3,30 euros le mètre cube dans toutes les communes de l'agglo, c 'était d'investir 130 millions d'euros sur 10 ans, soit 13 millions par an. La réalité depuis 2018, c'est 10,4 millions en 2018 et 13,6 en 2019. Pour 2020 et 2021, on a inscrit 20 millions d'euros d'investissements par an" détaille-t-il.

GBM prévoit d'investir 20 millions d'euros cette année et 20 autres l'an prochain dans les réseaux d'eau et d'assainissement du Grand Besançon. (photo GBM)

Alors pourquoi la FRTP maintient-elle ses griefs ? "Sans doute parce qu'en effet, ces travaux se sont plutôt concentrés jusqu'ici sur la mise en conformité de stations d'épuration dans certaines communes de l'agglo dont nous avons repris la gestion et où les entreprises de génie civil interviennent peu, et nous avons moins investi sur les réseaux et les canalisations, c'est vrai" reconnaît Christophe Lime qui précise aussi avoir rencontré dans les services "des soucis de sous-effectifs, avec trois postes vacants qu'on n'a pas réussi à pourvoir."
Troisième point de blocage : l'obligation soumise à GBM par l'Agence de l'eau de mettre sur pied un "schéma directeur de l'eau" à l'échelle de la communauté urbaine. Sans ce document, pas d'aides financières de l'Agence, "alors que les aides de cette Agence sont à portée de main" note Jean-Pierre Dauge pour la FRTP. "Nous sommes en train de finaliser ce document précise Christophe Lime. En même temps, pour relancer plus vite des travaux, nous discutons avec l'Agence et le Conseil départemental pour déclencher des investissements avant même que ce schéma soit validé de manière à lancer des chantiers plus vite que prévu. C'est d'autant plus important en ce moment particulier où les entreprises de TP ont plus que jamais besoin des investissements des collectivités."
Des réunions sont d'ores et déjà prévues d'ici juin par GBM pour accélérer le processus. Et de con côté, le préfet du Doubs a promis de mettre en place prochainement "un groupe de travail thématique sur l'eau et l'assainissement à l'échelle du département."
Christophe Lime n'oublie pas de rappeler toutefois que sur certains des récents appels d'offres lancés par GBM, "il est arrivé qu'une seule entreprise réponde... C'est parfois un peu paradoxal."


La réponse de la FTTP

Par la voix de son secrétaire général Jean-Pierre Dauge :

"Pour ce qui concerne l’eau (potable et assainissement) et la voirie, les compétences des 68 communes du bassin bisontin ont été transférées en 2018 à Grand Besançon Métropole. Par conséquent, Il appartient désormais aux services techniques de Grand Besancon Métropole, en charge de l’eau, de diagnostiquer les réseaux d’eau de chacune des communes afin de planifier des travaux de renouvellement de façon pluriannuelle. Pleinement consciente que le transfert de compétences était un enjeu important pour les services de GBM, c’est tout naturellement que la FRTP-BFC, et les représentants du syndicat des Canalisateurs de Franche-Comté avaient, en octobre 2019, organisé une rencontre avec les élus et la direction Eau et Assainissement, pour sensibiliser sur le sujet et proposer un accompagnement.
Nous le réaffirmons, nous croyons en la force du partenariat avec Grand Besançon Métropole ! Citons par exemple, l’exemplaire synergie entre GBM et les entreprises de Travaux Publics dans le domaine des grands travaux et de la voirie. Le devoir d’une Fédération, ne consiste-t-il pas à sensibiliser et parfois lancer l’alerte sur un sujet sanitaire majeur, au premier rang desquels : l’eau ?
Le taux de renouvellement acceptable des réseaux d’eau, c’est-à-dire garantissant une étanchéité et une qualité sanitaire certaine oscille entre 60 et 80 ans. Or, il apparaît que bon nombre de ces réseaux d’eau ont été créés dans des délais qui vont bien au-delà, parfois 120 ans !
Toutes les études ont démontré que, entre la zone de captage et le robinet, nous perdons entre 30 à 40 % de l’eau potable. Dans un contexte où l’eau se raréfie (raréfaction exacerbée par des sécheresses successives) au point de figurer au tout premier rang des urgences sanitaires, la Fédération des Travaux Publics, le syndicat des Canalisateurs de France, présentement par la voix de son secrétaire général ne doivent-ils pas interpeller l’ensemble des parties prenantes pour agir et passer à l’action ?
D’autres actions autour du sujet sont menées depuis des années, nous rappelons que le thème de la 8e édition du carrefour des Collectivités Locales en 2019 à Besançon était centré sur l’eau. Chaque élu qui le souhaitait, a pu d’ailleurs s’exprimer, notamment sur le stand de notre partenaire, Le Cluster Ecochantiers.
L’Europe (par le FEDER), les Agences de l’eau, permettent d’optimiser les budgets des EPCI enfin de renouveler ces réseaux, mais il convient cependant d’impulser le mouvement. Lorsque les entreprises qui interviennent dans le domaine des réseaux d’eau, sur un bassin économique donné et à périmètre constant, constatent que le chiffre d’affaires a chuté de 80 % entre 2018 et 2020, n’est-il pas dans les prérogatives d’une Fédération d’alerter les consciences afin de faire bouger les lignes et cela, pour les défendre l’emploi de 440 salariés des entreprises de Travaux Publics intervenant sur les réseaux d’eau sur le périmètre de Besançon, mais également l’avenir des 360 apprentis de l’Ecole de Travaux Publics basée à l’Ecopole et au-delà, pour le bien de générations futures ?"