24 ans, Julie-Anna Domergue est pilote de ligne sur un Airbus A 320. Elle a parcouru 46 pays et déjà effectué 1 000 heures de vol. Cette aventurière de l’air garde pourtant ses racines profondément ancrées en Franche-Comté, sur le goudron de la piste de l’aérodrome de La Vèze.

Pour Julie-Anna, l’aviation est tellement inscrite dans ses gènes qu’elle ne saurait dire la première fois où elle est montée dans un avion. “Tout commence même avant ma naissance”, sourit la jeune femme. Il faut dire qu’avec un papa pilote - Claude Domergue de l’école d’aviation située à La Vèze - et d’une maman hôtesse de l’air, les racines étaient suffisamment solides pour que Julie-Anna puisse prendre son envol dans l’aviation. “Il y a une tradition dans la famille , reprend-elle. En rentrant de la maternité, il y a un baptême de l’air avant même le passage de porte de la maison.”

Julie-Anna, à 24 ans, devenue pilote de ligne.

Depuis toujours, Julie-Anna a baigné dans l’aviation. “Là où j’habite à Montpellier, j’entends le bruit des avions et ça a quelque chose de familier, de rassurant. C’est la même odeur, la même sensation. Depuis quelques années, je suis partout, j’ai visité énormément de pays (46 !) et à chaque fois, dans mon avion, ça résonne très fort, je suis chez moi.”

Ayant appris à piloter avec le paternel, Julie-Anna ne sait pas quand elle a vraiment commencé. “J’ai toujours appris par induction, au fur et à mesure.” Une date est néanmoins inscrite dans son esprit. Un 19 décembre, Julie-Anna a 15 ans, elle effectue son premier vol solo à La Vèze. Toute la famille y assiste dans la tour de contrôle. “Le moment où on décolle, il y a de l’appréhension, on est livré à soi-même. En voiture, on peut toujours s’arrêter sur le bas-côté. En avion, c’est plus compliqué…”

C’est donc avec naturel et passion qu’elle a suivi la voie familiale sans jamais changer de cap. Comme son grand frère, commandant de bord depuis une vingtaine d’années, Julie-Anna est devenue pilote de ligne il y a trois ans. Elle a passé sa licence de pilote de ligne en deux ans à Strasbourg dans une école privée. Également pianiste, elle a assuré des cours pendant ses études. Un conseil pour des pilotes en herbe ? “La motivation. J’étais nulle à l’école, en décrochage scolaire, personne ne croyait à mon projet professionnel, on voulait me réorienter en Bac professionnel.” Finalement, Julie-Anna arrive à décrocher son Bac scientifique avec tout juste la moyenne.

Depuis ses 21 ans, elle pilote un Airbus A320 pour la compagnie lituanienne Heston Airlines, une compagnie A.C.M.I. (Aircraft crew maintenance insurance). “C’est une sorte de leasing. Quand une compagnie a besoin d’avions en plus parce qu’elle ouvre une ligne temporaire, elle fait appel à nous, au lieu d’acheter un avion”, explique Julie-Anna. La pilote peut voler aussi bien pour une grande compagnie nationale que pour des plus confidentielles. “Aucun vol ne se ressemble”, souligne la jeune femme qui peut rester 20 jours, voire plus dans un pays. Elle en profite pour visiter, lors de ses jours de repos. Elle a ainsi découvert le village le plus haut du Caucase, en Azerbaïdjan, proche de la frontière russe. Prochainement, elle va passer 50 jours au Mexique. “Je trouve ça fou, j’ai grandi dans un petit village du Doubs et je vais aller me poser à Guadalajara.”

Julie-Anna, alors âgée de 5 ans environ, dans l’avion familial.

Aventurière, loin d’être casanière - rester trois jours à la maison, c’est le maximum - elle parcourt le monde par les airs. “Pour l’instant, à 24 ans, ça me plaît. Mais après, je veux une famille, des enfants…”

Son rêve de toujours ? Travailler pour Air France, ce qui lui permettrait de concilier stabilité et aventure. Si elle vole sur un Airbus, elle avoue souhaiter piloter un Boeing 777 ou 747. “J’ai une passion pour les longs vols, j’aime changer complètement d’air, de passer d’une législation européenne à une législation américaine par exemple.”

Passionnée, Julie-Anna l’est assurément, elle qui n’a jamais l’impression de travailler mais d’être en vacances. Grâce à sa famille et à sa détermination, la Doubienne a pu déployer ses ailes dans un monde encore très masculin. Dans sa compagnie, sur 200 pilotes, trois sont des femmes. Il est à espérer que son parcours donne envie à d’autres de prendre leur envol pour vivre leur rêve, la tête levée vers un ciel infini de possibilités.


Cet article vous est proposé par la rédaction de La Presse Bisontine
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