Le Maîchois publie dans “Le vol de la Paloma” le témoignage poignant de l’enlèvement de sa fille par sa propre mère frappée de folie. Une histoire vécue qui le hante encore.
Il l’avoue, et ne peut le cacher : “Je suis un anxieux…” Et pour cause, Christian Billod-Morel a vécu l’impensable il y a une trentaine d’années : l’enlèvement de sa fille adorée par sa compagne de l’époque qui a sombré dans la folie.
Dans un récit poignant et détaillé, au fil des quelque 570 pages de ce livre, l’auteur raconte par le menu détail comment une idylle est devenue cauchemar, comment sa compagne, Colombienne d’origine rencontrée à Hambourg où l’auteur vivait alors, a décidé de partir dans son pays natal avec sa fille sous son bras, contre le gré de son conjoint. Le récit emmène le lecteur dans le long combat d’un père qui fera tout pour récupérer sa fille perdue.
Natif de Morteau, Christian Billod-Morel - son père était horloger - a grandi en région parisienne au gré des mutations professionnelles familiales. “C’est là que j’ai commencé à ressentir un certain spleen” avoue-t-il. La vingtaine arrivée, il décide de partir sac à dos dans le nord de l’Allemagne, à Hambourg, pour affiner sa formation de linguiste. C’est là qu’il rencontre Yovanna, cette Colombienne qui le fera passer de la joie d’une relation amoureuse à l’angoisse. “J’ai eu un flash pour elle, sauf que je me suis aperçu au fil du temps qu’elle était complètement psychotique.”
Revenu temporairement dans le Haut-Doubs, c’est là que sa compagne enlèvera une première fois leur fille Diana, née au début des années quatre-vingt-dix. Accueillie ensuite dans une maison pour femmes seules à Hambourg où elle était repartie, la Colombienne a réussi à enlever une seconde fois sa fille, profitant d’un moment d’absence de son père et cette fois, c’est en Colombie qu’elle est repartie.
Commence alors pour Christian un long chemin de croix semé d’embûches, d’angoisse et de désespoir. C’est ce calvaire du quotidien que l’auteur qui a fini par s’installer à Maîche pour mener son combat de retrouver sa fille, raconte dans le livre. Pour Christian Billod-Morel, l’écriture de ce livre a agi comme une thérapie, l’exutoire des années d’angoisse qu’il avait accumulées et gardées par-devers lui.
“L’écriture a été une thérapie pour moi, ça m’a libéré d’un vrai poids. Ce livre, je l’ai écrit avec de l’encre et des larmes” dit-il sans cacher une émotion débordante qui l’assaille encore aujourd’hui, plus de 30 ans après les faits, après avoir vécu des épisodes rocambolesques pour tenter de récupérer sa fille des bras de sa mère défaillante.
“Ce que j’ai vécu est digne d’un polar” observe-t-il, soulagé aujourd’hui de pouvoir partager avec cette fille chérie des moments précieux. “Elle qui n’a pas eu de mère est aujourd’hui la meilleure des mamans” note Christian Billod-Morel dont l’œil bleu se rallume à l’évocation de cette fille qu’il chérit tant.
Après une vie faite de bas, et de hauts, de moments de bonheur et d’autres d’horreur, Christian Billod-Morel coule aujourd’hui une retraite paisible du côté de Maîche. Il a la satisfaction de voir son livre publié par un éditeur réputé. “Je ne pensais pas être publié, n’ayant pas une grande opinion de moi-même, avoue l’auteur. Mais quand je relis mes pages, je me dis que c’est quand même pas mal !”

Accompagné de ses chats, Christian Billod-Morel consacre désormais une bonne partie de son temps libre à l’écriture. Il prépare un nouvel ouvrage, de poésie cette fois, où il pourra laisser libre cours à toute sa sensibilité. Ce passionné de langues continue en parallèle à apprendre des langues étrangères. “Je me suis même remis au latin !” précise ce polyglotte qui ne maîtrise pas moins de sept langues, de l’allemand à l’italien, en passant par le danois et même l’islandais.
“Quand j’étais adolescent, je m’étais dit qu’à 40 ans, je parlerais 12 langues. J’ai désormais largement plus de 40 ans, et je parle un peu moins de 12 langues, mais je continue à apprendre avec un grand plaisir !”
C’est avec l’esquisse d’un sourire que nous quittons Christian Billod-Morel, qui, en s’étant mis à la recherche du temps perdu par l’écriture de ce livre, aura retrouvé sans doute l’apaisement et la sérénité après lesquelles il semble courir depuis longtemps.
