Après douze ans d’activité dans l’immobilier, le promoteur Kevin Mougin poursuit son implantation locale. Il livre sa vision de l’évolution du métier et des difficultés que le secteur traverse. Tout en gardant le cap, avec sérieux et passion. Interview.

C’est-à-dire : Vous qui êtes présent dans plusieurs secteurs géographiques (le Haut-Doubs, les Alpes, la Côte d’Azur), comment se porte le secteur de l'immobilier de manière générale depuis la crise survenue en 2024 ?
Kevin Mougin :
Le marché immobilier français a sans doute atteint un point bas. La hausse des taux d’intérêt conjuguée à une baisse du pouvoir d’achat global des Français et à une augmentation du prix des principaux matériaux expliquent ce phénomène. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Concernant les ventes dans l’ancien, alors que le nombre de transactions était d’1,116 million fin 2022, il a chuté à 792 000 à fin 2024. Ce volume s’est un peu redressé depuis (avec 950 000 transactions à fin 2025), mais c’est largement insuffisant pour retrouver le niveau d’avant et surtout pour que tous les Français puissent se loger.

Kevin Mougin a créé la société MK Investissement en 2014.

Càd : Le secteur du neuf ne se porte pas mieux ?
K.M. :
Le neuf ne fait que tirer vers le haut les prix, qui se répercutent également dans l’occasion. Concernant la construction de logements neufs, toujours à l’échelle nationale, il s’était construit 17 122 logements neufs au 4ème trimestre 2024. Ce chiffre est tombé à 15 536 à fin 2025, ce niveau n’a sans doute jamais été aussi bas. Cela provoque un effet ciseau : moins de logements construits provoque une hausse des prix dans l’ancien. Toujours fin 2025, à l’échelle nationale, le stock de logements neufs disponibles atteignait un niveau record de 124 000.

Le Millefiori - 35 lots - Villers-le-Lac

Càd : À quels obstacles la profession est-elle confrontée qui l’empêchent d’entrevoir un redressement de la situation ?
K.M. :
La question des normes de construction est très préoccupante et ne fait que renchérir les coûts de construction. Pour nous au final, c’est une marge qui se réduit fortement parce que dans les secteurs comme le Haut-Doubs, on ne peut pas afficher des prix au-delà de 4 000 euros le mètre carré dans le neuf. C’est un prix qu’on ne peut pas dépasser parce qu’il n’y a pas le pouvoir d’achat en face, alors que les coûts de construction ne font qu’augmenter. Il nous faut donc avoir une gestion très rigoureuse de chaque opération qu’on lance. Le contexte est devenu très compliqué, les gens se posent des questions ici sur le travail frontalier, ce qui ne fait qu’ajouter des incertitudes.
Concernant les nouvelles normes de construction, je pense que certaines mesures vont même à l’encontre du confort des habitants avec certains matériaux dont l’utilisation est beaucoup plus complexe à mettre en œuvre ou alors dont l’entretien est beaucoup plus onéreux pour certaines copropriétés. Peut-être faudrait-il que le législateur pense à instaurer des réglementations un peu plus judicieuses…

Le Millenium Villa - Centre Ville - Morteau

Càd : Que prônez-vous pour relancer la machine ?
K.M. :
Il faut absolument que l’État lance un plan massif de relance du secteur de la construction, avec des dispositifs incitatifs, sans quoi la machine ne repartira jamais. Mais on a peu d’espoir qu’un tel plan soit lancé alors qu’on a des élections l’an prochain. Le Premier ministre s’était pourtant engagé à mettre en place des choses, on ne les a toujours pas vus venir.

Comment dans ce contexte MK Investments fait-il face ?
K.M. :
Nous avons la chance d’être une petite structure, ce qui nous permet d’être très agiles et d’avoir une vision très précise de nos charges fixes. Nous avons déjà une belle expérience de treize années, nous commençons à très bien cerner notre métier et les marchés sur lesquels on travaille. Nous évitons de nous éparpiller, nous nous concentrons sur certaines zones bien définies, nous gérons notre entreprise “en bon père de famille” de manière très rigoureuse.

Les marges devenues très serrées nous obligent à cette rigueur de tous les jours. Et nous redoublons d’efforts pour poursuivre et maintenir notre cap. Il ne faut pas perdre espoir, rester très pugnace et à un moment donné, il faudra bien que la machine se débloque sur le plan national car les gens auront toujours besoin de se loger !

Le Métropole - 7 lots Centre Morteau

Qu’attendez-vous des autorités gouvernementales ?
K.M. :
Un plan massif de soutien au secteur immobilier, c’est une chose. L’autre point important, ce serait d’avoir moins de contraintes par rapport aux recours des tiers. Aujourd’hui, à l’échelle nationale, près d’un projet immobilier sur deux est bloqué à cause d’un recours judiciaire. C’est presque devenu un sport national en France ! Il faut impérativement que les magistrats aient un peu plus de latitude sur ce genre de dossiers.

Quels programmes avez-vous lancés à l’échelle du département ?
K.M. :
Nous restons particulièrement fidèles au Haut-Doubs où nous avons plusieurs opérations en cours. Le Millénium à Morteau (rue du 8-Mai), une opération de rénovation d’un bâtiment existant. Le Métropole, toujours à Morteau, rue Victor-Hugo, une copropriété de sept lots. Le Millefiori à Villers-le-Lac (secteur Combe-la-Fève) où nous aurons une copropriété de 35 lots. Nous menons aussi un projet à Besançon (secteur Casamène) avec un programme de 73 lots d’habitation et des bureaux. Dans nos autres secteurs de prédilection, nous avons en ce moment un projet à Megève, le Monator. C’est la construction au centre du village de Megève d’un chalet individuel et d’une copropriété de 7 lots. Et à Mougins, dans le Sud, la rénovation complète d’une grande villa. Enfin, sur le Haut-Doubs à nouveau, deux autres opérations en cours doivent être livrées d’ici la fin de l’année aux Fins, dont le Mirabeau sur le site de l'ancienne carrière.