Mi-mai, une nouvelle pollution aux hydrocarbures a été détectée dans le ruisseau de la Tanche, au niveau de la zone commerciale. Les défenseurs de ce milieu aquatique s’inquiètent des conséquences alors que de gros travaux de reméandrement ont eu lieu en amont.
L’image est, hélas connue, déjà vue plusieurs fois. Dans la Tanche, au niveau de la zone commerciale, des plaques irisées flottaient. “Ça sentait extrêmement mauvais, il y avait une odeur caractéristique”, explique Nathalie Francesconi, du collectif de sauvegarde du marais de la Tanche. Une pollution aux hydrocarbures a été constatée le 19 mai.
Alertés, les pompiers ont installé des barrages filtrants qu’ils ont retirés quelques jours après. L’Office français de la biodiversité est intervenu pour réaliser des prélèvements. Début juin, Nathalie Francesconi constatait encore des produits qui s’écoulaient dans la rivière. “Le niveau d’eau a baissé, les hydrocarbures se sont déposés sur les végétaux, les sédiments. On n’arrive pas à savoir s’il s’agit d’un acte malveillant ou d’une fuite d’une entreprise à son insu.” Le collectif a porté plainte pour pollution et atteinte à la biodiversité, tout comme la commission pour la protection des eaux (C.P.E.P.E.S.C.).
La municipalité de Morteau a pris très au sérieux cette pollution. “À ce jour, nous n’avons toujours pas encore été en mesure d’identifier formellement les causes et l’origine de cette pollution. Sur ce ruisseau, il semble y avoir eu une rémanence de la pollution d’origine, ce qui explique qu’on en ait encore retrouvé des traces récemment. Quant à l’O.F.B., il a rendu son rapport : pour eux, c’était une pollution au white-spirit. Et ils ont classé le dossier. De notre côté, on continue de chercher. On a missionné un cabinet pour des analyses plus précises” indique le maire de Morteau Cédric Bôle.
La fédération de pêche a aussi porté plainte. Si elle ne constate pas de mortalité piscicole foudroyante - les poissons étant par nature très mobiles, ils peuvent donc aller mourir plus loin -, elle s’inquiète de l’impact sur tout ce qui est invisible, et notamment les invertébrés. “Il faut que ça bouge, tempête Philippe Grosso, le président. Même si le ruisseau n’est pas pêchable, l’eau polluée descend dans le Doubs. Vu l’état général de nos rivières, ça ne s’arrange pas. On veut que l’enquête permette de retrouver l’origine de la pollution. Si on veut un jour restaurer le bas du ruisseau, il ne faut plus de pollution chronique.”

Car c’est là que le bât blesse. Le ruisseau de la Tanche a pu bénéficier en amont de travaux de reméandrement en 2025 pour un montant de 400 000 euros. Le chantier, porté par l’E.P.A.G.E. Haut-Doubs Haute Loue, a permis de “reconnecter le lit du ruisseau aux nappes phréatiques et de diversifier les habitats”, comme l’explique Olivier Billot, nouveau président de l’E.P.A.G.E. (voir ci-contre). “L’environnement est propice à la faune et la flore aquatique. On a augmenté le linéaire de 20 %, l’eau reste davantage sur ce secteur. On verra les premiers résultats écologiques dans les années à venir. Mais l’environnement a plutôt bien réagi aux travaux.”
Quid de l’aval vers la zone commerciale ? Nathalie Francesconi du collectif du marais de la Tanche espère, là aussi, des travaux. “Une étude est en cours avec des prélèvements de boue. Il y a une activité industrielle depuis l’après-guerre. Il faut voir si l’enjeu est intéressant, car ça coûte très cher. Si les pollutions continuent, on va droit dans le mur. C’est une richesse d’avoir une zone comme ça à Morteau. Si elle est morte ou inutile à réhabiliter, c’est une vraie perte.” Olivier Billot, de l’E.P.A.G.E., confirme cette étude mais “à ce stade, au vu des pollutions récurrentes, il n’y a pas de programmes de travaux dans les mois et les années à venir sur cette partie-là. On a une vision, mais on attend de voir. L’enquête n’a pas abouti sur l’origine de la pollution.”
La Tanche est malheureusement une habituée des pollutions. Entre 2020 et 2022, plusieurs épisodes de pollution aux métaux lourds ont altéré le ruisseau.
