Le fabricant de valves pontissalien subit de plein fouet la crise automobile. À cela s’ajoutent une augmentation globale des charges, des taxes et des contraintes qui fragilisent encore plus la compétitivité de l’entreprise qui a vu son chiffre d’affaires baisser de 24 % depuis 2019. Entretien avec Damien Tournier, un directeur aux abois.
L’industrie est en crise ?
Damien Tournier : Tout dépend des secteurs. Cela va assez bien dans l’énergie, le nucléaire, le médical, contrairement à l’automobile ou l’horlogerie qui sont très impactées. Cette année, 66 000 entreprises ont mis la clef sous la porte en France. Cela touche d’abord les T.P.E. et maintenant les P.M.E. Rappelons aussi que la filière automobile est la plus importante en France. Je vous laisse imaginer les effets collatéraux quand elle est en crise.

Les difficultés s’accumulent ?
D.T. : Rien ne va dans le bon sens. Exemple, quand on voulait s’agrandir à Pontarlier, on a découvert que le terrain situé dans le prolongement des bâtiments existants n’était plus constructible. On a finalement préféré racheter l’entreprise Gurtner qui disposait de 8 000 m2 de surface disponible. Autre exemple assez édifiant, on veut nous obliger à couvrir le parking avec des panneaux photovoltaïques pour contribuer au développement des énergies renouvelables, cela représente un investissement d’1 million d’euros. Et je ne parle pas de tous les changements au niveau du coût du travail et de la formation. Pour compenser la dégradation des finances publiques, il était prévu de réduire drastiquement le niveau des exonérations de cotisation patronales dont bénéficient les entreprises pour les bas salaires.
Et par rapport à la formation ?
D.T. : Le recrutement d’un apprenti en Bac + 3 ou Bac + 5 coûte 750 euros de plus aux entreprises depuis le 1er juillet. Le niveau d’aide accordé aux entreprises qui jouaient la carte de l’apprentissage était déjà en diminution. Les conséquences ne se sont pas fait attendre avec une diminution de 6 % du nombre de contrats d’apprentissage en l’espace d’une année.
Que faire dans ce contexte ?
D.T. : On tente d’alerter les politiques en leur demandant de nous donner des arguments qui permettront de convaincre nos actionnaires de continuer à investir à Pontarlier. Pour l’instant, je n’ai rien à leur proposer. Le groupe japonais Pacific qui a racheté l’usine en 2018 n’a toujours pas encaissé le moindre bénéfice sur Pontarlier.
La baisse d’activité n’est pas récente ?
D.T. : Non car on enregistre une baisse de 20 % des volumes produits depuis 2019. La courbe suit l’évolution des ventes automobiles en France et en Europe où le nombre d’immatriculations a lui aussi chuté de 20 %. On faisait 90 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019 et on sera à 68 millions d’euros en fin d’année avec une prévision à 65 millions d’euros pour 2026.
Quelles sont les répercussions sur l’effectif ?
D.T. : On ne remplace plus les départs en retraite et on recrute beaucoup moins. En quelques années, l’effectif est passé de 400 à 315 C.D.I. avec un volant de 50 intérimaires. Au 1er janvier 2025, il y en avait encore 30 et cela risque d’empirer. C’est un vrai sujet sur lequel on alerte les décideurs depuis des mois et des mois.
Sans avoir l’impression d’être entendu ?
D.T. : On a l’impression qu’il y a une forme d’incompétence économique des responsables politiques qui sont en train de détruire le système volontairement. Cette tendance peut se poursuivre.
Pas la moindre lueur d’espoir ?
D.T. : Il n’y a vraiment rien de positif. On nous emmène vers une échéance funeste. Rien n’est en place pour accompagner les industries.
Gurtner est dans la même situation que Schrader ?
D.T. : L’entreprise compte aujourd’hui 43 salariés. Elle s’est peu à peu spécialisée dans les métiers du gaz mais doit aussi subir une augmentation des normes qui limite la production et les effets d’un discours décourageant les gens à choisir des installations au gaz.
Le nombre d’apprentis diminue également ?
D.T. : Schrader employait 21 apprentis en 2024 pour 330 salariés en C.D.I. On est maintenant à 13 apprentis pour 315 C.D.I. On ne prend plus d’apprentis car on ne prend plus de recrutement car on n’a plus de travail.
Les profits faramineux annoncés pour les grands groupes ne s’appliquent pas à tous les industriels ?
D.T. : Impossible de vouloir comparer les dividendes du C.A.C. 40 avec les autres entreprises françaises.
