Cette association qui a vu le jour en 2022 mobilise des bénévoles pour veiller sur des troupeaux bovins victimes ou menacés par des prédations de loup. Elle cherche à recruter davantage sur le secteur du Haut-Doubs. La prochaine session de formation aura lieu le 25 avril à Rochejean.
Ni pro, ni anti-loup, mais plutôt de farouches défenseurs de la biodiversité qui se mobilisent bénévolement pour permettre la cohabitation entre les activités humaines, notamment l’élevage et la faune sauvage. “On organise des veilles de troupeau généralement à deux personnes. Cette protection peut s’effectuer toute une saison ou ponctuellement suite à des attaques pour éviter des récidives”, explique Hervé Perrin qui co-préside cette association avec Benjamin Judas.
Vigie Jura concentre ses interventions sur les zones à risque de prédation dans le Haut-Doubs voire le Haut-Jura en sachant qu’il existe aussi une structure équivalente sur le versant suisse avec l’association Kora. L’activité de Vigie Jura évolue assez naturellement avec le nombre de loups présents dans le Massif jurassien. Entre 2023, année de son entrée en action et 2024, le nombre de nuits au chevet des troupeaux a explosé de 60 à 150 pour diminuer légèrement l’an dernier avec 117 jours de veille. Ce qui représente 2 personnes impliquées. “Cette baisse s’explique avec l’épizootie de F.C.O. qui a écourté la saison d’estive d’un mois et demi.”

Le nombre d’adhérents est toujours en progression pour atteindre 150 bénévoles en 2025. 80 % proviennent des départements limitrophes du Doubs voire de beaucoup plus loin comme la Bretagne. “Il y a des personnes du secteur de Morteau et à peine une poignée du côté de Pontarlier-Mont d’Or. On est d’ailleurs assez surpris de cette faible mobilisation locale.”
Interrogé sur ses motivations à rejoindre Vigie Jura, Hervé Perrin explique : “Les agriculteurs victimes d’attaques de loup se retrouvent souvent en grande détresse. Je tenais à les aider. C’est important de chercher des solutions de protection”, justifie celui qui ne comprend toujours pas pourquoi les troupeaux sont maintenant déclassés donc non protégeables. Il rappelle aussi que l’objectif de l’association est de montrer qu’on peut protéger un troupeau mais qu’elle n’a pas vocation à se développer pour protéger tout le cheptel jurassien.
La formation est au cœur du dispositif Vigie Jura. 140 adhérents ont déjà suivi les séances encadrées par des spécialistes à la ferme de la Batailleuse à Rochejean. “Une quarantaine de personnes participe aux sessions qui se déroulent sur une journée. La formation qui est dispensée par des professionnels porte sur la biologie du loup, les interactions entre loup - troupeau et humains, les comportements à adopter face aux chiens de protection, la sécurité, la météo…”, détaille Hervé Perrin en précisant que l’association est autonome financièrement.
Sans être opposée à la régulation du loup en cas de multiplication des attaques, Vigie Jura estime néanmoins qu’elle doit être bien ciblée. “Certaines meutes attaquent les troupeaux, d’autres pas du tout. Au sein même d’une meute, il y a des individus qui se spécialisent sur le bovin. Si on ajoute de la protection avec des chiens et des gardiens, on finit par inciter les loups à ne plus attaquer les troupeaux et cela peut, je pense, faciliter la cohabitation.”
En trois années d’intervention, les veilleurs ont eu à repousser huit attaques ou menaces d’attaques de loup. Des mesures d’effarouchement, notamment en criant, ont suffi à éloigner le prédateur. “On s’inscrit dans le cadre d’une action non violente, en conciliation avec les éleveurs. Quand certains suspectent une menace, ils nous sollicitent pendant quelques jours pour avoir l’esprit plus tranquille. Tous ceux chez qui on est intervenus sont maintenant équipés en chien Patou.”
Pour l’année 2026, l’association vise un double objectif : chercher de nouveaux bénévoles localement et fidéliser ceux qui participent déjà aux activités.
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Trois fois moins d’attaques en 2025 dans le Doubs
Les services de la D.D.T. ont comptabilisé 13 attaques de loups sur bovins en 2025, contre 31 en 2024. Conséquences de ces attaques : 11 vaches tuées en 2025 contre 31 en 2024. Inversement, le nombre d’attaques sur ovins est passé de 6 à 12 en 2025 avec 20 moutons tués, un blessé et deux disparus. Selon les estimations de la D.D.T., entre 15 et 20 loups seraient présents sur le massif. La baisse des attaques s’explique en grande partie par les prélèvements effectués par les Suisses qui ont pratiquement éradiqué la meute du Mont Tendre. Beaucoup moins de prédations du côté de Mouthe mais davantage sur le secteur des Hôpitaux-Neufs et Jougne où est installée la meute du Suchet également suspectée des attaques survenues l’été dernier vers Les Verrièresde- Joux. En 2025, le loup poursuit aussi son expansion vers le nord et notamment sur le Val de Morteau où une attaque s’est produite cet automne sur la commune de Montlebon. Elle serait le fait de la meute de La Brévine dont il ne reste plus que quatre individus après le prélèvement par les gardes suisses de 4 des 6 jeunes.
