28 000 abris dans le canton de Vaud
Avec le chocolat, la fondue, les montres et le secret bancaire, les abris anti-atomiques figurent en bonne place dans les spécialités suisses. On compte dans ce pays quelque 370 000 abris privés et publics, soit 9 millions de places protégées, ce qui offre un taux de couverture de plus de 100 %. Direction la vallée de Joux et la commune de L’Abbaye pour découvrir un poste de commandement régional imbriqué dans un abri public.
De par sa situation géographique relativement isolée, la Vallée de Joux dispose de son propre poste de commandement géostratégique. “Il a été construit en 1990 et permet de diriger toutes les opérations de protection à l’échelle de la vallée de Joux”, indique Olivier Duvoisin, responsable des ouvrages protégés pour le canton de Vaud. Soit un ensemble de 480 unités dont 360 abris publics, 100 constructions destinées aux opérations de commandement et 30 abris réservés aux biens culturels : archives, œuvres d’art…

Qu’il soit public ou privé, le principe de construction d’un abri est standardisé. Le poste de commandant de L’Abbaye et les abris publics attenants sont recouverts par une chape de 60 cm de béton, une motte de tout-venant et une couche de goudron en y intégrant aussi une enveloppe étanche. L’accès se fait par un escalier souterrain qui aboutit devant la porte blindée du sas d’entrée. La résistance mécanique d’un abri est due à son enveloppe construite en béton armé tout comme les ouvertures : portes, volets qui font 20 cm d’épaisseur.

“Chaque construction dispose d’une prise d’air et d’une évacuation fonctionnant à partir d’un groupe électrogène alimenté au fioul avec une réserve de 14 jours de marche. Le poste de commandement est conçu pour accueillir la protection civile et lui permettre de faire son travail. On trouve des espaces de réunion avec des équipements de communication. Il y a aussi des salles d’hébergement, une cuisine, des toilettes, une réserve d’eau. Toute l’installation électrique est protégée. C’est la même chose avec l’eau et l’air”, poursuit Olivier Duvoisin.

Ici, sous terre, le système de ventilation joue un rôle primordial. Celui-ci comprend la prise d’air, la valve anti-explosion et le préfiltre, l’appareil de ventilation et le filtre à gaz ainsi que la soupape de surpression par valve anti-explosion combinées. “Cet équipement est calibré pour produire 3 m3 d’air par heure et par place protégée. C’est la norme. S’il y a un souci électrique, on peut le faire fonctionner manuellement avec une manivelle.”

Chaque abri fait l’objet de contrôles réguliers avec des visites mensuelles, des entretiens trimestriels et annuels et une grande expertise tous les 10 ans. La cuisine du poste de commandement est équipée en mode restauration collective. Le fonctionnel avant tout. “Il n’y a pas de cuisine dans les abris publics car les gens sont censés venir avec de quoi boire et se nourrir.”

D’une capacité de 37 000 litres, la réserve d’eau est attenante à la cuisine du poste de commandement. Cette citerne peut être remplie par le réseau ou par un apport extérieur. En cas d’utilisation, le commandant du poste et le chef d’État-major disposent d’un bureau individuel avec tous les équipements de communication nécessaires. “On a même droit à deux couchettes individuelles”, sourit Sébastien Poncet, commandant de l’organisation régionale de protection civile sur le district Jura Nord Vaudois.
Le site contient d’autres salles de réunion. “Ce poste de commandement pourrait aussi servir en cas de catastrophe naturelle : inondations, tempête de neige… Cet espace offre la possibilité de coordonner les secours dans une structure opérationnelle”, souligne Alain Delacour, commandant de la protection civile vaudoise qui assurait l’intérim avant l’arrivée d’un nouveau commandant. Les toilettes et les dortoirs offrent un confort des plus spartiates. La capacité du dortoir est calculée sur un rythme de vie en 3 x 8 heures. À noter, l’absence de douche.
Ce poste de commandement est imbriqué dans plusieurs abris publics destinés aux civils. “Il faut bien différencier les abris privés et publics”, note le commandant Delacour. L’abri privé construit dans les caves des maisons individuelles et des immeubles est le type d’abri le plus connu. Sa capacité d’accueil varie en fonction de la taille de la maison, de l’immeuble. “Quand les propriétaires n’ont pas investi dans la construction d’abris, ils sont soumis à une taxe qui servira aux communes à financer les places supplémentaires, suivant un principe de compensation.”
Le plus grand abri public du canton de Vaud est situé à Lausanne avec une capacité de 3 400 places aménagées au dernier niveau d’un parking souterrain. Qui peut accéder aux abris ? La population résidente, c’est-à-dire les citoyens suisses et les personnes titulaires d’un permis B ou C ont leur place protégée. Il existe un plan d’attribution mais on sait pertinemment que 80 % de la population ne sera pas à proximité de sa place attribuée le jour J.
En temps de paix, les abris publics peuvent avoir d’autres destinations. Un sert par exemple de hangar à bateaux pour le club local. Ils sont aussi mis à disposition des associations pour des réunions, des répétitions. En cas d’alerte, les propriétaires ont 5 jours pour les remettre en configuration abri. “Dans les grandes villes, les abris publics deviennent des refuges pour les sans-abri lors des plans grands froids. Les pouvoirs publics les utilisent aussi pour accueillir les requérants d’asile.”
