Le directeur départemental de la Banque de France dans le Doubs Laurent Quinet présentait le mois dernier les résultats de la grande étude annuelle sur l’état de forme des entreprises de la région et leurs perspectives pour 2026. Analyse et commentaires.
Comment qualifieriez-vous cette année écoulée sur le plan économique pour les entreprises franc-comtoises ?
Laurent Quinet : "Notre économie a traversé des difficultés, c’est indéniable et plus largement, la région Bourgogne-Franche-Comté a fait moins bien que le niveau national et moins bien que les autres régions françaises en matière économique l’an dernier. L’activité a souffert en 2025, et surtout le secteur industriel sur lequel notre région est très orientée. Dans notre département, c’est l’automobile qui a contribué à ces mauvais chiffres et plus largement, le travail des métaux, l’automobile, les machines et équipements, les équipements électriques et électroniques ont été mal orientés. Un secteur a bien fonctionné dans la région, c’est l’agroalimentaire et plus particulièrement la filière comté. Les céréales, l’élevage, le matériel agricole ont connu également une bonne résilience."
Si on zoome un peu, qu’en est-il des résultats du Doubs ?
L.Q. : "Pour notre département, c’est un peu la double peine parce que les résultats économiques ont été marqués par la conjonction de deux secteurs en difficulté : la filière automobile principalement, et l’horlogerie avec des sous-traitants qui ont souffert des difficultés rencontrées par l’horlogerie suisse. Concernant ce dernier secteur d’activité, cela ne s’est pas traduit par une baisse massive des effectifs salariés car les entreprises qui emploient des frontaliers ont souvent fait appel au chômage technique. Nous avons quelques indicateurs qui disent que ce secteur devrait repartir. La joaillerie et le luxe en revanche n’ont pas connu de ralentissement notable."
La filière automobile est donc le vrai point noir ?
L.Q. : "Le plan de charge de Peugeot-Stellantis est plutôt bien orienté mais les tensions se font surtout sentir chez les sous-traitants. Pour notre département, l’impact est énorme parce que 40 % de la sous-traitance automobile de Bourgogne-Franche-Comté est dans le Doubs. En 2025, le chiffre d’affaires de ces entreprises a baissé de 3,5 % et les effectifs de 4,9 %. Pire : la baisse des investissements a, elle, baissé de 35 %. On a déploré 14 disparitions d’entreprises de cette filière l’an dernier, et pas une seule création. Pour ce secteur, 2026 sera donc sans doute une année charnière."
Et comment se présente l’année économique 2026 dans ce contexte ?
L.Q. : "Notre vision des choses est basée sur les réponses que les chefs d’entreprise de la région apportent à notre grande enquête annuelle. D’après les résultats de cette étude, on peut s’attendre à un rebond de l’industrie cette année, avec des perspectives de + 3 % pour ce secteur. Mais ces chiffres apparemment positifs resteront dépendants des investissements des donneurs d’ordres dans le ferroviaire, l’énergie, etc. Ce constat est à mettre quand même en perspective par rapport au ressenti global des dirigeants d’entreprises qui dans leur majorité nous ont affirmé qu’ils restaient encore dubitatifs parce que la confiance n’est pas encore là. Je rappelle que 1 340 chefs d’entreprise de la région ont répondu à notre enquête qui couvre quasiment 50 % des emplois de la région, un record historique pour ce genre d’exercice."
Pas de plans sociaux ou de licenciements massifs en vue pour 2026 ?
L.Q. : "Je ne pense pas. Les chefs d’entreprise nous disent que pour faire face à une éventuelle reprise, ils souhaitent garder leurs effectifs pour être prêts à répondre à la demande quand elle sera là. Ils ont arbitré sur l’intérim pour faire face à la baisse du volume d’activité, mais ils ont conservé l’emploi pérenne."
Qu’en sera-t-il des taux d’intérêt bancaires, autre levier potentiel de rebond de l’économie ?
L.Q. : "Nous sommes actuellement au taux d’équilibre, à 2 %, avec une inflation à peine inférieure. Ce qui est le plus probable pour la suite de l’année 2026, c’est une stabilité des taux. Mais la banque centrale n’hésitera pas à faire remonter ces taux si l’inflation devait repartir à la hausse. Mais vu la faiblesse de la croissance, il paraît plus probable qu’on assiste encore à une légère baisse des taux plutôt qu’à une remontée. À environ 2 %, on a une inflation maîtrisable et saine, on est là où on doit être. Et avec des banques régionales qui collectent beaucoup de dépôts, donc qui ont moins besoin de refinancement, il est encore meilleur d’investir dans notre région avec des coûts peut-être à peine plus bas ici qu’ailleurs en France."
Comment les chefs d’entreprise vivent-ils ces périodes d’incertitude ?
L.Q. : "Depuis la pandémie de Covid il y a six ans, ils enchaînent les difficultés, ils sont devenus philosophes et composent avec un contexte qui n’a plus été stable depuis plusieurs années. C’est dans ces contextes incertains que la psychologie joue beaucoup et on voit, dans notre enquête 2026, que malgré les aléas, les responsables d’entreprises restent relativement optimistes et sereins. Dans le brouillard environnemental, le genre d’enquête que l’on publie peut aussi servir d’antibrouillard aux chefs d’entreprise."
Où en êtes-vous de votre projet de déménagement du siège de la Banque de France de la rue de la Préfecture à la City à Besançon ?
L.Q. : "D’importants travaux de réhabilitation du bâtiment de la City ont démarré, nous devrions y emménager mi-2027 au plus tôt. Quant à notre siège historique rue de la Préfecture, il n’est pas encore officiellement mis en vente, mais il le sera."
