Après 25 ans aux manettes d’une des délégations les plus stratégiques de la Ville de Besançon - l’eau et l’assainissement - Christophe Lime tire sa révérence d’élu bisontin. Après un parcours forgé dans le monde ouvrier et le syndicalisme.
Avec Abdel Ghezali et Françoise Presse, il était le seul “rescapé” des élections de 2001 et a enchaîné quatre mandats dans l’exécutif de la Ville de Besançon ou de la communauté urbaine. Cette fois, ça y est, il a décidé de “ne pas faire le mandat de trop” et quittera donc ses fonctions électives bisontines au soir du 22 mars, après 25 ans d’engagement politique à Besançon.
C’est dans sa nouvelle commune d’adoption de Dannemarie-sur-Crète où il s’est installé il y a quelques mois qu’il fera une transition douce vers la retraite politique définitive car le maire sortant Sébastien Perrin lui a demandé de figurer sur sa liste pour être un de ses conseillers municipaux. Quand on aime… “C’est toujours intéressant de s’investir pour la commune dans laquelle on vit. Mais je rassure tout le monde : si je suis élu conseiller à Dannemarie, je ne serai pas délégué à G.B.M. Je ne sors pas par la porte pour revenir par la fenêtre !” justifie-t-il.
Cet ancien agent d’E.D.F.-G.D.F. entré dans la grande entreprise publique à l’âge de 16 ans via l’école des métiers a commencé tout jeune au sommet des poteaux comme technicien de réseaux. “C’est là que j’ai appris que le service public, c’était d’abord des devoirs, et, ensuite, des droits” dit-il. Il y travaillera dans le nord de la France d’abord, puis à Montbéliard, à Mulhouse, avant de revenir sur ses terres natales bisontines au début des années quatre-vingt. Nourri depuis tout jeune au syndicalisme par la C.G.T., il sera appelé très tôt à des fonctions d’encadrement dans ce syndicat. Sa force de conviction, il l’a ensuite mise au service des dossiers qu’il a portés durant 25 ans à la mairie de Besançon, et en particulier celui de l’eau et de l’assainissement qu’il a pris à bras-le-corps pendant deux décennies et demie. “Mes années de syndicalisme m’ont beaucoup servi à toujours garder les pieds sur terre en politique et à ne jamais avoir la tête qui gonfle. Car dans un syndicat, les gars m’ont toujours dit ce qu’ils pensaient de moi, sans filtre” dit-il avec le recul.
Du syndicalisme au militantisme politique, il n’y a qu’un pas que Christophe Lime franchira à la fin des années quatre-vingt-dix en devenant membre du P.C.F., le parti frère de la C.G.T. Nous arrivons en 2001, Robert Schwint termine son quatrième et dernier mandat à la tête de la Ville et Jean-Louis Fousseret est désigné comme son successeur potentiel par les socialistes. Après les années Schwint marquées par des relations houleuses avec les communistes qu’il exclura du conseil en 1985 pour avoir voté contre le budget, le candidat Fousseret veut jouer l’apaisement et l’ouverture. Il ouvre à nouveau la porte aux communistes.
À 38 ans, Christophe Lime entre donc aux côtés d’une deuxième élue communiste (Annie Ménétrier) dans l’arène politique bisontine. “À peine élu sur la liste, Jean-Louis Fousseret me convoque dans son bureau et en deux minutes m’annonce que je serai nommé adjoint à l’eau, à l’assainissement, aux bâtiments et au parc de véhicules. La seule consigne qu’il m’ait donnée c’est : tu ne m’emmerdes pas avec la C.G.T. ! J’ai dû apprendre très vite les rouages de ces immenses directions qu’il m’avait confiées. J’ai tiré beaucoup de richesses des gens que j’ai rencontrés, dans les services et dans le milieu associatif de cette ville” estime Christophe Lime qui se passionnera pour les questions d’eau et d’assainissement dont il prendra des responsabilités au niveau national à la tête du réseau France Eau Publique.
Arrivent 2008 et le second mandat Fousseret. “Le maire a souhaité que tous les adjoints changent de délégation. Il voulait me confier le sport, un autre sujet très intéressant, mais je m’étais tellement investi pour l’eau que je souhaitais continuer. Il me dit alors que je ne serais plus dans l’équipe municipale. Je lui ai dit : pas grave, je serai juste conseiller municipal. Trois jours après, il annonçait les délégations à tous les élus : la seule qui n’avait pas changé était la mienne. Devant l’étonnement des autres élus, Jean-Louis Fousseret a répondu subtilement : à toute règle il y a toujours une exception.”
À partir de ce deuxième mandat, Christophe Lime s’investira encore plus dans des dossiers de l'eau et de l’assainissement, jusqu’au niveau national. “À France Eau Publique, on m’appelait “le centriste” parce que j’essayais toujours de rassembler les gens” sourit ce communiste jamais pris à défaut pour sectarisme. La méthode Lime, c’est un subtil mélange de fermeté et de consensus, les services municipaux peuvent sans doute en témoigner. La preuve : depuis le transfert de l’eau et de l’assainissement à la communauté urbaine en 2018, l’intégralité des délibérations que Christophe Lime a soumis au vote des élus communautaires, de droite comme de gauche, a toujours été adoptée à l’unanimité.
Alors, certains pourront dire que Christophe Lime s’est accroché à ses mandats pendant 25 ans par appétit du pouvoir, voire par appât du gain ? L’intéressé préfère en rire, lui qui, dans le respect des règles en vigueur au sein du P.C.F. a toujours reversé ses indemnités d’élu à son parti. Il a fait son petit calcul : “En 25 ans, j’ai dû reverser 300 000 euros au parti !” rigole le communiste qu’on croise souvent au volant de sa Clio bleu hors d’âge.
À 63 ans, Christophe Lime a donc décidé de décrocher. Non sans avoir assuré la suite au plan politique avec des successeurs qu’il a pris soin de former - Asni Halem et Aline Chassagne en tête -, et une jeune garde communiste prête à prendre sa relève. “Je pars serein. C’est comme quand on sort d’un bon restaurant, il faut encore avoir un peu faim. Je pars donc avant d’en avoir ras le bol” dit-il. Avec ses fiertés comme le maintien en régie de l’eau bisontine et la création de la marque La Bisontine, certains dossiers plus douloureux comme les récentes problématiques des PFAS dans l’eau.
Cette dernière expérience d’élu de proximité à Dannemarie lui permettra donc comme il dit, “d’atterrir en douceur.” Cette nouvelle vie lui donne aussi l’occasion de consacrer plus de temps à sa famille, ses deux enfants de 33 et 31 ans et sa femme dont il ne manque pas de saluer la loyauté pour toutes ces soirées et réunion qu’il aura consacrées à ses mandats au détriment de sa vie familiale. Il quitte la tumultueuse vie politique bisontine après un quart de siècle “de devoir accompli le mieux possible” note le presque retraité de la politique bisontine.
