C’était un projet de l’ancienne municipalité, menée alors par l’écologiste Anne Vignot : l’installation d’une halte soins addictions à Besançon. Un projet que ne mènera pas la nouvelle majorité. Le point avec l’élue à la santé, Esther Szwarc
Cela restera donc un voeu pieux. Début 2024, la maire d’alors Anne Vignot avait souhaité l’installation d'une structure de lutte contre les addictions. Autrement dit une Halte Soins Addictions (H.S.A.). Ce que le langage commun traduit par “salle de shoot”, des lieux qui offrent un espace sécurisé de consommation avec du matériel stérile pour les toxicomanes.
“Sur cette création, nous avons obtenu le soutien de la préfecture, du procureur de la République, et dans un second temps de l’A.R.S.”, précisait début 2025, Gilles Spicher, alors élu bisontin en charge de la santé. La même année, une grande étude avait été menée dont les résultats avaient été présentés au conseil municipal.

Puis les élections municipales ont rebattu toutes les cartes. La nouvelle majorité menée par Ludovic Fagaut se tient ferme sur ses positions : “La halte soins addictions telle qu’imaginée par la mandature précédente, c’est non, tranche Esther Szwarc, médecin et élue en charge de la santé. En tant que professionnels de santé et élus (N.D.L.R. : avec ses collègues médecins et élus, Clément Darcq en charge du C.C.A.S. et Pierre-Charles Henry, en charge de la santé mentale), nous pensons que ce n’est pas une solution.” Elle avance des raisons politiques d’une part, financières (un coût estimé à plus de 2 millions d’euros) et une autre considération de la problématique d’addictions, d’autre part.
“La H.S.A. accompagne des personnes dépendantes de façon à réduire certains risques, comme le H.I.V., les hépatites B, C, etc. et doit permettre un accompagnement aux soins et à l’accompagnement social, expose-t-elle. Cela veut dire flécher un endroit où les gens vont pouvoir se fournir et s’injecter sans qu’il y ait de résultat de sevrage. Cela a été démontré, c’est un dispositif qui ne permet pas de sortir de la dépendance. Une H.S.A. accompagne et légitime la consommation. Et flécher un lieu de consommation dans une petite ville comme Besançon, ce n’est pas pertinent. On ne veut pas porter ça pour la lutte contre les addictions. Sans compter qu’investir 2 millions d’euros (coût estimé) ne va soutenir que quelques personnes mais n’ira pas sur de la prévention. Par ailleurs, les H.S.A. ne sont orientées que sur les injections, c’est réducteur. Car l’alcool et le tabac restent les premières causes d’addictions.”
Pour autant, la lutte contre les addictions n’est pas abandonnée, nuance Esther Szwarc. Elle veut “mettre le paquet” sur la prévention, et “coordonner davantage les structures pour être vraiment dans l’aide au sevrage.” La nouvelle majorité ne jette pas non plus par la fenêtre l’étude réalisée (ni l’argent public qui a servi à la financer), elle s’appuie sur plusieurs pistes. Comme la préconisation de structures mobiles à certains endroits, à certains moments.
“Il s’agirait d’aller ponctuellement à certains endroits pour mettre en sécurité les gens qui consomment et les riverains, poursuit l’élue. Nous ne sommes pas contre, on peut y réfléchir.” Elle n’élude pas non plus la répression à petites doses car “quand on est dépendants, on est malades.”
Il faut donc attendre quelques mois pour savoir quelles formes prendra la lutte contre les addictions sous l’ère Ludovic Fagaut. Reste à savoir combien d’argent sera injecté dans les projets.
