Après des mois de discussion, mi-novembre, l’administration américaine a accordé une faveur à la Suisse en acceptant de revoir à la baisse les droits de douane applicables à ce pays. Ils passent de 39 % à 15 % ! Une bonne nouvelle pour l’industrie horlogère suisse, qui depuis l’été a vu s’effondrer ses exportations aux États-Unis qui restent son premier marché.

Le 14 novembre, Berne est parvenu à un accord avec les États-Unis qui ont accepté de revoir à la baisse les droits de douane applicables à la Suisse. De 39 % annoncés en août, la taxe américaine a été réduite à 15 %, le même taux que celui obtenu par les États membres de l’Union européenne. Une bonne nouvelle pour les entreprises helvétiques qui exportent aux États-Unis, en particulier pour les marques horlogères qui, depuis cet été, vivaient dans l’angoisse de la décision américaine. Il était évident que les droits de douane à 39 % hypothéquaient sérieusement leur développement outre-Atlantique, leur premier marché étranger. Pour absorber un tel choc, les marques auraient dû probablement rogner leur marge et augmenter leur prix.

La baisse de la taxe a été annoncée, mais la mesure n’est pas encore entrée en vigueur. Résultat, les exportations horlogères suisses dégringolent encore au mois de novembre.

Les États-Unis sont en effet un espace commercial décisif pour l’horlogerie suisse puisqu’il capte 19 % des exportations (4,3 milliards de francs suisses en 2024). Les effets de la décision du président Trump ne se sont pas fait attendre. Les exportations ont reculé de 23,9 % dès le mois d’août par rapport à l’année 2024 sur la même période, avant de chuter de façon spectaculaire de 55,6 % en septembre. La situation s’est un peu améliorée en octobre, tout en restant inquiétante avec un recul des exportations vers les U.S.A. établi à 46,8 %.

De très mauvais signaux pour l’horlogerie suisse qui a progressé en même temps sur la plupart des autres marchés comme le souligne Fédération de l’Industrie Horlogère (F.H.). “En septembre, la majorité des marchés s’est inscrite en nette hausse, mais la correction massive enregistrée par les États-Unis (- 55,6 %), en a annulé tous les effets. Sans cette évolution attendue, mais extraordinaire, les exportations horlogères suisses auraient progressé de 7,8 %.”

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On comprend, à la lumière de ces chiffres, l’urgence qu’il y avait à tout tenter pour infléchir la position de l’administration américaine. Dans ce contre-la-montre, c’est une sorte de task force de luxe dont faisaient partie les patrons de Rolex, de Richemont ou de Cartier, qui a permis d’obtenir la clémence de Donald Trump mi-novembre. Il a accepté de revoir à la baisse les droits de douane. Une décision qui a apporté un peu d’air frais aux horlogers. “Sur le plan intérieur, la baisse annoncée des taxes de douane américaines à 15 % sur les produits suisses est effectivement une bonne nouvelle pour notre industrie. Il est cependant trop tôt pour que cela se traduise dans les chiffres” tempère la Fédération de l’Industrie Horlogère suisse. Elle ajoute : “La baisse n’est en effet pas encore effective. Un certain flou règne encore quant à la date exacte d’application de la taxe à 15 %.”

En attendant, les exportations continuent de dévisser. La F.H., qui doit publier les prochains chiffres le 18 décembre, s’attend à une baisse supérieure à 39 % pour le mois de novembre. Les États-Unis restent malgré tout le marché numéro 1 de l’horlogerie suisse rappelle la F.H. Il faut maintenant que les nouveaux droits de douane s’appliquent au plus vite.

Contrepartie - La Suisse investira 200 milliards de dollars d’ici 2028

Voilà le prix à payer par la Suisse en contrepartie d’une baisse des droits de douane aux États-Unis. Les entreprises helvétiques vont devoir investir. Une obligation qui concerne peu l’horlogerie pour deux raisons : ni le Swiss Made, ni la main-d’œuvre qualifiée ne sont délocalisables.

Yves Bugmann est le président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse (photo F.H.).

L’administration américaine a donc accepté de réduire drastiquement les droits de douane à la faveur de la Suisse, mais Donald Trump a mis les pendules à l’heure. Il y a une contrepartie à ce deal. Le recul de la taxe douanière de 39 % à 15 % a un prix pour la Suisse qui s’est engagée en échange à investir 200 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2028 par le secteur privé. Si l’horlogerie Suisse respire depuis l’accord trouvé autour de la nouvelle taxe, elle contribuera assez peu à cet investissement obligatoire et ce pour deux raisons : le Swiss Made et les savoir-faire horloger. Ni l’un, ni l’autre ne sont délocalisables. Sur le plan extérieur, il est vrai qu’un accord de principe prévoit des investissements suisses aux États-Unis admet la F.H. Pour l’instant, tout est sur la table et rien n’est encore tranché. La Fédération de l’Industrie Horlogère reste donc prudente, d’abord parce que des discussions sectorielles doivent encore avoir lieu. Ensuite parce que notre horlogerie est “Swiss Made” par définition. Les investissements à l’étranger restent donc limités pour notre secteur, et devraient plutôt provenir d’autres industries suisses.