Dès 1903, face à une industrialisation massive et aux balbutiements du syndicalisme ouvrier, le mouvement social s’étend sur tout le plateau de Maîche
L’horlogerie a incontestablement forgé l’histoire et le patrimoine de nos territoires. L’arrivée précoce de l’électricité en 1895-1896, permet le passage d’une activité artisanale à une véritable automatisation. Les ouvriers-paysans et les salariés des petits ateliers se regroupent dans de vastes usines. Henri Rotschi, d’origine suisse, transfère son atelier des Bréseux à Maîche, où il édifie entre 1899 et 1906 un bâtiment qui emploie 200 personnes (sans compter celles à domicile). Il fait même venir des suisses allemands et pour les loger, acquiert et fait construire des maisons (Les Cités - avenue du Maréchal Leclerc) et les bâtiments de la rue Montjoie. On peut également citer l’entreprise Mauvais Frères et Rondot qui construisent une usine électrique (rue Guynemer) employant 50 personnes et plus 150 travailleurs à domicile.

Cette industrie est malgré tout confrontée à des crises passagères et à des périodes de récession, entraînant des baisses de salaire. Or, il n’est plus question de compenser cette perte de salaire par un travail à la ferme pour ces nombreux ouvriers citadins ayant abandonné le monde rural. Une première grève des remonteurs assez peu documentée secoue Charquemont en 1903. Dès 1906, le personnel de Lip à Besançon provoque l’arrêt de l’entreprise pendant 45 jours. À partir de 1907, le mouvement syndicaliste sous l’impulsion de la C.G.T. s’implante dans le Haut-Doubs et regroupe plus de 1 000 adhérents. Alcide Frézard de Charquemont fonde à cette époque le Syndicat des ouvriers horlogers de la montagne, qui entend défendre les intérêts des ouvriers du plateau de Maîche.
1908 est une année désastreuse pour l’horlogerie qui voit la concurrence internationale se développer. Le chiffre d’affaires des fabriques d’assortiments chute de 30 à 35 % et le chômage monte à 25 %. C’est en février de cette année qu’un mouvement d’ampleur naît chez Mauvais Frères et Rondot, au grand désarroi des autorités locales et départementales, inquiètes de cette situation inhabituelle. L’autre revendication des grévistes était la reconnaissance des syndicats par les patrons, mais cette demande mettra quelques années encore à aboutir. Cette grève durera deux semaines et aboutira à un accord de hausse de 9 % du tarif minimum pratiqué par les industriels.

“Alors qu’il y a 10 ou 15 ans, il gagnait un salaire à peu près rémunérateur, aujourd’hui l’ouvrier ne gagne même plus de quoi manger à sa faim et se loger décemment”, constatait alors un représentant syndical.
Une véritable solidarité s’organise, Paul Monnot, le maire de Maîche, mettant même à disposition des grévistes la grande salle de la mairie, où se prenaient les repas en commun dans la bonne humeur. Il faudra attendre les années 1930 pour que ces mouvements syndicaux embryonnaires se structurent face à une crise économique n’épargnant pas l’industrie horlogère.

