Depuis plusieurs années, la commune de Mignovillard en partenariat avec l’O.N.F. organise une journée en l’honneur des bois de résonance, ces épicéas d’exception utilisés pour la fabrication d'instruments de musique. Une journée en présence de tous les acteurs de cette filière aussi rare que précieuse.

Pas sûr qu’un tel événement résiste au réchauffement climatique car les épicéas de résonance n’échappent pas à l’appétit de scolytes qui ont maintenant conquis tous les étages de la forêt jurassienne. Sachant qu’un épicéa sur 10 000 seulement répond aux caractéristiques d’un bois de résonance, ce capital exceptionnel est encore plus menacé. Comme l’est d’ailleurs la population de grand tétras, autre emblème des forêts d’altitude jurassiennes. “On organise cette journée dédiée aux bois de résonance tous les deux ans”, indique Emmanuel Dornier, l’agent de l’O.N.F. en charge du triage de Mignovillard.

“Les arbres de résonance poussent à plus de 1 000 mètres d’altitude. Ils sont à croissance lente et présentent aussi des caractéristiques génétiques spécifiques”, explique Emmanuel Dornier, l’agent O.N.F. qui gère la forêt communale de Mignovillard.

Avec plus de 1 000 hectares de forêt soumise plantée à 70 % de résineux, Mignovillard est la plus grosse commune forestière du département du Jura. Dans la forêt du Mont Noir, une partie de ces bois croissent lentement mais sûrement entre 1 000 et 1 200 m d’altitude, là où quelques épicéas trouvent les conditions propices pour devenir des bois de résonance. “Ces massifs ont fait l’objet d’une sylviculture gérée par l’O.N.F. qui a permis de conserver ces bois qui ont entre 200 et 300 ans. On en trouve dans la forêt du Prince, dans le Risoux…” Il n’existe pas de formation pour identifier ces arbres aux fûts réguliers sans aucune anomalie sanitaire. “C’est avant tout de l’observation et du temps passé en forêt. J’ai l’œil, la fibre, la passion même si je ne suis pas du tout musicien”, poursuit le jeune forestier.

18 arbres, soit 30 m3, étaient mis en vente le 20 février à la salle des sports de Mignovillard.

Certains parlent d’un don pour trouver ces arbres assez magiques. Emmanuel Dornier côtoie régulièrement les scieurs de bois de lutherie qui forment aussi une communauté à part. Ces toutes petites unités traitent entre 20 et 50 m3 de bois par an. Elles ont un savoir-faire très spécifique avec 80 % de pertes. Six d’entre elles étaient présentes le vendredi 20 février à la salle des sports de Mignovillard pour la vente de 30 m3 de bois de résonance orchestrée par l’O.N.F. “On avait deux lots de cinq pièces et huit lots vendus à l’unité. C’est la première fois qu’on proposait des arbres uniques. Cela permet d’attirer des toutes petites scieries.” Les bois de résonance bénéficient d’un traitement particulier de l’abattage jusqu’à la vente aux artisans luthiers. “Ils sont abattus seulement en période hivernale et en lune décroissante pour qu’ils ressuient plus vite.” Beaucoup de forestiers et de curieux ont assisté à la vente orchestrée par l’O.N.F. Une vente à l’ancienne sur papier et au mieux disant. Les prix d’achat ont varié de 210 à 400 euros le m3. Le prix de plus élevé concerne le lot 4 avec une pièce unique de 2 m3 acquise par Étienne Rognon. Cet artisan menuisier est venu du Châtillonnais pour participer à cette vente. “J’ai été informé par l’O.N.F. qui nous envoie le catalogue. J’avais besoin de renouveler mon stock” dit-il.

Artisan menuisier, Étienne Rognon, ici en discussion avec Coralie Lenne de l’O.N.F., est venu du Châtillonnais renouveler son stock de bois de résonance.

Les bois de résonance sèchent à l’air libre plusieurs années avant d’être débités. Le prix des tables d’harmonie issues de la valorisation de ces arbres peut atteindre des milliers d’euros. La satisfaction était de mise du côté de la commune de Mignovillard qui organisait cette journée. “En temps normal, on commercialise environ 4 000 m3 de bois chaque année. Cela représente entre 250 000 et 350 000 euros de recettes forestières. Avec le bostryche, on a été contraint de multiplier les coupes sanitaires. On n’a pas d'autre choix que de décapitaliser nos forêts pour les années à venir. Cette vente apporte une note positive dans un contexte forestier en pleine mutation”, explique Lydie Chanez, responsable de la commission bois.

Un épicéa sur 10 000 répond aux caractéristiques des bois de musique, comme les violons ou les guitares.

Cet article vous est proposé par la rédaction de La Presse Pontissalienne
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