La situation se stabilise

Le nombre d'hospitalisation liées au Covid-19 diminue depuis le début de la semaine au CHIHC, comme le confirme Damien Gaudinot, l'un des deux médecins chargés de coordonner l'accueil des patients à l'hôpital. Entretien.

"Certains patients pontissaliens sont inclus dans des protocoles de soins avec de la chloroquine. Ces essais cliniques sont gérés par le CHU de Besançon", explique Damien Gaudinot, l'un des deux médecins en charge de la gestion de l'épidémie au CHIHC 

La Presse du Doubs : Vous constatez donc un léger mieux à Pontarlier ?
Damien Gaudinot : Depuis quelques jours, on observe une situation en cours de stabilisation. Il y a moins de patients qui consultent les généralistes, donc moins de prise en charge au niveau des urgences, et moins d'hospitalisations.

C'est encourageant ?
DG : Oui cela a l'air d'aller plutôt mieux, même si on est loin d'être au terme de l'épidémie. Pour l'instant, on a l'impression de voir le bout du tunnel. On a très vite atteint un niveau proche de la saturation avec tous les jours entre 38 et 40 patients hospitalisés. Maintenant, on est plutôt autour de 25 à 30 patients Covid-19.

À quand remonte ce fléchissement ?
DG : Depuis 6 ou 7 jours environ.

Pouvez-vous expliquer la manière dont l'hôpital gère cette épidémie ?
DG : Depuis le début de la crise, on s'est basé sur l'expérience des hôpitaux du Grand Est pour adapter les flux, des urgences puis progressivement vers la sortie. On a renforcé le dispositif d'échange avec les médecins généralistes qui sont les premiers consultés. Quand les patients ne présentaient pas de signe de gravité, ils restaient chez eux. En cas de problème, ils étaient hospitalisés et les cas les plus aigus étaient transférés en réanimation au CHU Minjoz.

Dans quelles conditions les patients étaient pris en charge ?
DG : Deux unités de médecine ont été dédiées au Covid-19 avec un patient par chambre. Quand la clinique a été touchée par le virus, elle s'est organisée pour libérer un étage. On travaille en étroite collaboration. L'installation des Algeco a permis de dissocier l'accueil des patients Covid-19 des autres urgences.

Avez-vous une idée du nombre de décès Covid-19 au CHIHC ?
DG : On dénombre onze décès à ce jour à l'hôpital de Pontarlier.

Et au niveau du personnel ?
DG : Des soignants ont été infectés mais je ne sais pas combien. On a pu redéployer les équipes suite à la déprogrammation des actes en chirurgie. Pour l'instant, on n'a pas souffert du manque de personnel.

"Pour l'instant, on a l'impression de voir le bout du tunnel. On a très vite atteint un niveau proche de la saturation avec tous les jours entre 38 et 40 patients hospitalisés. Maintenant, on est plutôt autour de 25 à 30 patients Covid 19."

Un patient Covid-19 nécessite beaucoup de soins ?
DG : Oui, la charge de travail est beaucoup plus élevée avec davantage de soins, et une surveillance accrue. Certaines situations peuvent se dégrader très rapidement. Le personnel est donc plus sollicité avec des contraintes sanitaires plus lourdes sur le plan de l'habillage, la désinfection.

Manquez-vous de matériel ?
DG : Pour le matériel de protection, heureusement qu'on a eu de nombreux dons. On ne peut que remercier tous les gens, les entreprises. Le réapprovisionnement en masques et en tenues se fait toujours au compte-gouttes. On reste très vigilant à ne rien gaspiller.

Comment se passent les transferts sur Besançon ?
DG : Ils se font par voie aérienne ou terrestre en fonction de la disponibilité des équipes médicales de Besançon dédiées au transport des patients Covid-19.

Avez vous procédé à beaucoup de dépistages ?
DG : On en a fait aux patients. On a suivi les recommandations nationales en dépistant les soignants symptomatiques pour éviter qu'ils contaminent d'autres personnes. En EHPAD, les dépistages étaient organisés par unité de vie. À partir de trois tests positifs, on considère que toute l'unité est touchée.

Êtes-vous favorable à la généralisation du dépistage ?
DG : Avec nos capacités actuelles, je crois qu'il faudrait une année pour dépister tous les Français. On pourra peut-être s'en sortir avec les tests sérologiques. Il s'agit de doser les anticorps dans le sang pour savoir si la personne a été en contact avec le virus et si elle a eu des anti-corps. Le port des masques pourra être un élément déterminant lors du déconfinement sachant qu'il faudra alors plusieurs semaines pour que tous les foyers s'éteignent. Reste à savoir si la logistique suivra.

Votre point de vue sur le confinement  ?
DG : Cette méthode a permis d'étaler la propagation du virus et d'éviter une explosion des cas qui aurait pu être encore plus problématique. Je trouve aussi qu'il a été relativement bien respecté à Pontarlier, ce qui explique sans doute pourquoi la situation est relativement bien maîtrisée. Raison de plus pour ne pas relâcher les efforts.