Voilà plus de deux ans que ce pont routier situé à l’entrée du hameau de Derrière-le-Mont à Montlebon est interdit aux véhicules de plus de 19 tonnes. La scierie voisine ne cache pas son exaspération.
« Ça fait deux ans qu’il ne se passe rien ! » fulmine Thierry Pugin, de la scierie située à quelques dizaines de mètres du pont dont la mairie a interdit le passage de ses camions par un arrêté municipal entré en vigueur le 23 septembre 2024. En cause, « des désordres structuraux remettant en cause la pérennité du pont et sa stabilité pour supporter des surcharges » d’après les termes employés par le Cerema, un organisme public travaillant pour l’État suite à un diagnostic effectué sur ce pont au printemps 2024. Une étude diligentée par la sous-préfecture de Pontarlier qui aura coûté 54 000 euros, et depuis, plus rien ne s’est passé. « C’est long… », reconnaît le maire de Montlebon Christophe André qui devait enfin avoir une réunion le 20 octobre avec le Cerema et le maître d’œuvre pour envisager la suite.
Jusqu’à ce jour, les préconisations du Cerema étaient de détruire et reconstruire ce pont. Coût estimé : 470 000 euros (subventionnés à hauteur de 60 % par l’État dans le cadre du Programme national Ponts inscrit à l’époque dans le plan de relance de l’État). Une somme démesurée selon le maire de Montlebon. « On espère qu’une autre solution sera trouvée pour ce pont. Mettre une somme pareille pour ce petit pont paraît très excessif, je préférerais les mettre ailleurs » estime Christophe André.
Sur place, Thierry Pugin partage le même avis. « C’était aberrant d’obliger nos camions à faire le tour par le Rondot, sur une route qui n’est pas du tout adaptée. Depuis deux ans, il était impossible pour nous de respecter cette consigne » ajoute le professionnel qui reconnaît à demi-mot que ses camions empruntent toujours ce petit pont, avec l’assentiment tacite des autorités municipales.
Pour le scieur, « il serait tout à fait possible de réparer ce pont à moindres frais, sans avoir à le démolir. » Un avis partagé par le maire de Montlebon dont les services suivent de près les éventuelles variations de niveau du pont grâce à un capteur. « Depuis deux ans, il n’a pas bougé d’un millimètre » reconnaît le maire.

Si ce pont a été contrôlé en 2024, c’était à la suite du drame du pont Morandi à Gênes, survenu en 2018 et qui avait causé la mort de 43 personnes. L’État français a lancé à la suite de ce drame italien un grand plan de contrôle de ses ponts. Il n’est pas certain que le pont de Louadey à Derrière-le-Mont constitue une absolue priorité… « Ce serait totalement incompréhensible de balancer près de 500 000 euros par les fenêtres ! » estime Thierry Pugin.
Juste derrière lui à ce moment-là, comme un clin d’œil aux autorités, un camion emprunte le petit pont, comme si de rien n’était. Ce pont avait déjà été consolidé une première fois il y a 18 ans. Depuis, beaucoup d’eau du ruisseau la Douve a coulé sous le petit pont, sans le moindre incident.
