Il aura fallu près de dix jours pour que les gens du voyage installés illégalement au début de l’été sur le site du stade à Morteau ne finissent pas décamper. Cédric Bôle le maire de Morteau dénonce le laxisme de l’État.
C’est à dire : Début juillet, 180 caravanes de gens du voyage en transit pour l’Alsace s’installaient sur le stade de Morteau sans prévenir. Comment cela a-t-il pu se produire ?
Cédric Bôle : "C’est la deuxième année consécutive que ça se produit et c’est inadmissible. Ils sont arrivés un dimanche avec 180 caravanes, sans prévenir, et se sont installés sur les terrains de sport. Un de mes adjoints a tenté de s’interposer en mettant sa voiture pour leur barrer le chemin mais le ton s’est vite envenimé et ils ont finalement pu passer et s’installer. Nous avons été mis devant le fait accompli. Ils ont essayé de se brancher illégalement sur le réseau électrique, nous les avons obligés à se brancher sur un compteur Enedis et également à souscrire un abonnement à l’eau potable."

Càd : Ils ont provoqué des dégâts ?
C.B. : "Ils ont dégradé une barrière en cassant le cadenas, ont abîmé évidemment l’herbe des terrains, et souillé une parcelle avec leurs déchets."
Càd : Comment expliquer que vous n’ayez pas été prévenus ?
C.B. : "Apparemment, ils avaient prévenu la préfecture 15 jours avant qu’ils transiteraient par le Doubs avec 800 caravanes au total. La préfecture n’a semble-t-il pas relayé l’information aux communes. Il y a clairement eu une carence des services de l’État qui sont totalement impuissants face à ce phénomène. Et quand les communes interpellaient la préfecture, elles n’avaient pas de réponse."
Càd : Comment avez-vous alors réagi ?
C.B. : "J’ai saisi dès le lendemain le tribunal administratif de Besançon pour qu’il juge en référé de l’illégalité de cette installation. Le temps que le tribunal délibère, ça a pris encore deux jours. La juridiction nous a donné raison et a donné 48 heures aux gens du voyage pour partir. Le préfet nous a alors dit qu’il allait nous donner les moyens de les faire partir, avec des C.R.S. et des engins pour extraire les caravanes, mais au final, on n’a rien eu… On n’a pu qu’exprimer notre impuissance et notre exaspération. Face aux grands rassemblements des gens du voyage, on se trouve hélas complètement démunis."
Càd : Vous en voulez aux services de l’État ?
C.B. : "Je pense clairement que dans cette affaire, l’État n’a pas fait son travail. Sur la semaine en question, 800 caravanes se sont déplacées et installées dans le Doubs au total. À un moment donné, l’État devrait quand même un minimum anticiper et organiser le déplacement de 800 caravanes sur les routes du département ! Et à aucun moment, nous n’avons eu un appel des services préfectoraux pour nous prévenir de ce grand transit. Il aura fallu attendre près de dix jours pour qu’enfin les caravanes s’en aillent."
Càd : Que comptez-vous faire pour que ce phénomène ne se reproduise pas l’année prochaine et que pouvez-vous faire à votre échelle pour dissuader ce genre d’installation illégale ?
C.B. : "À notre niveau, on a dressé un maximum d’amendes pour infractions au Code de la route au moment de leur départ, mais quand vous leur mettez une amende, à leur sourire, vous sentez bien qu’ils n’en ont rien à faire et qu’ils ne les paieront sans doute pas. Ensuite, pour prévenir de tels actes, nous réfléchissons à installer un grand portail pour empêcher l’accès à cette zone. Cette mesure paraît facile mais elle ne l’est pas tant que cela. Parce que notamment le stade est une “drop zone” pour que les hélicoptères de secours puissent atterrir, et il est difficile également de barrer l’accès à ce chemin qui mène aussi à la station d’épuration. Nous sommes en train d’affiner la question pour que ce genre d'épisode ne puisse pas se reproduire."
