Le musée départemental Courbet consacre sa nouvelle exposition à l’art animalier au XIXème siècle. Baptisée Réalisme animal, elle interroge l’évolution de la représentation des animaux dans l’art et la société.

Le foisonnement est tel que le musée Courbet a fait le choix de concentrer sa nouvelle exposition sur une période et une aire géographique précise : l’art animalier en France au XIXème siècle. Pourtant, pendant longtemps, ce type d’art était considéré comme un sous-thème, “une question très française”, note Olivier Vayron, qui assure le commissariat scientifique aux côtés de Thierry Laugée. Pour faire naître cette exposition dense (plus de 120 œuvres la composent dont certaines très imposantes), le musée a pu compter sur des prêts exceptionnels. Un subtil équilibre est préservé entre la présentation de chefs-d’œuvre et de petites pépites qui dormaient dans les réserves. “Certaines n’ont jamais été exposées depuis le XIXème siècle”, relève Thierry Laugée. Le visiteur a ainsi le bonheur d’admirer une des œuvres phares de l’exposition, Labourage Nivernais de Rosa Bonheur, une œuvre monumentale, symbole de l’art animalier officiel qui éclôt au milieu du XIXème siècle. Puis quelques espaces plus loin, une fameuse petite pépite, le tableau d’Henri Bonnefoy, Les Petits fiancés. “C’est une exposition qui nous tient particulièrement à cœur, explique Benjamin Foudral, directeur-conservateur du musée ornanais. Cette exposition est aussi en lien avec l’identité du territoire, l’élevage et la faune sauvage en sont des éléments importants. On partait du postulat que Courbet n’était pas un peintre animalier mais il s’inscrit dans un contexte singulier où l’animal prend une nouvelle place dans la société.”

Olivier Vayron, Thierry Laugée et Benjamin Foudral (de gauche à droite), posent devant l’une des oeuvres phares de l’exposition, Labourage Nivernais, de Rosa Bonheur.

C’est bien sur l’évolution du regard porté sur l’animal et sa représentation dans les arts que se découpe le parcours dans l’exposition. D’un animal “ornement”, “pittoresque” qui faisait partie de scènes paysagères au début du XIXème siècle, l’animal devient le centre de l’œuvre. À ce moment-là, au milieu du siècle, l’art animalier dépasse les collections privées dans lesquelles il était cantonné comme objet de luxe inspiré des maîtres hollandais pour devenir art étatique. “L’élevage est en voie d’industrialisation. L’État lance des fermes expérimentales où la production de l’animal est améliorée, détaille Olivier Vayron. La notion d’art animal apparaît à ce moment, c’est à destination de propagande dont le but est de magnifier ce nouvel élevage.” Rosa Bonheur, femme peintre mais également éleveuse, devient le symbole de cet art animalier officiel. Dans le même temps, les concours et comices agricoles naissent. L’exposition met en avant les récompenses, de véritables sculptures en argent. La notion d’abattage n’est pas éludée avec le tableau de Jacques-Raymond Brascassat, Tête de taureau (étude de taureau à l’abattoir de Montmartre). Cette œuvre précède la salle dédiée à la protection des animaux, et notamment la naissance de la S.P.A. en 1845. “À l’époque, la S.P.A. a une grande résonance auprès du public et une grande influence sur la politique publique”, souligne Olivier Vayron. Parmi les thématiques abordées, le chien travailleur qui tractait une charrette ou encore le suicide des chiens, qui se laissent dépérir lorsque le maître n’est plus. “Si l’animal a une telle fidélité, c’est qu’il est capable de sentiment. Ce n’est pas un outil, ce n’est pas une machine mais un être doué de sensibilité”, poursuit le spécialiste.

Ce changement de regard s’intensifie dans l’avant-dernière section qui réfléchit sur l’intériorité et la psyché animale, via l’attachement familial. Enfin, le parcours se termine sur la section naturaliste. On peut notamment observer des objets de taxidermie pratiquée au XIXème siècle et prêtés par le muséum d’histoire naturelle de Besançon. L’exposition se conclut sur des animaux les plus absents dans l’art animalier, les insectes, et met en avant l’intelligence sociale de l’animal. En un siècle, la représentation animale est passée d’une simple pièce composant un paysage, à un être sensible et intelligent. Le visiteur explore au fil de l’exposition cette métamorphose du regard sur les animaux.