Facteur d’orgue et de clavecin, Claude Drezet est un enfant du Saugeais. Par attachement à sa région et à ses souvenirs d’enfance, il a accepté de restaurer bénévolement l’orgue de l’abbaye de Montbenoît. Un sacerdoce.
« Je n’ai pas oublié quand on venait assister à la messe de minuit dans ce lieu magique. J’ai toujours autant de plaisir à voir, à déambuler dans cet édifice », explique celui qui a passé toute sa jeunesse dans la ferme familiale située au hameau de Combe-Benoît sur les hauteurs de l’ex-commune de Ville-du-Pont.
Après une formation en menuiserie-ébénisterie au lycée professionnel de Pontarlier, le jeune Drezet trouve un emploi chez Marc Garnier, facteur d’orgue installé au Mont Vouillot. « Le premier objet qu’il m’a confié était un pupitre en bois. J’y suis resté 10 ans et j’ai beaucoup appris auprès de cet homme qui méritait largement sa réputation », apprécie encore Claude Drezet qui choisit ensuite de compléter son expérience en travaillant chez d’autres facteurs en France et en Italie. Une sorte de compagnonnage qui lui permet aussi de voyager dans toute l’Europe, d’orgue en orgue.
Il trouve finalement un emploi chez un facteur de clavecin suisse, basé à Givrins près de Genève où il travaille depuis une trentaine d’années. « Le clavecin et l’orgue ne sont pas dans la même famille d’instruments mais l’un et l’autre ont des éléments en commun, je pense par exemple aux claviers assez similaires. Dans ma carrière, j’ai fabriqué environ 150 clavecins », poursuit Claude Drezet qui a diversifié ses compétences en devenant aussi accordeur de piano.
Porté par l’envie de s’accomplir personnellement, il exerce en auto-entrepreneur parallèlement à son emploi en Suisse. Pourquoi et comment Montbenoît ? S’il vit aujourd’hui du côté de Divonne-les-Bains, Claude Drezet a toujours maintenant le contact avec sa région d’origine où il a encore de nombreux amis d’enfance, comme Léon Querry l’ancien garagiste de Montbenoît. Ce copain lui a d’abord demandé d’entretenir le petit orgue de l’abbaye puis de s’occuper de l’instrument principal. « Au départ, je lui ai proposé de faire ça quand je serai en retraite d’ici quelques années car c’est un chantier très important qui représente au moins 1 000 heures de travail. Après réflexion, je me suis rendu compte que si je ne le faisais pas maintenant, je ne suis pas sûr d’être assez motivé pour attaquer à cette rénovation plus tard. »
Aussi surprenant que cela puisse paraître, Claude a accepté de restaurer cet instrument bénévolement. Par attachement au monument, au pays sauget. L’orgue principal de l’abbaye a été fabriqué en 1898 par le facteur Annessens basé dans le Nord. Une grosse transformation a ensuite été effectuée en 1952 par Georges Schwerkebel qui a électrifié l’instrument. De 1898, il reste quelques éléments comme le buffet, les tuyaux et la soufflerie.
Si l’orgue de Montbenoît n’est plus en très bon état, il n’a heureusement pas trop souffert de l’humidité car l’atmosphère du clocher où il est installé est très sèche. Le premier diagnostic réalisé avant d’entamer le chantier montre qu’il y aura beaucoup de réglages à faire un peu à tous les niveaux. « Actuellement, je reprends un par un les tuyaux pour les remettre en forme. Ce sera un chantier long et fastidieux avec beaucoup de choses répétitives », note le facteur d’orgue qui n’est pas effaré par l’ampleur de la tâche.
Menuiserie, ébénisterie, travail du plomb, du zinc, accordage, la rénovation d’un tel orgue nécessite de multiples compétences qu’il maîtrise parfaitement. « C’est un métier qui demande beaucoup de patience, de rigueur et d’imagination car on a toujours des surprises, des bonnes comme des mauvaises. Le gros souci d’un orgue, c’est l’étanchéité. Je cours après les fuites d’air. C’est inconcevable d’engager une telle réparation sans prendre le temps au préalable de comprendre le fonctionnement de l'instrument. On suit alors un protocole. »
Cette rénovation d’ampleur se fera sans doute sur un temps long à l’issue duquel Claude Drezet rêve d’entendre chanter l’orgue de l’abbaye pour une belle messe de minuit.
