Le don d’ovocytes reste encore méconnu du grand public. Dans le Doubs, une quinzaine de dons sont réalisés par an. Quand les demandes sont croissantes. Céleste* a accepté de livrer son expérience afin de sensibiliser à ce don.
« Faites des parents. » Le slogan utilisé par l’Agence de la biomédecine pour sensibiliser au don d’ovocytes est révélateur. Autre phrase percutante, « Du don à la vie », qui résume en théorie ce don de cellules reproductrices féminines (ovule). En pratique, le chemin est plus long, ponctué parfois de réflexions qui durent plusieurs mois.
Céleste a une trentaine d’années et habite dans le Doubs. Elle n’a pas hésité à se lancer. “J’avais envie d’aider des personnes à devenir parents, j’avais entendu des témoignages dans un podcast qui m’ont donné envie de le faire”, explique-t-elle. Céleste n’est pas encore maman mais elle aimerait le devenir plus tard. Céleste est lesbienne et sait qu’elle devra recourir à une P.M.A. (procréation médicalement assistée). Le don d’ovocytes a donc fait sens pour elle.

Dans le Doubs, le C.E.C.O.S. (centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme), rattaché au C.H.U. Besançon Franche-Comté est la structure qui accueille donneurs de gamètes (ovocytes et spermatozoïdes) et les receveurs, les deux étant dissociés dans le temps et l’espace pour préserver l’anonymat. Le C.E.C.O.S. est adossé à un centre A.M.P. (assistance médicale à la procréation) qui regroupe des gynécologues et des biologistes. Les deux spécialités travaillent toujours en binôme. Le premier rendez-vous d’information est réalisé par le Dr Oxana Blagosklonov, biologiste et responsable du centre A.M.P. et C.E.C.O.S. “Je leur donne toutes les informations sur la législation, explique les termes du consentement, la levée de l’anonymat du donneur aux 18 ans de l’enfant, uniquement s’il le souhaite. On fait une enquête génétique et un bilan biologique réglementaire. On propose à toutes une séance avec un psychologue, celle-ci est obligatoire uniquement pour celles qui n’ont pas d’enfants. Tant qu’on n’a pas vécu une expérience de parentalité, on ne peut pas savoir ce que c’est. Il s’agit d’éviter les regrets, et de subir des pressions.”
Aujourd’hui, 65 % des candidates aux dons d’ovocytes n’ont pas d’enfant. En moyenne, le Doubs compte une trentaine de candidates au don par an. Il existe environ 20 % de refus pour des causes génétiques ou gynécologiques. Une quinzaine de femmes réalisent la ponction au cours de l’année. Ce qui est peu au regard de la demande. Le délai d’attente pour bénéficier d’un don d’ovocytes est de 12 mois environ dans le Doubs.
Le second rendez-vous a lieu avec un gynécologue qui permet de vérifier d’une part, que la donneuse, en fonction de ses antécédents, ne présente pas de contre-indication à la stimulation ovarienne et à la ponction d’ovocytes, et d’autre part, d’estimer la réserve ovarienne par le biais d’une échographie (en complément de la prise de sang réalisée lors du premier rendez-vous). “À ce stade, si la réserve ovarienne est faible, on peut réorienter la patiente vers une préservation d’ovocytes pour elle, si elle le souhaite”, observe le Dr Camille Nallet, gynécologue et référente du don d’ovocytes.
Il faut noter que depuis 2021, la loi a changé. Auparavant, les femmes qui souhaitaient préserver leurs ovocytes pour elles sans indication médicale étaient obligées d’en donner. Aujourd’hui, ces deux parcours sont bien séparés.
Après ce rendez-vous gynécologique, si la donneuse est partante, l’étape suivante est la stimulation ovarienne. Elle se concrétise par une ou deux injections par jour sur deux semaines. Le protocole varie au cas par cas. “Les donneuses peuvent avoir recours à une infirmière mais dans la grande majorité des cas, elles se font les injections elles-mêmes”, note le Dr Camille Nallet. Au moment de la stimulation ovarienne, les donneuses doivent réaliser une échographie et une prise de sang tous les deux à trois jours. Ces examens peuvent être conduits au C.H.U. mais aussi dans les hôpitaux de proximité et les cabinets libéraux pour les patientes habitant loin de Besançon. “C’est quand même un peu engageant pour les femmes, reprend Céleste. J’étais un peu stressée par rapport à mon travail, je ne voulais pas me mettre en porte à faux par rapport à mes patrons. Je les ai prévenus, ils ont été compréhensifs.”
Le jour de la ponction, la patiente est hospitalisée une matinée et ressort vers midi, avec un arrêt de travail. “Chaque centre a un fonctionnement différent. Ici, une salle d’opération est dédiée à la ponction. Nous ne procédons pas à une anesthésie générale. Nous avons un protocole avec des médicaments forts contre la douleur. On a recours au gaz ou à un casque de réalité virtuelle pour que la patiente s’évade”, poursuit le Dr Nallet. La ponction se réalise sous échographie par voie endovaginale et dure un quart d’heure. “Les complications sont très rares”, rassure la gynécologue.
Chaque ponction permet de récolter en moyenne une dizaine d’ovocytes. Ces derniers peuvent être partagés entre plusieurs couples receveurs mais il faut au minimum 5 ovocytes matures par receveuse. “On compte une à deux naissances en moyenne par don, souligne le Dr Blagosklonov. On peut constituer soit une banque d’ovocytes soit on peut faire la fécondation in vitro le jour même.”
Les chiffres de l'Agence de la Biomédecine de 2023 montrent qu’au niveau national, dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation, le don d’ovocytes représente moins de 2 % des tentatives (contre 14 % pour le don de sperme). Le don d’ovocytes est réservé à des cas précis, entre autres des femmes atteintes d’insuffisance ovarienne prématurée (par exemple, à la suite d’une chimiothérapie pour cancer ou d’une chirurgie des ovaires) ou encore celles qui ont une réserve ovarienne faible et pour qui la stimulation ne fonctionne pas.
Les femmes peuvent donner leurs ovocytes jusqu'à 38 ans. Le don est gratuit, 100 % remboursé. Les frais de déplacement et de garde d’enfant sont aussi remboursés. Le C.H.U. de Besançon a débuté le don d'ovocytes depuis 2011. En quinze ans, le Doubs a eu plus de 300 candidates au don et 170 femmes ont franchi le pas, certaines ont fait deux dons.
Céleste, elle, ne regrette pas. “C’était une bonne expérience, je suis contente de me dire que ça peut aider des personnes à devenir parents.” La législation actuelle préconise de réaliser deux dons au maximum.
*Prénom d’emprunt pour préserver l’anonymat de la donneuse
