Entrant dans la catégorie des commerces de première nécessité, les buralistes enregistrent eux-aussi une forte baisse d'activité tout en sachant le rôle social qu'ils peuvent jouer auprès des personnes encore plus isolées par le confinement.

A La Civette à Pontarlier, le chiffre d'affaires s'est effondré de 60 à 70% en quelques jours. "On a clairement observé un changement des comportements à partir du 16 mars à midi. Les gens ne prenaient plus du tout l'épidémie à la rigolade", observe Jean-François Pourcelot qui tient avec son épouse Sandrine le bureau de tabac situé près de la porte Saint-Pierre.
Le changement s'applique aussi dans les habitudes de consommation. Seule la vente de tabac reste stable. Au fil des jours, les fumeurs privilégient l'achat de cartouches plutôt que de paquets individuels. Pour le reste, c'est ceinture. Très peu de presse, plus de cadeaux, de bibelots, plus de bonbons. "On ne voit plus d'enfants en ville mais on constate aussi le retour des frontaliers qui sont au chômage partiel", poursuit le buraliste également touché par la perte de la clientèle suisse très friande de presse et de jeux.

Tout le secteur jeu est aussi affecté


Avec l'arrêt des compétitions et des championnats, le loto sportif est confiné au vestiaire. "Comme les jeux ne sont pas considérés de première nécessité, ils font désormais l'objet d'un achat complémentaire à un autre produit comme un journal. On peut quand même signaler le boom des mots croisés, fléchés et autres sudoku."

Pour la mise en sécurité sanitaire du magasin, le couple a fait avec les moyens du bord. Affiches, marquage au sol, protection du comptoir par un film plastique utilisé chez les fleuristes. "On n'a reçu ni gants, ni masques. On travaille à nos risques et périls juste pour satisfaire le client", regrette Jean-François Pourcelot, en colère contre la chambre syndicale des buralistes du Doubs qu'il estime peu active pour défendre la profession sur ce point-là.
Les horaires d'ouverture ont été adaptés au confinement. Le bureau de tabac qui fonctionnait habituellement en continu de 6h à 19h30 s'accorde désormais une pause méridienne. La tentative de mettre en place un roulement d'ouverture entre buralistes de proximité a échoué. "C'était une façon de se protéger et cela n'aurait pas changé grand-chose aux ventes", regrette le buraliste qui a décidé de ne plus assurer ses permanences du dimanche après-midi. Pas question pour autant de fermer. Si en plus du confinement, les fumeurs ne pouvaient plus s'approvisionner, on imagine la tension...
Le couple conscient de la chance d'avoir un commerce autorisé à ouvrir alors que d'autres n'ont pas eu le choix reste au poste. "On n'a pas toujours le coeur à l'ouvrage mais on sait que c'est important qu'on soit là pour certaines personnes très isolées qui ne verraient presque plus personne si l'on venait à fermer."

A La Civette, un film plastique de fleuriste sépare les buralistes de la clientèle.