Le 23 juillet dernier, Jean Castex, P.D.G. du groupe S.N.C.F., et ancien Premier ministre, a fait un arrêt à L’Hôpital-du-Grosbois pour mettre en avant la modernisation de la ligne des Horlogers. L’occasion d’évoquer l’avenir du ferroviaire, incertain en période de vaches maigres pour les deniers publics.

L’image et la symbolique étaient de rigueur, le 23 juillet à L’Hôpital-du-Grosbois. Dans la petite gare de la commune de 600 habitants, qui a bénéficié de travaux d’accessibilité en 2021, le T.E.R. de la ligne des Horlogers est arrivé à l’heure. D’une rame a surgi la grande silhouette de Jean Castex, aussitôt entouré d’un aréopage d’élus dont bon nombre de parlementaires du Doubs. Lors du court trajet entre Besançon et L’Hôpital-du-Grosbois, le P.D.G. du groupe S.N.C.F. a pu apprécier la modernisation de la ligne des Horlogers.

C’était d’ailleurs l’objet de cette séquence institutionnelle programmée : mettre en avant les travaux de cette ligne Besançon-La Chaux-de-Fonds, travaux finalisés il y a plus d’un an et demi et qui ont nécessité près de 110 millions d’euros d’investissement (injectés par l’État, la Région et S.N.C.F. Réseau). “Depuis 9 mois que je préside le groupe S.N.C.F., je parcours les territoires. On a choisi d’aller sur cette ligne pour faire de la pédagogie, un diagnostic de la ligne et des perspectives”, a justifié l’ancien Premier ministre.

Jean Castex, à son arrivée à L’Hôpitaldu- Grosbois, a testé la modernisation de la ligne des Horlogers.

Si Jean Castex tout comme Jérôme Durain, président de la Région, ont loué les bons résultats de cette ligne et l’impact positif de la modernisation, dans un bel exercice d’autosatisfaction, les deux ont aussitôt remonté leurs inquiétudes quant aux investissements futurs. “Avec 2 100 voyageurs par jour, la ligne des Horlogers est une grosse petite ligne, a souligné Jérôme Durain. Elle a un caractère très structurant pour le Doubs, un des territoires bénis des dieux, un des endroits les plus vivants de notre Région avec de la jeunesse, et une dynamique transfrontalière. Ici, la Région met 100 millions d’euros de matériels nouveaux pour augmenter la capacité, c’est un signal de confiance dans cette ligne très structurante pour les usagers. Il reste un enjeu stratégique autour des infrastructures, des tunnels, de la signalisation avec nos voisins suisses. Le ferroviaire, c’est passionnant, mais c’est cher. Les montants d’investissement sont colossaux, il va falloir faire des arbitrages.”

En filigrane ont surgi les 20 % de la ligne qui restent à moderniser, pour un coût estimé entre 30 et 35 millions d’euros. Sur cet investissement, rien n’a été annoncé, à la grande déception des usagers présents. Ces derniers réclament par ailleurs plus de cadencement, plus de rames. Pourtant, la fréquentation a presque doublé entre 2019 et 2025 (+ 49 %), et elle est en hausse de 17 % depuis le début de l’année. Un tiers des voyages sont transfrontaliers.

La ligne des Horlogers reste une des lignes de desserte du territoire les plus fréquentées. Jean Castex a avancé un autre point : sur cette ligne, les T.E.R. sont réguliers à 95 %, et malgré plus de trains. “Il n’y a pas de secret. Il faut massivement investir dans le ferroviaire. Cette ligne montre un retour sur investissement. Investir dans le ferroviaire, ça rapporte, a ainsi lancé le président de la S.N.C.F. On n’a jamais eu autant besoin de trains, jamais eu autant de voyageurs.”

Jamais eu autant besoin d’argent aussi, alors que les deniers publics se raréfient. “Il reste encore des efforts à faire mais l’argent n’est pas magique, a glissé Jean Castex. Nous avons une demande de plus de trains de la part des usagers. Faute de rames, l’entreprise ne peut pas transporter tous ceux qui voyagent. Au moment où les finances publiques se raréfient, investir dans des rénovations d’infrastructures et du matériel qui transporte peu de gens, il faut le justifier. Le train doit trouver sa juste place. Ce n’est pas possible que nos concurrents ne se placent que sur les segments les plus rentables. Si la S.N.C.F. ne doit faire que les dessertes à perte, on n’y arrivera pas.” Autres défis auxquels est confrontée l’entreprise : augmenter la décarbonation des trains et s’adapter au réchauffement climatique. Un plan d’adaptation au climat est lancé, celui-ci va nécessiter des investissements, prévient Jean Castex.

Côté région, la ligne des Hirondelles (Haut-Jura) attend elle aussi sa cure de jouvence. La Région estime le coût à 150 millions d’euros, de l’argent qu’elle n’a pas, a assené Jérôme Durain. Quant au rétablissement d’un 4ème T.G.V. Lyria Paris-Lausanne via le Jura, réclamé à cor et à cri et à coups de pétitions par un collectif d’usagers, le P.D.G. de la S.N.C.F. a fait aveu de son impuissance à trouver une solution sur le court terme.