Le passage clandestin des Juifs par la frontière franco-suisse du Val de Morteau est éclairé par le cycle mémoriel organisé par l’historien local Jean-Michel Blanchot, avec notamment une conférence tout public d’une spécialiste de la question le vendredi 5 juin, salle de l’Escale à Morteau, à 20 heures.

C’est un épisode de la Seconde guerre mondiale qui ne doit pas tomber dans les oubliettes de l’Histoire. C’est la raison pour laquelle le professeur d’histoire du lycée de Morteau Jean-Michel Blanchot a décidé de la mettre en lumière pour le second cycle mémoriel qu’il consacre en ce printemps aux passeurs et aux chemins de l’exil. “En inaugurant en 2022 la stèle des passeurs dans le secteur du Mont Châteleu, on avait pris l’engagement de faire vivre ce lieu et de faire un cycle mémoriel tous les deux ans. Après une première édition en 2024, nous avons choisi de consacrer cette seconde édition à cet épisode méconnu du passage des Juifs. Ils ont été près de 500 à bénéficier de l’aide d’habitants du secteur pour passer la frontière entre le Haut-Doubs et le canton de Neuchâtel” détaille M. Blanchot.

Un groupe de douaniers au Col-des-Roches à Villers-le-Lac en 1944 (photo D.R.).

Cette seconde édition du cycle mémoriel consacré aux passeurs du Val de Morteau a débuté il y a quelques semaines avec des visites guidées proposées par Alexandre Cailler (un ancien élève du lycée de Morteau aujourd’hui guide-conférencier) sur les traces de Michel Hollard qui ont déjà permis à près de 200 lycéens de découvrir ce pan essentiel de l’histoire locale.

Ce nouveau cycle mémoriel est notamment dédié à la mémoire d’Alain Jurkiewicz. “Cet enfant juif avait 9 ans quand il a réussi à passer la frontière du Val de Morteau avant d’être refoulé par la Suisse. Il finira assassiné à Auschwitz-Birkenau à l’été 1944… Son destin tragique incarne à lui seul les drames humains qui se sont joués sur cette frontière durant les années noires de l’Occupation” ajoute Jean-Michel Blanchot.

Pour étayer ses éléments de recherche, Jean-Michel Blanchot qui est également le président de la section Val de Morteau-Saugeais du Souvenir Français s’est appuyé sur les travaux de recherche d’une universitaire suisse, Ruth Fivaz-Silbermann, autrice d’un livre édifiant intitulé “La fuite en Suisse - Les Juifs à la frontière franco-suisse durant les années de la Solution finale”.

En 1942, après le déclenchement des déportations massives des Juifs de Belgique et des Pays-Bas, la frontière franco-suisse du Haut-Doubs devient l’un des principaux espaces de fuite vers la Suisse. Le secteur neuchâtelois enregistre à lui seul 499 passages clandestins recensés. Parmi eux, 30 % passent par la zone des Brenets et du col des Roches accessible depuis Morteau, 24 % empruntent les Montagnes neuchâteloises, 18 % traversent le Doubs derrière La Chaux-de-Fonds et 28 % utilisent le secteur des Verrières accessible depuis Pontarlier. Le Val de Morteau apparaît ainsi comme un espace stratégique de pénétration clandestine vers le canton de Neuchâtel.

Les recherches de Ruth Fivaz-Silbermann permettent d’évoquer plusieurs exemples précis. Adolf Goldschlaeger, Juif belge, franchit ainsi le Doubs à gué près des Brenets. D’autres familles traversent avec leurs enfants. Certains groupes sont aidés par des habitants de Villers-le-Lac, tandis que des fugitifs sont guidés vers Le Locle afin d’y prendre le train pour Zürich, Berne ou Lucerne. “Beaucoup de ces Juifs seront refoulés par la Suisse qui pendant cette guerre a suivi une politique un peu ambiguë par rapport à cette question. Certains douaniers suisses étaient très zélés. La thèse de Ruth Fivaz-Silbermann a un peu dérangé les autorités suisses” résume l’historien mortuacien qui se garde pourtant bien de juger les faits quatre-vingts ans après. Les travaux de l’universitaire suisse montrent également la violence psychologique de ces scènes, avec des familles à genoux implorant les gardes-frontières, des propositions d’argent ou de bijoux, des enfants envoyés seuls vers les douaniers, des crises de désespoir et des tentatives répétées de franchissement.

Le lendemain de la conférence de l’universitaire suisse (voir notre encadré), une grande cérémonie programmée le 6 juin sur le site du Vieux-Châteleu permettra au plus grand nombre, et notamment aux plus jeunes, de se souvenir qu’ici, entre 1942 et 1944, les héros anonymes ont côtoyé d’autres personnes au comportement bien différent. Un pan de l’Histoire, comme souvent avec son côté sombre, et son pendant plus lumineux.

Une conférence et une cérémonie pour mieux comprendre le sujet

“Le Val de Morteau : une voie sûre vers la Suisse ?” C’est l’intitulé de cette conférence consacrée à ce sujet de la fuite des Juifs entre 1942 et 1944, entre répression, aide, réussite et échec, présentée par Ruth Fivaz-Silbermann, docteure en Histoire. Cette conférence tout public est programmée le vendredi 5 juin, salle de l’Escale à Morteau, à 20 heures. L’entrée est libre, avec une participation possible aux frais d’organisation, au profit des actions du Souvenir Français. Le lendemain, samedi 6 juin, sur le parking de l’auberge du Mont Châteleu à 10 heures aura lieu une cérémonie en présence du choeur d’hommes Les Essarts sous la direction de Guy Malivernay, d’un quatuor de violoncellistes de l’école de musique et de danse du Val de Morteau sous la direction de Michel Kempf, et de la chanteuse Cylia Houser. Cette cérémonie est suivie d’un vin d’honneur offert par les communes de Montlebon et Grand’Combe-Châteleu.
Possibilité de poursuivre par un repas convivial à l’Auberge du Mont Châteleu 33 euros par personne, sur réservation uniquement auprès de jean-michel.blanchot@ orange.fr ou de christian.suarez@nordnet.fr


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