90% des chantiers ont repris

Les chantiers de construction ont presque tous redémarré, mais le retour à la normale sera lent, avec un écroulement attendu du nombre de dépôts de permis accordés. Le point avec Fabrice Jeannot, président de la Fédération régionale des promoteurs et président de la société bisontine SMCI.

Immobilier  : "La Province devrait retrouver toute sa noblesse suite à cette crise"
Fabrice Jeannot, président du groupe SMCI.

La Presse du Doubs : Le secteur de l'immobilier a-t-il repris des couleurs ?
Fabrice Jeannot : La plupart des chantiers ont repris il y a une quinzaine de jours. Ils avaient été stoppés pour des raisons de sécurité et parce que les entreprises du bâtiment n'avaient plus leur effectif complet. Les choses reviennent peu à peu à la normale sauf que nous risquons d'être confrontés bientôt à des pénuries de matière première. Mais dans l'ensemble, sur la région, je pense que 90% des chantiers ont repris.

Le retard pris pourra-t-il être rattrapé ?
FJ : En matière d'immobilier, le temps perdu ne se rattrape jamais. Les livraisons seront forcément décalées de plusieurs semaines. Un exemple avec notre chantier Le Conservatoire, place de la Révolution à Besançon. Au lieu d'être livrés fin avril comme prévu, les logements le seront sans doute fin juin. Il a fallu aussi instaurer de nouvelles méthodes de travail, avec un autre rythme. Moins de monde en même temps sur un chantier, mais avec des plannings peut-être encore plus précis qu'avant. L'avenir le dira, mais je pense que cette nouvelle organisation aura aussi du bon en matière d'efficacité de travail. Les délais de réalisation s'allongeront forcément, mais on sera beaucoup plus dans l'organisation et l'optimisation du temps de travail. Le rôle du maître d'œuvre d'exécution sera encore plus déterminant qu'avant.

"Je pense que cette nouvelle organisation aura aussi du bon en matière d'efficacité de travail."

En tant que président de la Fédération régionale des promoteurs, estimez-vous que le nombre de logements neufs va forcément s'écrouler en 2020 ?
FJ : Sur le plan national, environ 400 000 permis de construire pour des unités d'habitation neuves sont délivrés tous les ans en France. Au moment du confinement mi-mars, la quasi-totalité des services urbanisme des mairies a fermé et tous les permis non délivrés ont été suspendus. Problème : le process digitalisé de dépôt des permis n'est toujours pas autorisé en France, si bien que dans ces services, le télé-travail est difficile et ces services devront reprendre toutes les procédures une par une. Résultat : entre le début de l'année et juillet prochain, très peu de permis auront été validés. Je pense que 2020 sera une année avec deux fois moins de permis que d'habitude et forcément, l'impact sera fort sur les mises en chantier. D'où la nécessité impérieuse de soutenir notre outil de production (les entreprises du bâtiment qui travaillent pour nous) avec lequel il faut être solidaire. La reprise ne pourra donc se faire que si on est solidaire l'un envers l'autre.

Comment s'est adapté le groupe SMCI, avez-vous eu recours au chômage partiel ?
FJ :
Sur un effectif de 46 personnes, une trentaine a continué son activité en télé-travail, quelques-uns étaient en arrêt pour garde d'enfants et une petite dizaine seulement était en chômage partiel. Cela concerne essentiellement notre service livraison d'appartement, et pour cause. Pour le reste, il a bien fallu continuer à gérer nos copropriétés via notre service SMCI Gestion.

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Le programme immobilier Le Conservatoire signé SMCI est quasiment terminé, il sera livré fin juin au lieu de fin avril.

Et sur le plan commercial ?
FJ : On a un peu continué à travailler. Même si naturellement les contacts par mail ou par téléphone ont beaucoup chuté, il existe toujours un flux d'environ 50% de nos contacts avec lesquels le lien a été maintenu, suite à des demandes qu'ils ont formulées. En termes de vente, au lieu des 20 à 25 transactions que nous réalisons chaque mois entre la Bourgogne-Franche-Comté et la région lyonnaise, on est tombé à 4 ou 5 depuis la mi-mars. La location, elle, ne s'est pas effondrée, la demande est toujours soutenue même si c'est beaucoup plus compliqué de faire visiter des logements virtuellement.

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Dans le Grand Besançon, les programmes neufs ont pris du retard, mais les chantiers ont redémarré pour la plupart des promoteurs.

Comment voyez-vous la sortie de crise ?
FJ : Une période un peu chaotique s'annonce, c'est évident, et nous ne savons pas encore si on va entrer dans une période d'inflation, de hausse des taux d'intérêt... D'où cette réalité qui devient plus profonde encore aujourd'hui : l'immobilier s'impose encore plus comme une valeur-refuge, avec des taux de rentabilité à 3 ou 4%, ce que ne peuvent plus proposer les banques sur leurs produits financiers. Pour celui qui peut acheter, je pense que c'est vraiment le bon moment de le faire.

Que va changer cette crise pour les métiers de l'immobilier ?
FJ : Plus largement, c'est sans doute toute la perception de l'aménagement du territoire par les pouvoirs publics qui devra être remise en cause avec une concentration sans doute excessive autour des grands centres urbains. Je suis persuadé qu'à l'issue de cette crise, la Province va retrouver toute sa noblesse et son pouvoir d'attraction. Des villes moyennes retrouveront certainement de l'attractivité avec des méthodes de travail qui changeront, la généralisation du télétravail et la recherche d'un meilleur équilibre territorial. C'est sans doute une des leçons que l'on tirera de cette crise. On voit aussi tout l'intérêt d'habiter un logement bien conçu, avec des espaces de qualité et l'organisation d'un bien vivre ensemble. Tout cela montre son intérêt dans ces périodes, à l'image de la philosophie baptisée "Gabriel" que l'on développe dans certains de nos programmes immobiliers.

Propos recueillis par J-FH