L’été caniculaire que nous avons traversé oblige à repenser nos façons d’habiter. Le Haut-Doubs n’échappe pas à la réflexion. Comment les organisations professionnelles, les constructeurs, les architectes et les particuliers imaginent une nouvelle façon de construire ou de rénover les logements ? Comment s’adaptent les professionnels à ces nouvelles exigences ? C’est le dossier du mois.

Le climat change, les constructeurs s’adaptent

Pendant longtemps, dans nos contrées, la priorité était évidemment de garder la chaleur à l’intérieur. Avec le changement climatique, il faut désormais penser hiver et été. Les professionnels s’adaptent

Orientation des fenêtres, débords de toiture, volets extérieurs, végétation, ventilation traversante et nocturne, inertie des murs et des planchers, matériaux naturels… Toutes ces notions, qui ne sont certes pas nouvelles, sont devenues des sujets de discussion majeurs depuis quelques années, et que la récente canicule de l’été 2026 a rendues encore plus prégnantes.

Depuis 2022, la réglementation environnementale R.E. 2020 ne s’intéresse plus seulement à la consommation d’énergie, elle prend aussi en compte l’empreinte carbone du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie et son confort pendant les périodes de forte chaleur.

La société De Giorgi est un des principaux acteurs régionaux en matière de construction.

Première priorité : garder la fraîcheur sans multiplier les climatiseurs. Orientation du bâtiment, protections solaires extérieures, volets, végétation, ventilation nocturne, isolation performante et inertie thermique deviennent des éléments centraux de la conception.

Deuxième priorité : réduire le carbone “caché” dans les murs. Une maison peut être très économe une fois habitée tout en ayant nécessité beaucoup d’émissions pour produire son béton, son acier, ses isolants ou ses équipements. La R.E. 2020 intègre donc l’impact climatique des matériaux et du chantier. Cette évolution pousse les constructeurs à diversifier les solutions : bois, matériaux biosourcés, terre crue, pierre ou encore matériaux issus du réemploi peuvent contribuer à réduire l’empreinte environnementale, selon les caractéristiques du projet.

Troisième enjeu : construire en tenant compte du terrain. Le changement climatique ne menace pas seulement la maison par la chaleur. Les sécheresses successives accentuent notamment le phénomène de retrait-gonflement des sols argileux, susceptible de provoquer fissures et déformations. En 2026, le Cerema estime que 54 % des maisons individuelles sont exposées à un risque moyen ou fort lié à ce phénomène.

Enfin, la maison de demain devra prendre moins de place. Construire durablement ne consiste pas uniquement à améliorer le bâtiment : il faut aussi regarder ce qui l’entoure. Préserver les sols, limiter l’artificialisation, favoriser l’infiltration de l’eau de pluie et conserver la végétation participent à l’adaptation des quartiers aux fortes chaleurs et aux épisodes de pluie intense. La trajectoire française vise ainsi le zéro artificialisation nette à l’horizon 2050.

Dans ce contexte, comment s’adaptent les constructeurs régionaux ? Un des principaux acteurs locaux de la construction, la société pontissalienne De Giorgi multiplie depuis quelques années les constructions dotées d’une isolation thermique par l’extérieur. “Nous nous tournons de plus en plus vers ce mode de construction” confirme Philippe Patton, urbaniste du groupe De Giorgi. Une paroi béton intérieure gardera mieux le chaud l’hiver et le frais l’été. Ces solutions d’isolation par l’extérieur ne peuvent pas pour autant être généralisées partout, pour des questions de coûts. “On progresse, régulièrement, mais on ne peut pas tout révolutionner d’un coup” ajoute le constructeur.

Promoteur dans le Haut-Doubs, Patrick Goursolle suit également les évolutions du secteur. “Triple vitrage, gros renforts d’isolation y compris dans les communs : j’ai toujours eu comme priorité la prestation globale d’isolation. Au-delà même des normes” estime le professionnel qui doit faire face aujourd’hui à des demandes qui évoluent. “On me demande de plus en plus des terrasses orientées au nord. On me réclame aussi du chauffage tout électrique mais la réglementation actuelle ne nous le permet pas. On est dans une phase assez compliquée, avec une réglementation qui devra nécessairement évoluer pour s’adapter aux nouveaux besoins, et en même temps il faut faire comprendre que, avec les coûts de construction, on ne peut pas tout mettre en œuvre. Au final, c’est le budget des clients qui est l’arbitre principal.” En 33 ans de métier, Patrick Goursolle dit n’avoir jamais autant vendu, mais jamais réalisé si peu de marge…