Les coopératives fromagères, on en compte encore 120 dans le Doubs et le Jura, étaient réunies en assemblée générale début avril à Levier. L’occasion de vérifier le bienfondé d’un modèle dont la pérennité repose encore et toujours sur l’engagement collectif.
Les 120 coopératives laitières du Doubs et du Jura évoluent dans un contexte pavé d’incertitudes et face à des attentes très fortes en matière de souveraineté. Les interrogations sont multiples : orientations européennes, baisse du soutien de l’État, concurrence déloyale des produits d’importation. “Face à toutes ces menaces, le modèle coopératif résiste sur tous les plans : performance économique, modernité, ancrage local. Même si la situation évolue après 15 ans de croissance continue, ce modèle présente encore des atouts forts. Les fruitières incarnent la mutualisation des risques, la voix de chacun est prise en compte dans les décisions. Cette organisation permet de maintenir la valeur ajoutée sur le territoire et elle garantit une bonne rémunération des producteurs. Il faut rappeler que l’activité des fruitières génère quand même 5 000 emplois directs”, indique Mathias Bouillet, le président de la Fédération Régionale des Coopératives Laitières (F.R.C.L.).

La bonne santé des filières A.O.P., notamment le comté, le mont d’or et, dans une moindre mesure le morbier se répercute forcément au niveau des ateliers de transformation. Autre signe rassurant, la mise en application depuis cette année du nouveau cahier des charges du comté. Obligation de pâturage, limitation de la taille des exploitations, encadrement de la taille des fromageries : tous ces garde-fous contribuent à la préservation d’un modèle agricole familial et durable, favorisent la diversité des fruitières et le maintien du savoir-faire du métier d’affineur.
Les fruitières vont se retrouver confrontées à d’importantes problématiques comme le renouvellement démographique des sociétés. “Un nouveau sujet nous préoccupe de plus en plus : le devenir des fromages au lait cru. C’est un défi majeur à relever”, complète Jean-Baptiste Cattin, vice-président de la F.R.C.L.
Si la mise aux normes des ateliers au niveau du traitement des effluents est pratiquement finalisée, d’autres challenges sont toujours d’actualité. “L’implication du producteur au sein de sa coopérative était quelque chose d’assez naturelle à l’époque où je me suis installé. C’est moins vrai aujourd’hui dans une société qui tend à s’individualiser. On doit mobiliser sur le travail collectif, l’engagement, l’accompagnement des sociétaires pour que chacun partage la même vision”, insiste Mathias Bouillet.
Interrogé sur le mouvement de restructuration des coopératives, il n’y est pas opposé à partir du moment où cela corresponde aux attentes des sociétaires.
