Malgré une bataille judiciaire de 10 ans qui conforte les défenseurs d’une continuité écologique du Doubs, les opposants ne baissent pas les bras.
Le site témoigne d’une riche histoire industrielle. On y trouve les premières traces d’un barrage en fascines (fagots cylindriques de branchages enchevêtrés) dès 1350. Durant plusieurs siècles, un moulin et une scierie y étaient en activité utilisant l’énergie hydraulique. En 1892, la ville de Saignelégier (Suisse), pionnière dans l’industrie électrique, y construisit une centrale qui restera en activité jusqu’en mai 1972.
Quels sont les arguments des partisans de l’arasement du barrage ? L’ouvrage bloque incontestablement la circulation des poissons et des sédiments transportés par la rivière. Cette rupture artificielle du cours d’eau provoque également un réchauffement global du Doubs et cette étendue d’eau créée par l’édifice renforce les pollutions cumulées (industrielles, agricoles ou domestiques). Enfin, la vétusté du barrage nécessite de toute façon une décision. Le 24 octobre 2023, l’administration a déclaré le barrage “bien sans maître” (en état de vacance) permettant à l’E.P.A.G.E. (Établissement Public d’Amélioration et de Gestion des Eaux) de se voir confier le projet d’effacement.
En novembre 2025, le gouvernement du Canton du Jura déclarait qu’il était favorable à cet effacement du barrage depuis 2015 et qu’il n’avait pas l’intention de retarder les travaux puisque l’édifice n’était pas situé sur son territoire. Ce qui semble être le coup de grâce pour les défenseurs du barrage a été donné le 20 janvier dernier par le Tribunal Administratif de Besançon estimant que l’association “Sauvons le Theusseret” n’apportait pas de preuves suffisantes d’un quelconque droit de propriété sur le site. Une pétition sur Change.org lancée en mars dernier à l’initiative de Gérard Rustin, commerçant à Goumois, recueille aujourd’hui plus 1 500 signatures. Les défenseurs du barrage déplorent la perte d’un site historique majeur et d’une attraction touristique qui pourraient à terme avoir des conséquences économiques désastreuses pour la région de Goumois. Ils redoutent également des conséquences écologiques imprévisibles affectant la biodiversité et les écosystèmes aquatiques dépendant du barrage.
Ils ont proposé des solutions alternatives comme l’aménagement d’une nasse à poisson, voire un projet de réactivation hydroélectrique. “S.O.S. Loue et Rivières Comtoises”, partisan de l’arasement depuis 2017 a une autre vision du site, suivi d’ailleurs par plusieurs organisations de défense de la nature et les fédérations de pêche.
“Nous respectons l’attachement au paysage et à l’histoire locale mais nous ne pouvons pas laisser la nostalgie du patrimoine l’emporter sur la nostalgie du vivant”, déclare l’association dans un récent communiqué.
“À Goumois, nous étions plutôt favorables à l’installation d’une nasse à poissons beaucoup moins coûteuse que le projet d’arasement qui coûtera au bas mot 400 000 euros. De toute façon, les propriétaires suisses, riverains du Doubs, refusent le passage des engins de chantier sur leurs terrains et nous trouvons que l’alternative consistant à se frayer un chemin dans le lit de la rivière pour procéder à l’arasement est une très mauvaise idée”, estime Julien Naegelen, maire de Goumois.
Il semble qu’au vu des complications techniques actuelles et de la vive motivation des opposants, le barrage du Theusseret puisse bénéficier d’un sursis, en tout cas pour l’année 2027.
