Lionel Jacquet, président de la société Haut-Doubs Créer Bâtir et représentant régional du pôle habitat à la Fédération française du bâtiment, explique les évolutions du métier de constructeur de maisons individuelles dans un contexte de changement climatique et de tensions économiques.

C’est à dire : Avec le changement climatique en général, et les températures qu’on a connues cet été en particulier, est-ce que la demande des clients a évolué ?
Lionel Jacquet :
Clairement oui, et c’est de plus en plus évident. Les attentes et les demandes de nos clients évoluent, tout comme les réglementations thermiques qui évoluent aussi depuis une dizaine d’années. La R.T. 2012 nous a imposé les pompes à chaleur et interdit les planchers chauffants électriques. À cette époque, beaucoup de nos clients avaient peur d’avoir froid. Aujourd’hui, ils posent la question inverse : « est-ce qu’on ne va pas avoir trop chaud dans nos maisons ? » Les attentes ont évolué.

Lionel Jacquet devant le showroom de Haut- Doubs Créer Bâtir, sur la zone d’activités des Dolines au Basde- la-Chaux.

Càd : Et que leur répondez-vous aujourd’hui ?
L.J. :
Désormais, c’est la R.E. 2020 qui encadre la construction et qui nous fait changer notre approche des dossiers. Dès la conception du projet, nous devons prendre en compte le terrain et l’environnement de la maison, mais ce qui est devenu primordial, c’est l’orientation de la maison. Les espaces de vie doivent être orientés au sud et doivent disposer de grandes ouvertures. Deuxième volet de cette R.E. 2020 : l’enveloppe du bâti qui doit être très performante avec des normes thermiques toujours plus exigeantes. Et troisième aspect : il faut désormais des équipements adaptés. Un système de chauffage basé sur les pompes à chaleur. Nos projets sont tous dotés de pompes à chaleur air-air avec planchers chauffants, dans lesquels passe de l’eau fraîche l’été pour rafraîchir l’intérieur. Ils prévoient aussi une bonne ventilation du logement et une grande étanchéité à l’air. Et ce qui vient compléter tout ça, ce sont de bons équipements, avec des protections solaires efficaces : volets roulants, brise-soleil orientables (B.S.O.), stores et souvent pergolas, le tout avec un pilotage domotique et souvent des capteurs solaires qui captent la température et commandent l’abaissement des volets. C’est comme cela qu’on conçoit nos maisons aujourd’hui. Proposer des solutions de rafraîchissement de la maison est devenu notre quotidien.

Càd : Toutes ces solutions contribuent à faire augmenter les prix d’une maison ?
L.J.
: Oui, ces équipements renchérissent forcément le prix final. Si bien qu’une grande partie des gens préfèrent avoir des maisons moins grandes, plus compactes, mais mieux équipées pour lutter contre le froid comme contre le chaud.

Càd : Comment dès lors se porte le marché de la construction ?
L.J.
: Nous avons la chance ici de travailler sur une zone encore privilégiée, mais il est clair que nous faisons moins de maisons qu’à une certaine époque. Au niveau national, il se fera cette année environ 70 000 maisons. Le chiffre est stable par rapport à 2025 et meilleur qu’en 2024 où on avait atteint un point bas avec moins de 50 000 maisons. Alors que sur les 15 dernières années jusqu’en 2022, on tournait à 120 000 maisons par an. Le marché n’est pas catastrophique, il est moyen.

Càd : Comment réagissez-vous dans ce contexte ?
L.J.
: Même si la maison individuelle reste le logement préféré des Français, c’est un produit qui reste plus élitiste qu’avant à cause des prix qui ont grimpé, et des conditions bancaires qui sont plus restrictives qu’avant. Dans ce contexte, nous devons donc trouver d’autres solutions pour maintenir une activité satisfaisante. Nous mixons l’offre, en proposant des terrains plus petits, des maisons jumelées, des programmes dans des communes bien placées par rapport au bassin d’emploi. Nous faisons aussi un peu de promotion immobilière comme en ce moment avec un projet de 6 logements du côté d’Étalans. Nous réalisons également des projets d’extension. Notre métier évolue, il faut sans cesse s’adapter : au contexte économique, aux contraintes liées à la réglementation, et aux conditions climatiques qui évoluent.


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