Après deux mois de sécheresse ininterrompue, dans quel état se trouve la filière A.O.P. comté ? Niveau de production, dérogations temporaires pour pallier le manque d’herbe, évolution de la consommation au cours de l’été, espoir d’une arrière-saison plus propice : tous ces points de vigilance sont minutieusement étudiés au jour le jour par les acteurs de la filière.

« Si la pluie annoncée tombe en quantité suffisante, l’analyse de la situation sera forcément différente dans les semaines à venir, juge utile de préciser Alain Mathieu le président du C.I.G.C. Le changement climatique n’est plus une surprise, il n’en demeure pas moins une épreuve. On a déjà été touché par les canicules en 2018 et 2022 mais cette année dépassera tout ce que l’on a connu auparavant et si on n’a pas de reprise pour pâturer, on sera dans une situation à cette échelle-là. »

“En juillet, on a enregistré une baisse de 8 à 9 % sur la production de comté et on s’attendait à un bilan similaire pour août”, indique Alain Mathieu, président du C.I.G.C. (photo C.I.G.C.).

La canicule n’ayant épargné aucun territoire, ce sont toutes les zones d’élevage françaises qui se retrouvent en manque de fourrage. Les acteurs de la filière comté suivent l’évolution des choses de très près. Ils se sont d’ailleurs retrouvés le 14 août dernier en conseil d’administration pour échanger. « Il y a des situations très hétérogènes en fonction des exploitations. On n’a pas encore les chiffres du mois d’août mais en juillet, on a enregistré une baisse de 8 à 9 % sur la production de comté et on s’attend à un bilan similaire pour août. On replace cette baisse de production estivale dans un contexte printanier avec des conditions très favorables à la production. Si l’on fait le bilan sur 12 mois, on revient à l’équilibre et la suite sera conditionnée par l’arrière-saison. »

L’adaptation est permanente. Les bonnes récoltes de fourrage en 2024 et 2025 permettent encore à certains d’apporter une complémentation au manque d’herbe. Le 18 août dernier, la commission permanente de l’I.N.A.O. a répondu à plusieurs demandes d'aménagements temporaires de différents cahiers des charges d’A.O.P. françaises dont celle émanant du comté. Exemple avec cette dérogation sur l’utilisation de maïs vert qui n’était pas produit sur les exploitations à comté. N’étant pas valorisable en grains, la céréale a pu être distribuée sur quelques exploitations en zone basse. « En fonction des bilans fourragers en cours, on essaiera de voir comment les choses peuvent se passer jusqu’à la fin de la campagne. Quelles sont en fait les ressources fourragères disponibles pour aller jusqu’à la mise à l'herbe au printemps 2027 ? »

Toutes les A.O.P. jurassiennes sont concernées. D’autres aménagements temporaires pourraient être demandés à l’I.N.A.O. Alain Mathieu évoque, autre exemple, le cas des génisses qui sont nourries avec de la paille et pour lesquelles il sera sans doute nécessaire d’aller au-delà de 500 kg d’aliments complémentaires par U.G.B. génisses réglementaires. « Ces dérogations sont prévues au cahier des charges. Elles répondent à des exigences de conditions exceptionnelles. »

En 2018 et 2022, entre 18 et 22 % des exploitations de la filière comté avaient profité de ces demandes d’aménagement temporaires. « Lors de la dernière révision du cahier des charges, on avait déjà imposé de passer de 1 à 1,3 hectare par vache dans la perspective de produire plus de fourrage. Le changement climatique est rapide et ne laisse pas forcément le temps de s’adapter. »

La campagne 2024-2025 restera dans les annales avec près de 62 000 tonnes de comté commercialisées. Un record. Qu’en sera-t-il pour la prochaine ? « Toute la filière est mobilisée pour préserver ce niveau de vente. Avec les fortes chaleurs, on s’est demandé comment la consommation de comté allait évoluer. On sait qu’en juin les ventes ont très bien résisté. Espérons que cela se confirme en juillet et en août. On a aussi cherché à diversifier les façons de manger du comté qui peut aussi se déguster en salade ou à l’apéritif. »