Menace d’une troisième vague de scolytes, risque incendie prégnant, interrogation sur les stratégies de repeuplement et les accompagnements possibles : l’équation de la valorisation de la ressource se complique pour les communes forestières du massif jurassien.
Dans une France en proie aux flammes, le Haut-Doubs n’est pas épargné. Une parcelle de culture partie en fumée près d’Arçon, 3 hectares de végétation basse détruits par un incendie à Chapelle-des-Bois, sans compter de multiples départs de feu un peu partout : plus aucun secteur ne semble à l’abri des incendies.
Les forêts jurassiennes subissent l’impact du dérèglement climatique depuis une bonne dizaine d’années. Cela se traduit notamment par des attaques de scolytes de plus en plus agressives. Après avoir sévi sur les premiers plateaux, le phénomène a pris de l’altitude pour s’attaquer aux peuplements de la haute-chaîne avec une redoutable efficacité. “La forte pluviosité en 2024 et 2025 a ralenti le processus et profité notamment au sapin. Les dernières ventes de bois se sont bien déroulées avec des lots d’épicéa partis à 100 euros le m3 et de sapin légèrement au-dessus de 90 euros le m3”, explique Claude Courvoisier, maire de Villers-sous-Chalamont et président des communes forestières du Doubs, association qui fédère 57 % des communes propriétaires d’une forêt.

Ces cours du bois redonnent un peu le sourire aux communes concernées. Si la sécheresse persiste, Claude Courvoisier craint une troisième vague de scolytes qui, ajoutée au dépérissement des arbres, anéantirait les espoirs placés dans la reprise du sapin. Le temps des riches communes forestières touche à sa fin. Il faut maintenant penser à replanter. Pas simple sur des sols parfois très pauvres en substrat. Les avis divergent aussi entre les spécialistes. Claude Courvoisier privilégie l’option de replanter des essences à croissance rapide comme le douglas et surtout en peuplement mélangé. “Pour moi, le pire serait de ne rien faire. L’O.N.F. mise beaucoup sur la régénération naturelle et pourquoi l’enrichir avec des mélanges d’autres essences”, suggère l’élu.
Au-delà de la méthode se pose aussi la question du financement et des aides. Les dispositifs de soutien se succèdent : plan de relance, France 2030 et maintenant France Nature Verte qui est d’ailleurs suspendu depuis juin. Une autre alternative se précise : celle du mécénat d’entreprise. Villers-sous-Chalamont teste actuellement ce partenariat avec un opérateur privé. “Pour moi, le pire serait de ne rien faire, ce qui est loin d’être négligeable. On projette d’organiser un grand événement cet automne pour officialiser cette nouvelle forme d’accompagnement.” Le mécénat comme les autres dispositifs repose aussi sur des engagements dans le temps, en l’occurrence sur une période de trois ans pour le mécénat, de cinq ans avec France Nature Verte.
