Arrivé en avril 2025 dans le Haut-Doubs, Guillaume Thiériot, 54 ans, est sans doute le premier directeur de la station sans aucune expérience de la neige. C’est peut-être ce qui a fait toute la différence en sachant qu’il débarquait avec un parcours particulièrement diversifié et riche de multiples expériences dans tous les domaines et notamment en lien avec la transition climatique. Sa mission : transformer Métabief en station de montagne et insuffler une nouvelle dynamique au sein de l’équipe. Portrait.
« Métabief n’est sans doute pas arrivé par hasard », se souvient Guillaume Thiériot dont le parcours ne manque pas de relief si l’on peut le qualifier ainsi, d’exotisme aussi, en tout cas loin de celui des professionnels du ski alpin habitués à diriger des stations comme celle de Métabief.
Ce Franco-Brésilien à double culture a grandi à São Paulo jusqu'à l’âge de 8 ans avant que sa famille ne vienne s’installer en France, changeant régulièrement de région en fonction des emplois de son père. D’abord Paris puis la Lorraine jusqu’à l’adolescence avant de descendre à Arles où il passe son Bac avant d’entamer des études en économie qu’il poursuivra jusqu’au début de son doctorat.
Un cursus abandonné en cours de route. « Quand j’ai compris que j’étais plutôt fait pour l’action. » Il saisit l’opportunité d’un poste de conseiller technique à la Région P.A.C.A. présidée alors par Michel Vauzelle dont il deviendra finalement le directeur de cabinet en 2008. « Il faut savoir partir quand on estime qu’on n’est plus utile », explique celui qui avait en parallèle suivi à Genève une formation aux hautes études internationales avant de partir en Guinée Bissau et au Mozambique sur des missions de diplomatie culturelle.
De retour en France en 2016, il retrouve un poste de directeur adjoint à la mairie d’Avignon où il s’occupe des services culture, éducation, sport, jeunesse. « Ce fut une belle expérience managériale. »
Souvent là où on ne l’attend pas, l’envie de comprendre ce qui se passe au Brésil le pousse à s’offrir un intermède sabbatique de 18 mois dans son pays natal où il devient journaliste pour le média des expatriés : lepetitjournal.com.
Revenu en France, il intègre l’agence Grenoble capitale Verte de l’Europe. « Avec le recul, je constate que j’intervenais de plus en plus souvent sur des sujets en lien avec la transition climatique. J’ai beaucoup appris à Grenoble », poursuit celui qui enrichira ensuite son expérience à Paris au secrétariat du ministère de la Mer où il supervise notamment l’organisation de l’année de la mer. « Là, j’ai pu me familiariser avec les arcanes des services ministériels. »
Le besoin de se challenger sur des projets de terrain le pousse à candidater à Métabief. « En lisant l’annonce, j’ai pensé que mon profil pourrait intéresser. Quand j’ai passé mon entretien d’embauche au Conseil départemental, j’ai tout de suite senti qu’on formerait un bon binôme avec Philippe Alpy le président du syndicat mixte du Mont d’Or. On s’est trouvé tous les deux. »
18 mois après sa prise de fonction, le directeur n’éprouve aucun regret si ce n’est d’être un peu éloigné de ses deux fils de 17 et 20 ans encore en études. Séduit par le Haut-Doubs où il peut aussi donner libre cours à sa passion pour le trail, il apprécie aussi d’avoir été bien accueilli au sein d’une équipe où tout le monde était prêt à s’engager dans une démarche positive.
« Il fallait sortir de cette spirale négative de la fin de Métabief et aborder l’avenir de manière différente » estime-t-il.
Après quelques petites touches d’aménagement comme le comptoir du Morond, l’équipe et son directeur ont travaillé d’arrache-pied sur un projet Interreg avec la Suisse. La démarche a été couronnée de succès. La station et l’Association de Développement Nord Vaudois ont obtenu un fonds européen F.E.D.E.R. de 7,5 millions d’euros, seul moyen de compléter avantageusement un vaste programme d’investissement franco-suisse dont le montant global atteint 10,17 millions d’euros. « Ce projet de coopération est baptisé Passerelles à double titre car il symbolise l’alliance entre les deux versants du massif du Mont d’Or et il traduit aussi le lien entre le passé et l’avenir de Métabief » dit-il.
Guillaume Thiériot ne parle plus de transition mais de transformation de Métabief en station de montagne. Fer de lance de cette transformation, la mutation du télésiège débrayable en télémix incluant des cabines. « Ce changement est fondamental car ces cabines vont permettre de capter une nouvelle clientèle qui ne pratiquait ni le ski, ni le V.T.T. Ce public de seniors, d’enfants, de personnes à mobilité réduite va venir vivre d’autres expériences de la montagne. Grâce à ces cabines, on va ouvrir le champ des possibles. »
À partir de ce télémix se grefferont des circuits pédestres et V.T.T. permettant de relier Vallorbe à Métabief. « Le télésiège débrayable a toujours constitué la colonne vertébrale de la station, d’où l’importance de moderniser cet équipement structurant. » Le coût du télémix avoisine 5,5 millions d’euros. Les travaux devraient commencer en 2027 pour une livraison à l’horizon 2028-2029 sachant que cette remontée mécanique ne sera jamais mise à l’arrêt.
D’autres projets devront être menés à bien : redéfinition de la gouvernance de la station, investissement dans les énergies renouvelables, réaménagement du bas de la station. De quoi occuper durablement Guillaume Thiériot et toute l’équipe de la station.
Bio express
- Guillaume Thiériot est un Franco- Brésilien né à São Paulo
- Il a 54 ans
- Il est père de deux garçons de 17 et 20 ans
- C’est un passionné de trail
