Cette espèce d’oiseaux qu’on ne s’attend pas forcément à voir dans nos contrées est bien présente sur les bords du Doubs, notamment à Morteau. Il s’agit du goéland leucophée.
Des mouettes à Morteau ? Oui, et plus exactement des goélands, de la sous-espèce des leucophées. Essentiellement présente dans le bassin méditerranéen, cette espèce d’oiseaux maritimes s’est peu à peu répandue en Europe centrale, notamment en Suisse, au bord des lacs de Neuchâtel, de Bienne ou de Morat. Pas étonnant donc d’en retrouver depuis quelque temps sur les bords du Doubs, à Morteau, mais aussi à Biaufond par exemple. Les naturalistes ne s’en étonnent pas. “L’espèce avait beaucoup périclité avant de reprendre du poil de la bête ces dernières décennies. Une colonie est présente depuis une trentaine d’années sur les lacs suisses proches d’ici et petit à petit, ils sont venus jusqu’au bord du Doubs, sans pour autant qu’ils y nichent” observe Noël Jeannot, de l’association naturaliste les Gazouillis du plateau.

S’ils sont présents ici, c’est qu’ils quittent provisoirement leur lieu de nidification avant de devenir des oiseaux reproducteurs, “c’est ce qu’on appelle une phase d’erratisme, ils se baladent en quelque sorte” ajoute le spécialiste.
Le régime alimentaire classique du goéland leucophée est constitué de petits poissons, voire de petits oiseaux ou de charognes de rongeurs. Sauf que cet oiseau est un vrai opportuniste omnivore qui se nourrit également de nos ordures, raison pour laquelle on en voit de plus en plus aux abords des villes, y compris ici. “Il se développe aussi grâce à nos déchets, il profite de nos faiblesses et de nos saletés !” ironise Noël Jeannot.
Les goélands des bords du Doubs sont donc des immatures ou, autre terme employé en ornithologie, des subadultes. “Ils forment leur jeunesse ici !” Entre les deux sites de Biaufond et de Morteau, une cinquantaine d’individus auraient été comptabilisés. L’espèce est également présente un peu plus loin, dans le secteur des lacs Saint-Point ou de Bouverans. Il peut arriver à cet oiseau à pattes palmées d’entrer en concurrence avec des oiseaux bien de chez nous, comme le milan royal, à qui il peut dérober sa proie en bon oiseau chapardeur qu’est le goéland.
