La vie de cette femme d’origine iranienne est un véritable roman. Elle a choisi de s’installer en France avec sa famille, y a découvert sa fibre artistique, et un pays qu’elle chérit

Elaheh s’est mariée en 1979, année de la révolution islamique et de l’arrivée au pouvoir de Khomeini. La théocratie qui s’ensuivit a fait reculer pour longtemps les droits et le statut des femmes iraniennes. Le 22 septembre 1980 éclate la guerre entre l’Iran et l’Irak. “Au tout début de la guerre, mon mari, pilote de chasse, a été capturé et fait prisoner. Je ne l’ai pas revu pendant 10 ans, restant seule sans nouvelles sur sa situation”, se souvient-elle.

Elaheh Soheili lors d’une récente exposition de son travail artistique.

Même si son frère vit aux États-Unis, il lui est impossible de quitter le pays, une femme ne voyageant plus seule sans le consentement de son mari ou de son père. À sa libération, son mari devient pilote de ligne chez Iran Air et vole fréquemment en Europe et en France. “Nous nous sommes définitivement installés en 2010. Pour moi, la France c’était la nature, la liberté, la laïcité et le droit des femmes. Je ne remercierai jamais assez la France et les Français pour leur accueil chaleureux”, ajoute Elaheh.

C’est à Aigues-Mortes que son premier déclic artistique se produit en ramassant sur les plages des morceaux de bois flotté qu’elle commence à sculpter et à peindre. Elle rejoint un collectif d’artistes locaux en 2013. “Lors de ma première exposition, j’ai demandé ce que je devais présenter. On m’a répondu que j’étais libre, que c’était à moi de choisir, c’était pour moi un vrai sentiment de liberté que je n’avais jamais ressenti en tant que femme iranienne”, poursuit-elle.

Depuis cette date, elle crée des œuvres de peinture et de sculpture profondément inspirées par la nature. Elle utilise du bois trouvé dans les forêts, dont elle cherche à préserver la forme et l’histoire. “Ayant vécu des expériences marquantes au cours de ma jeunesse, l’art est devenu un moyen de transformer les souvenirs et les émotions en créations positives et porteuses d’espoir. Il est aujourd’hui une part essentielle de ma vie et un langage universel qui me permet de communiquer au-delà des mots”, affirme Elaheh.

Au fil des années, elle participe à plusieurs expositions artistiques et développe son univers créatif au travers de différents matériaux et techniques. Très à l’aise sur les réseaux sociaux, Elaheh poste ses dernières réalisations sur Instagram et TikTok. Les hasards de la vie ayant entraîné sa famille à Villers-le-Lac, elle rejoint en octobre 2025 La Recyclerie Créative aux Fins. “Je viens chaque jour avec une grande joie retrouver l’équipe. J’aime y travailler, restaurer les meubles anciens, y trouver des idées nouvelles et ce contact quotidien avec mes collègues me permet d’améliorer mon français”, poursuit-elle. “Je souris quand j’entends un Français ou une Française se plaindre de son quotidien et j’ai envie de leur dire d’aller voir la situation en Iran. Ici, en France, je me sens une femme libre et attachée à toutes les valeurs d’humanisme de votre pays”, conclut Elaheh Soheili.

Composition mélangeant l’utilisation de bois naturel et peinture.

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