Les recrues sont indispensables pour compenser chaque année autant de départs de volontaires qui cessent leur engagement. Tous les moyens sont bons, mais les méthodes traditionnelles restent les plus efficaces.
La vie de sapeur-pompier volontaire n’est pas un long fleuve tranquille. Le commandant Patrice Albert, responsable du volontariat au sein des pompiers du Doubs constate “qu’après 5 ans d’engagement, on a perdu 50 % des effectifs. C’est la raison pour laquelle les efforts en matière de recrutement doivent être permanents.”
Les volontaires quittent le S.D.I.S. soit parce qu’ils ont déjà effectué plusieurs décennies de service, soit qu’ils quittent la région pour des raisons professionnelles ou d’étude, soit aussi qu’ils se rendent vite compte que la charge est trop lourde pour leur agenda personnel.
Le service départemental d’incendie et de secours du Doubs (S.D.I.S. 25) est composé de 2 889 pompiers, dont 2 467 volontaires et 422 professionnels. Chaque année, le S.D.I.S. perd l’équivalent de 10 % de ses effectifs de terrain, soit entre 200 et 250 volontaires, qu’il faut nécessairement remplacer. “Tous les ans nous devons remettre à flot le navire, image le commandant Albert. Parce que 2 500 volontaires, on ne peut pas se permettre de descendre en dessous. On parvient chaque année à en recruter entre 200 et 300 les très bonnes années. En 2025, il y a eu 217 recrues” détaille le professionnel.
Bonne nouvelle : la proportion de femmes est de plus en plus importante. Sur les 217 nouveaux sapeurs-pompiers volontaires, 40 % étaient des recrues féminines. Sur l’effectif global actuel de 2 467 volontaires, la proportion de femmes est de 27,8 %. “La féminisation n’est plus un sujet ici. Elle est le reflet de l’évolution de notre société” se félicite le responsable du volontariat.
La principale difficulté à laquelle est confronté le S.D.I.S. pour maintenir ses effectifs à flot, c’est de concilier une activité qui se passe essentiellement en pleine journée, avec l’emploi du temps des volontaires qui par définition sont plus disponibles en dehors de leurs horaires de travail. Une des missions du service développement du volontariat est donc “d’aller à la rencontre des employeurs des pompiers volontaires pour les inciter à une certaine souplesse vis-à-vis des volontaires en leur laissant par exemple quelques jours dans l’année en plus de leurs congés pour pouvoir compenser leurs absences les jours d’intervention.”
Bon élève en la matière : le Conseil départemental du Doubs (principal financeur du S.D.I.S.) qui laisse à ses agents une dizaine de jours de congé supplémentaires par an pour pouvoir remplir leur mission de secours sans grever leur capital vacances. “Ce message n’est pas toujours facile à faire passer, notamment chez les employeurs suisses de nos volontaires frontaliers. Mais quand on dit que le jour où le salarié s’est absenté de l’entreprise, il a sauvé une vie, ça change tout de suite la perception” ajoute le commandant Albert. Le S.D.I.S. se propose même de verser à l’entreprise concernée les 8,71 euros de l’heure que peut percevoir un volontaire durant sa formation.
Si les visites d’entreprises sont une des manières de dynamiser le recrutement, le S.D.I.S. s’appuie sur d’autres méthodes. Les plus traditionnelles comme la pose de bâches publicitaires à l’entrée des communes en manque de pompiers volontaires, ou les plus modernes comme les réseaux sociaux. Selon Patrice Albert, “ce sont les méthodes traditionnelles qui restent les plus efficaces. Et une, encore mieux que toutes les autres : le bouche-à-oreille. 90 % des nouveaux pompiers volontaires viennent parce qu’ils connaissent un autre pompier.”
On peut devenir pompier de 16 à 67 ans. Sur l’ensemble des 200 à 250 recrues annuelles dans le Doubs, une soixantaine sont des jeunes issus de la formation Jeunes Sapeurs Pompiers. Cette année, les J.S.P. feront encore plus fort : ils seront 80 à intégrer le corps des sapeurs-pompiers volontaires. Ce qui fait dire au commandant Albert que “contrairement aux idées reçues, l’engagement existe encore bel et bien ici.” Et c’est plutôt rassurant.
