Mi-juin, l’eau commençait déjà à se raréfier dans le Doubs à Villers-le-Lac et dans le lac de Chaillexon. Les compagnies de bateaux de chaque côté de la frontière suisse s’adaptent et tentent de redynamiser le tourisme au Saut du Doubs.
Au micro, le capitaine Jean-Christophe régale les plaisanciers de petites anecdotes tout au long de la croisière qui les mènent des Brenets (Suisse) au Saut du Doubs. Il montre notamment le rocher de la casquette, qui ressemble à s’y méprendre à une casquette de capitaine. Détail qui prête à sourire. Sauf que ladite casquette apparaît bien en dehors de l’eau, alors qu’elle est censée être bien plus immergée, tout comme certaines barques posées en équilibre sur la terre, et non sur de l’eau. Illustration parfaite de la baisse du niveau du lac de Chaillexon et du Doubs, accentuée par la canicule de fin juin.
Mi-juin, le Saut du Doubs était déjà à -1,20 m d’eau par rapport à la norme. “Il y a de plus en plus de problèmes d’eau, comme partout”, observe le capitaine qui pilote des bateaux depuis une bonne trentaine d’années. Le Villérier est employé de la N.L.B., Navigation sur le lac des Brenets, compagnie familiale suisse. Fondée en 1962 par Jean-Claude Durig, décédé il y a quelques mois, la compagnie est gérée par le fils Yvan, sa femme Sophie (l’une des premières capitaines suisses début des années 1990), et ses deux filles Lindsay et Émily. “Mon grand-père faisait déjà à l’époque des transports au Saut du Doubs. Les restaurateurs avaient chacun un bateau, il y avait beaucoup de concurrence, il a alors racheté plusieurs compagnies pour n’en faire qu’une”, resitue Lindsay.
La compagnie familiale, tout comme sa consoeur française, Les Vedettes panoramiques du Doubs - les deux collaborant - constatent par ailleurs un essoufflement du tourisme au Saut du Doubs. “Le Saut du Doubs est en perte de vitesse. Il y a 40 ans, on était à 400 000 visiteurs, aujourd’hui, on est à 100 000, tout confondu, les clients des trois compagnies de bateaux (N.L.B., Les Vedettes panoramiques et les Bateaux du Saut du Doubs) et les piétons”, relève Muriel Michel, des Vedettes panoramiques. Elle gère la compagnie de bateau avec son frère.
Pour pallier cet essoufflement, N.L.B. a racheté en 2019 le restaurant du Saut du Doubs. “Ce n’est plus comme à l’époque, en convient Lindsay. Le Saut du Doubs était un peu devenu un no man’s land. On a racheté le restaurant pour donner une dynamique.” “Il y a 40 ans, on ne faisait du bateau qu’ici, aujourd’hui, il y en a partout, à Besançon, au lac Saint-Point etc.”, souligne le capitaine Jean-Christophe.
C’est d’ailleurs à la famille Droz-Bartholet, de la Compagnie des bateaux du Saut du Doubs - la troisième sur le secteur - que l’on doit l’arrivée en 1983 du premier bateau de croisières touristiques dans la ville de Besançon. Créée en 1979 par Christophe Droz-Bartholet, la compagnie est elle aussi familiale. “Émile Droz-Bartholet, arrière-arrière-grand-père de Tiffany Droz-Bartholet, avait déjà un bateau à vapeur qui naviguait sur le Doubs, le Lac-ou-Villers. Puis cela a continué de pères en fils”, précise la compagnie. Pour autant, elle a su évoluer depuis le bateau à vapeur. Soucieuse de préserver le site naturel exceptionnel mais ô combien fragile sur lequel les bateaux naviguent, la compagnie gérée par Tiffany Droz-Bartholet a passé “l’intégralité de notre flotte au G.T.L., un carburant alternatif au gaz naturel liquéfié, moins polluant, biodégradable et qui permet d’améliorer la qualité de l’air en diminuant fortement les émissions.”
De son côté, les Vedettes panoramiques possèdent une flotte de bateaux électriques. Les compagnies de navigation sont obligées de s’adapter, désormais habituées aux sécheresses des cours d’eau. Muriel Michel observe d’ailleurs, en ce jour de mi-juin le niveau du Doubs, qui se réduit comme peau de chagrin. Elle sait que dans peu de temps, l’embarquement se fera plus loin, au lac de Chaillexon. “Les gens sont compréhensifs parce que je tiens à prendre le temps au téléphone de leur expliquer la situation”, souligne la gérante. Sur leurs bateaux électriques, leur atout écologique, les Vedettes panoramiques proposent pour la deuxième année, un bar éphémère, deux fois par mois en plus de leurs autres formules de croisières. “L’idée est de réinviter à venir faire du bateau, 90 % des clients sont des locaux”, explique Muriel Michel. La compagnie s’est aussi implantée en Haute-Saône - “pas de concurrence et pas de manque d’eau” - et poursuit l’activité de chantier naval. Leur dernier bateau à passager est sorti des chantiers à Villers-le-Lac en mars dernier pour rejoindre le lac d’Annecy.
