Afflux de clients, approvisionnements, confinement, sécurité de leurs équipes, gestion du drive... L'organisation des grandes surfaces est chamboulée. Reportage à Intermarché Val de Morteau.

Les clients ont de la place, une régulation se fait à l'entrée du magasin.

Ils sont tous sur le pont, patrons comme salariés, logés à la même enseigne : l'obligation de s'adapter heure par heure à une situation exceptionnelle. "On est avec nos équipes, on les aide, on les soutient, on bosse avec eux" confirme Maxime Descateaux, le directeur d'Intermarché Val de Morteau.
Après avoir dû gérer l'afflux massif de clients angoissés par la crainte des pénuries il y a une dizaine de jours, il s'agit depuis une semaine d'organiser au mieux la bonne marche du magasin en période de confinement. "Nous ne faisons plus du commerce, nous remplissons quasiment un rôle de service public en tant que commerce de première nécessité" ajoute le patron.
A l'entrée, il faut désormais faire de la régulation. "C'est parfois un peu compliqué de faire comprendre à certains clients qu'ils ne doivent pas être plus d'un par caddie et par famille. Pour l'instant, les courses, ce n'est plus la sortie quotidienne, il faut que tout le monde ait ça à l'esprit."
Les horaires du magasin ont été aménagés de telle sorte que les employés qui mettent en rayon le matin ne croisent pas les premiers clients. Le soir, Intermarché ferme désormais plus tôt, 18h30 au lieu de 19h30. Et pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent plus entrer dans les magasins, il reste la solution du drive. Là aussi, on s'organise au mieux pour éviter les embouteillages. "Les demandes au drive explosent littéralement. Nous sommes contraints de limiter à 200 services au grand maximum par jour. Sans compter la saturation des sites de commandes et les risques de bug informatique..." poursuit Maxime Descateaux.
Côté approvisionnements, s'il n'est pas question de craindre des rayons vides, le choix de certains produits est logiquement revu à la baisse. "Les industriels se concentrent actuellement sur quelques produits-phares. Exemple avec ce fabricant de pâtes qui ne propose plus que ses 5 produits-phares, histoire d'optimiser ses chaînes de production et donc un approvisionnement régulier et suffisant. Notre objectif premier est que tous les besoins soient couverts. En ce moment, c'est un peu tendu pour le beurre et la viennoiserie industrielle genre pain de mie et brioches. Mais tout le monde aura toujours de quoi s'approvisionner en produits de première nécessité" rassure le directeur.
Reste la cruciale question du personnel, avec d'inévitables absences pour cause de maladie "classique", ou de garde d'enfants. Le magasin de Morteau déplore en moyenne 10% de ses effectifs en moins actuellement. Alors, sur ce plan-là aussi on s'organise. Le poissonnier peut être appelé en renfort au drive en cours de journée tandis que le patron fera la régulation aux entrées. Ici aussi, on se réinvente tous les jours. "Je tiens à saluer l'excellent état d'esprit des équipes qui donnent beaucoup d'elles-mêmes. Certaines grandes enseignes ont fait des effets d'annonces sur des primes exceptionnelles. Nous n'aurons pas besoin de directives nationales pour initier des choses sur ce plan-là" laisse entendre la direction du magasin.
Dernier défi pour la grande distribution : soutenir les filières et tenter d'écouler les produits locaux dans un contexte où les clients, par la force du confinement, ne se bousculent plus dans les allées et où on ne croise plus une voiture immatriculée en Suisse sur le parking. Sur ce point, Intermarché Morteau déploie également des efforts pour "aider la production française à écouler ses produits. Quelqu'un qui produit des asperges, la cueillette a lieu deux fois par jour. Il faudra aider ces producteurs par une politique de prix attractifs pour les clients. L'état d'esprit est à la solidarité à tous les niveaux" ajoute le directeur. Sur le plan des prix, Intermarché s'est fixé une règle d'or en cette période troublée : aucune augmentation des prix sur aucun produit.

Par la force des choses, certains produits sont boudés, les achats "plaisir" mis de côté.
Jusqu'au passage en caisse, le flux des clients est régulé pour respecter les règles de sécurité.