De par son format, sa périodicité quinquennale, sa popularité, la finale des comices du Doubs reste un événement magique où se retrouvent souvent les sélectionneurs les plus férus de concours avec des confirmations et bien des surprises.
Chez les Remonnay du Bas-du-Fartou, lieu-dit perdu sur les hauteurs de Morteau, on s’intéresse depuis trois générations à la sélection du troupeau, on ne rate pratiquement aucun concours en tant que participant, juge ou spectateur, et on s’investit activement dans la promotion de la montbéliarde. À se demander si la passion de l’élevage n’est pas inscrite dans l’A.D.N. de cette famille. Et ce n’est pas Francis Remonnay le dernier encore en activité qui reniera son héritage. “Mon grand-père Remonnay s’est lancé dans la sélection dès qu’il est venu s’installer ici en 1947. Il était sans doute inspiré par mon grand-père maternel, à savoir Joseph Mamet des Fins qui était une figure historique de la promotion de la race”, explique le petit-fils qui a baigné dans cette ambiance depuis sa plus tendre enfance. À l’approche d’un comice ou dans un autre comice, toute la famille, les adultes comme les enfants, se mobilisait et se mobilise toujours dans la préparation des vaches, le nettoyage des étables pour accueillir ceux qui trient les bêtes. Il fallait aussi accompagner les bêtes à destination. “C’était parfois des voyages épiques avec transport en plein hiver des bêtes et des hommes dans le même wagon jusqu’à la capitale.”

Francis Remonnay a repris la ferme familiale il y a 14 ans en remplaçant son père. Il a été rejoint il y a deux ans par sa sœur Aline au départ en retraite de sa maman. Le G.A.E.C. du Bas-du-Fartou soigne un troupeau de 60 vaches montbéliardes sur un parcellaire de 135 hectares, avec une référence de 480 000 litres de lait transformés en comté à la coopérative de Montlebon qui était aussi réputée pour ses yaourts.
Au sortir de cet été caniculaire, le moral des troupes agricoles n’est pas au mieux, comme la santé des bêtes. Tout le monde a eu chaud, très chaud. Aussi la moindre bonne nouvelle - la naissance d’un joli veau, un classement au comice - apporte sa dose de réconfort. La génétique est une science inexacte où le savoir-faire peut jouer tout en laissant la place à des surprises inattendues. “On rêve tous d’avoir la vache idéale qui fait du lait, de la viande, qui ait des bons taux, peu de cellules…”
Sur son exploitation, Francis Remonnay mixte sa sélection entre l’insémination et l’utilisation du taureau. “On est revenu vers l’insémination car cela permet notamment d’avoir des doses sexées. Le catalogue de taureaux s’est aussi étoffé avec des animaux qui nous plaisaient”, poursuit l’éleveur qui fait partie des Sélectionneurs Libres pour la Sauvegarde de la Montbéliarde Traditionnelle. Une liberté à laquelle il tient particulièrement.
Les concours occupent toujours une grande place dans la ferme du Bas-du-Fartou : comice, Vache de salon, Salon de l’agriculture, Orch’Expo en S.L.S.M.T., Francis ne rate pratiquement aucun rendez-vous, soit il s’y rend avec ses bêtes, soit il intervient comme juge. “Depuis 1962, on a toujours eu des bêtes sélectionnées au Montbéliard Prestige et on voudrait prolonger cette tradition. C’est un beau challenge, poursuit celui qui voit dans les concours l’occasion de se comparer avec d’autres élevages. Mon père me dit toujours de regarder la vache qui est devant et pas celle qui est derrière moins bien classée.”
Pour un éleveur aussi passionné, le Super Comice est un événement magique, voire extraterrestre. “On a tous envie d’y participer. C’est une fête de l’élevage du Doubs où tout le monde est présent. C’est aussi beaucoup de travail en amont. Mais cette préparation permet aussi d’oublier les soucis quotidiens et cet été grillé par le soleil.”
