À 26 ans, Aymée Vanhée se lance dans un métier devenu rare : la gravure sur pierre. Passée par le graphisme, la jeune Bisontine partage sa passion pour le lettrage et l es caractères typographiques sur pierre
Outils en main, penchée sur son chevalet, Aymée Vanhée grignote avec art la pierre. Sous ses doigts se dessinent des lettres, gravées dans la roche. « Chaque typographie, chaque famille de caractère a un usage. Il faut faire des lettres un peu plus épaisses car si elles sont trop fines, la lumière n’entre pas », éclaire la jeune femme. La gravure sur pierre, c’est la maîtrise de la lumière, du contraste. Plus on améliore le contraste, plus beau sera le caractère.
La Bisontine d’adoption connaît son affaire : elle s’est d’abord formée au graphisme à Amiens. Sa spécialité ? La valorisation du patrimoine local. Et dans la Somme, ce patrimoine est fortement lié à la Première Guerre mondiale et aux tombes de soldats. Dans le cadre d’un travail universitaire, Aymée Vanhée mène des recherches sur les lettrages et les caractères typographiques dans les cimetières de la Première Guerre mondiale dans plusieurs pays (dont la France et l’Allemagne) et des nécropoles nationales. Si sa reconversion dans la gravure sur pierre n’éclôt pas encore tout à fait, l’univers compétitif du graphisme associé à l’arrivée massive de l’intelligence artificielle (il y a cinq ans) convainc la jeune femme de lâcher le stylet numérique pour un stylet de gravure. « J’aime maîtriser le processus de création du début à la fin, et il y avait aussi quelque chose de l’ordre du manuel », souligne Aymée qui n'hésite pas à reprendre des études.
Elle effectue un B.M.A. (brevet des métiers d’art) gravure sur pierre au lycée Camille Claudel de Remiremont (Vosges). Pendant deux ans, elle appréhende la technique. « Une des qualités d’un graveur sur pierre est de comprendre la matière. Plus on comprend les matériaux, plus on sait quelle force mettre dans la façon de graver. » La jeune femme parfait sa formation aux côtés de Victor Bert, artisan qui a notamment réalisé les dernières gravures sur le Panthéon à Paris.
Depuis peu, Aymée Vanhée a lancé sa micro-entreprise Papier de pierre. Elle s’adresse aux particuliers pour de la gravure, de la dorure de caractère et du rechampissage (mise en peinture). La gravure sur pierre s’exerce majoritairement dans le domaine funéraire mais elle peut être utilisée pour des numéros de rue par exemple. Si ce service peut être rendu par une entreprise de pompes funèbres, il est tout à fait possible de faire appel à un artisan extérieur, comme Aymée. « La gravure à la main permet du sur-mesure adapté à la pierre. »
Plus la gravure est profonde, comme lorsqu’elle est faite à la main plutôt qu’avec la technique du sablage (projection de sable sur un pochoir pour réaliser les lettres), moins la peinture s’écaille. « Le but est que ça dure dans le temps », observe Aymée. « Il y a une réelle qualité pour un moindre coût. » En moyenne, un caractère gravé avec dorure coûte entre 13 et 14 euros. Aymée Vanhée souhaite fixer le prix entre 9 et 10 euros. La gravure se réalise sur place, quelles que soient les conditions météorologiques.
