Les boulangeries Verdant à Pontarlier et Avanne-Aveney ont été placées en redressement judiciaire il y a quelques mois. Le chef d’entreprise Marc Verdant explique les raisons et rassure : son équipe et lui répondent présents et comptent bien continuer.
“La situation de l’entreprise reste bonne” - Marc Verdant
Comme bien souvent lorsqu’il est question de redressement judiciaire, le grand public imagine la fin de l’entreprise. Un redressement judiciaire n’est pas une liquidation. Une confusion qui a l’heur d’agacer le boulanger-pâtissier Marc Verdant alors que ses trois boulangeries ont été placées en redressement judiciaire. “La situation de l’entreprise reste bonne, tous les emplois ont été conservés, on se porte largement mieux”, argue l’artisan qui s’explique sur son choix. “C’est moi qui ai fait la demande de redressement judiciaire, ça ne vient pas d’un fournisseur par exemple. Il s’agit d’un outil de gestion pour pouvoir casser les contrats d’électricité.”
Marc Verdant a en effet subi le coup d’une augmentation exponentielle de sa facture d’énergie : de 7 000 à 21 000 euros par mois et par site. “Quand vous voulez résilier, vous avez des pénalités de 70 000 euros. En 2022-2023, on est passé par un courtier, on lui a fait confiance pour des bons prix à ce moment-là. Au moment de renégocier le contrat, on n’a plus de son plus d’image.”
Avant de couler sous le poids financier de l’énergie, le chef d’entreprise a donc choisi de se placer en redressement judiciaire, ceci pour se stabiliser et repartir du bon pied. “Cela fait trois mois que l’on y est, pour l’instant tout va bien, souffle l’artisan. Vous êtes seuls, personne ne vient vous aider.”
Ce dernier doit aussi tenir compte du prix des matières premières qui continuent d’augmenter. Il a dû ainsi amortir l’explosion du prix du chocolat qui est monté à un moment jusqu’à 16 000 euros la tonne. “Depuis le Covid, on subit crise sur crise, ça ne s’est pas arrêté”, observe Marc Verdant.
À cela s’ajoute également l’augmentation du S.M.I.C., soit 1 500 euros en plus à sortir chaque mois. “Si j’avais 30 ans et que je devais me réinstaller aujourd’hui, la réponse serait non, avance-t-il avec franchise. Heureusement, il y a encore des jeunes qui ont envie d’y aller. En 22 ans, il y a 8 de mes salariés et 8 apprentis qui sont devenus chefs d’entreprise installés dans le coin.”
Malgré le contexte difficile, le Pontissalien tient bon. “J’ai 52 ans dont 35 ans de métier, j’ai encore la niaque, j’y crois. C’est la période qui est difficile. Je suis habitué à rencontrer des difficultés, j’ai l’esprit compétiteur.” L’artisan jette le pavé dans la mare : pour lui, il faut un débat sur le prix de la baguette et du croissant qu’il juge trop bas. “Aujourd’hui, une baguette n’est pas au bon prix pour pérenniser une entreprise. Le juste prix serait de 2,50 euros. Les gens rechignent à payer une baguette 1,40 euro mais un expresso à 2 euros ne leur pose pas de problème. Il faut accepter de payer plus cher pour un artisan qui transforme le produit”, remarque-t-il.
Les boulangeries Verdant peuvent compter sur une clientèle fidèle, “j’ai même des enfants et petits-enfants de clients qui viennent. On dit que la maison est une institution, je ne sais pas”, avoue Marc Verdant. L’artisan a ouvert sa première boulangerie rue de la Gare à Pontarlier en 2004, puis une autre à Avanne-Aveney en 2012 et a ouvert un grand salon de thé dans la zone des Gravilliers, à Pontarlier en 2020. Actuellement, son équipe est composée de 16 salariés et 6 apprentis. Une formule qui lui convient parfaitement alors qu’il y a quelques années, il devait gérer 4 sites (un autre à Arbois) et plus de 50 personnes. “Je n’ai plus envie de ça, on ne fait plus son métier. Le but est d’avoir une belle équipe. On va continuer, on a encore de belles pages à écrire, on se remet en question, on rebondit”, conclut-il sur une note d’espoir.
L’appétit pour le métier et pour le bon produit n’est pas rassasié.
