De mémoire d’agriculteur, jamais une telle succession de canicules aussi précoces qu’intenses n’a sévi sur le Haut- Doubs. Les exploitations ont déjà entamé leur stock fourrager et chacun espère un retour conséquent de la pluie pour pouvoir faire une nouvelle récolte avant l’hiver.

Agriculteur aux Fins, Julien Maire est installé en G.A.E.C. avec son épouse Florie sur une exploitation avec un troupeau de 85 vaches laitières, sur un parcellaire de 120 hectares.

“On emploie également un salarié, précise-t-il. Le lait est transformé en comté, morbier, raclette à la coopérative des Suchaux qui est l’une des rares de la filière à commercialiser toute sa production en direct. L’année 2026 est très particulière avec des conditions très changeantes d’un mois à l’autre. On a commencé les foins autour du 20 mai en bénéficiant de conditions très agréables. On a engrangé une récolte suffisante en quantité et extra sur le plan qualitatif. La suite fut plus compliquée avec la série d’épisodes caniculaires. On a pu faire des regains à peu près corrects sur les parcelles fauchées en premier avant que tout soit grillé avec le chaud. Maintenant, on espère un retour de la pluviométrie d’ici la fin août pour pouvoir faire une nouvelle récolte à l’automne.”

“On compte sur une belle récolte en fin d’été”, espère Julien Maire, agriculteur aux Fins et vice-président de la coopérative des Suchaux.

Le G.A.E.C. Maire est sur un système association foin en vrac et unité de séchage solaire. Depuis début juillet, l’exploitation est passée en ration hivernale avec maintien de bêtes à l’intérieur de la stabulation au plus chaud de la journée. “On avait invested dans un bâtiment pour se protéger d’abord du froid en hiver et il s’avère que l’isolation est aussi efficace contre le chaud. De grandes ouvertures automatiques ont été réalisées il y a une dizaine d’années pour favoriser la ventilation. Plus récemment, on a installé un dôme vitré qui laisse passer l’air à la base. Cet équipement apporte de la lumière en hiver et de la ventilation en été.”

Par rapport au stock fourrager, Julien Maire estime que ce n’est pas une contrainte. “On avait fait de grosses récoltes en 2024-2025, ce qui permet d’avoir du report de stock. Et c’est aussi devenu une habitude de fourrager chaque été pendant un bon mois.” L’année 2026 reste exceptionnelle par la précocité du sec et l’intensité du chaud. Même les anciens n’ont jamais vu ça. Faudra-t-il racheter du foin ? Une alternative peu probable au G.A.E.C. Maire mais qui sera peut-être nécessaire sur des exploitations qui n’ont pas autant de résilience. “Comme toutes les régions ont été touchées par la canicule, le marché du fourrage risque d’être très compliqué. On peut craindre beaucoup de spéculations et des prix qui s’envolent. D’où l’importance à plus ou moins long terme d’être en capacité de faire de l’herbe le plus longtemps possible et sans doute d’adapter la taille du troupeau au potentiel fourrager de l’exploitation.”

Et quelles sont les conséquences du chaud excessif sur la santé des vaches ? Si les troupeaux du Haut-Doubs ont bien résisté à la première vague de chaleur, la situation s’est vite dégradée au second coup de chaud. “Les bêtes ont souffert comme les humains. Elles ont beaucoup bu et moins mangé, ce qui a généré des problèmes de digestion. La production laitière a forcément fléchi avec des baisses variant de 30 à 50 % au plus fort de la canicule. La situation tend à revenir petit à petit à la normale.” La baisse de production se répercute forcément sur l’activité de la coopérative des Suchaux où Julien Maire est vice-président. “Au plus fort de la canicule, on a baissé de 25 %. Il n’y a rien de dramatique, ce qui ne s’est pas fait là peut se rattraper plus tard. Avec ces laits de canicule beaucoup moins riches en protéines, les fromageurs doivent être très attentifs en fabrication.”

Ces contraintes et cette baisse de production ne remettent pas en cause le modèle économique de la coopérative des Suchaux engagée sur des produits comme le morbier et encore plus de comté avec des durées d’affinage permettant de mieux réguler les stocks. Les agriculteurs à comté et morbier sont sans doute moins impactés par les canicules qu’ailleurs. “Le monde agricole a toujours été contraint de s’adapter. On peut s’inquiéter pour les exploitations qui ne sont pas en capacité de sécuriser leur système dans le stockage de fourrage” termine l’exploitant.


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