La présidente du Département du Doubs a présenté son plan de soutien à l'économie au début de l'été. Interview.

S’il a tardé à présenter un plan de relance post-Covid, le Doubs l’a bien préparé. Il touche le social, la jeunesse, la dépendance, le tourisme, les entreprises, l’associatif… De quoi inciter la présidente à rempiler en 2021 ? Elle répond.

Christine Bouquin : “Le Département ne peut pas guérir toutes les blessures, mais il prend ses responsabilités”
Christine Bouquin, ici le 22 juin dernier salle Joubert au siège du Département, présente le plan d’urgence post-Covid.

La Presse du Doubs : Le 22 juin dernier, vous avez présenté le “plan départemental d’urgence face à la crise économique et sociale”, bien après celui de la Région. Ce sont 20 millions d’euros pour le territoire. Pourquoi avoir tardé ?
Christine Bouquin : Avec l’équipe, nous pensions le faire plus tôt mais sachant que ce plan d’urgence est basé sur l’économie et l’humain, nous avons voulu le travailler afin qu’il ne soit pas refusé par l’État qui nous a rappelé avec fermeté que nous n’avions pas possibilité de déroger à la loi NOTRE (NDLR : les Départements de l’Orne et de la Manche ont voté un dispositif d’aide supplémentaire aux petites entreprises de 500 euros, en plus des 1 500 euros versés par l’État. Ce dernier via les préfets leur a interdit le droit de verser une aide directe). Nous avons beaucoup travaillé pour présenter ce plan d’urgence inédit et d’envergure. Le Département ne peut pas à lui seul guérir toutes les blessures causées par la crise. Cependant, nous assumons notre part de responsabilité.

Le Doubs gère ses finances “en bon père de famille” depuis votre mandat. Pourquoi lâcher les cordons de la bourse maintenant ?
CB : Je ne suis pas dans la frilosité, je suis dans l’investissement au bon moment car nous avons constitué des marges de manœuvre financières pour faire face à ces enjeux. Il fallait une gestion, c’est ce que nous avons fait avec C@p 25. Grâce à notre bonne stabilité financière, nous pouvons investir sur de grands dossiers. Je suis fière de ce plan que nous présentons car il va aider l’ensemble du territoire et des habitants. Mobiliser ces marges, c’est mettre du vent dans les voiles du bateau doubien. C’est le bon moment.

Pourquoi n’avoir pas saisi l’appel de la Région Bourgogne-Franche-Comté quand d’autres Départements l’ont fait ?
CB :Je n’ai aucune ambiguïté avec la Région et sa présidente, que j’ai eue en ligne. Ce qui était proposé était flou. On a voulu un plan lisible.

Comment s’articule-t-il ?
CB : Il est axé sur les domaines connaissant les plus grands besoins, c’est un instrument de relance à court terme. Il offre la possibilité d’avancer. Le premier pilier repose sur le soutien à nos publics prioritaires. L’essentiel des fonds leur sera consacré, soit 14 millions d’euros avec un volet important pour l’enfance, les jeunes et étudiants en difficulté. Je suis inquiète pour notre jeunesse car certains ont souffert d’isolement, de violence intrafamiliales. C’est la mère et grand-mère qui parle. Nous allons par exemple conforter les services de l’aide sociale à l’enfance et de l’accompagnement des assistants familiaux en créant 6 postes, soit 220 000 euros par an. Il y aura des aides pour la pratique sportive et artistique des jeunes (375 000 euros) et un accompagnement à hauteur de 200 000 euros des jeunes de moins de 25 ans en difficulté financière quelle que soit leur situation (étudiant, apprenti, salarié, en recherche d’emploi)…

"On anticipe une hausse de 20 % des bénéficiaires" du RSA.

Vous avez salué le travail des agents du Département, celui des personnes travaillant dans les E.H.P.A.D., les aides à domicile. Que leur proposez-vous alors que la minorité vous demande de remonter le salaire horaire des aides à domicile ?
CB : Je n’aime pas me comparer avec d’autres départements mais nous pratiquons l’un des plus hauts taux en France. Le Département provisionne une prime exceptionnelle de 1 000 euros par équivalent temps plein pour être aux côtés des services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD), soit 1,8 million d’euros. Pour les professionnels des autres établissements écartés du dispositif national (MARPA, résidences autonomie…), nous étudierons chaque situation. Cela me semble juste de venir en soutien de ces acteurs de l’aide à domicile qui sont exclus des aides gouvernementales. Je ne peux pas oublier les agents du Département qui étaient au front et qui auront une prime de 1 000 euros, soit 800 000 euros au total.

Le nombre de demandeurs du RSA risque d’exploser avec la crise économique qui se profile. Que proposez-vous ?
CB : On anticipe une hausse de 20 % des bénéficiaires (soit un coût d’environ 2 millions d’euros). Nous renforçons les actions pour l’insertion et l’emploi, nous mettons en place une prime exceptionnelle de retour à l’emploi (500 euros pour ceux qui retrouvent un travail de plus de 3 mois), nous renforçons les parcours d’insertion formation. Cela représente une aide de 4 millions d’euros.

Le Département souhaite “donner une bouffée d’oxygène aux entreprises et aux associations”. Ce n’est pourtant pas une compétence départementale ?
CB : C’est du cousu main. Nous avons augmenté nos avances sur les marchés à 50 % contre 10 %. Nous maintenons au plus haut niveau l’investissement et incitons les collèges à utiliser les circuits courts dans les cantines avec la plateforme Agrilocal (1 million d’euros). On reporte à 2021 des chantiers qui pourraient fortement impacter l’activité économique pour ne pas perturber la sortie de crise, comme l’entrecroisement entre le C.H.U. de Besançon et la zone Châteaufarine, on investit encore plus dans le déploiement de la fibre optique. Pour les associations qui assurent le lien social, nous leur apporterons 2,6 millions d’euros d’aides.

L’autre levier, c’est le tourisme ?
CB : Effectivement. On aide à hauteur d’1,75 million d’euros ce secteur grâce à notre bras armé : le Comité départemental du tourisme. Aider le tourisme, c’est aider l’économie.

Le Haut-Doubs est-il l’oublié de votre plan ?
CB : Non ! Nous soutiendrons la production de logements communaux sociaux car nombreux sont les ménages empêchés de se loger en zone frontalière en raison du prix ! Nous incitons les communes à produire ce type de logements grâce à une aide d’1,5 million d’euros. J’ai des propositions, j’en donne les moyens. J’irai à la rencontre des maires pour le leur rappeler.

L’opposition vous demande (déjà) d’évaluer les bienfaits ou non de ce plan d’urgence. Le ferez-vous ?
CB : Je n’ai pas besoin que la minorité me le rappelle ! Je propose, j’agis, j’évalue. S’il faut revoir certaines choses, je le ferai.

Politiquement, on vous sent ragaillardie !
CB : J’en ai encore beaucoup sous la semelle (rires).

Serez-vous candidate en 2021 à votre succession ?
CB : Oui, je serai candidate à ma succession. J’ai une belle équipe, c’est dans mon ADN de travailler avec tous.

L’avez-vous signifié avec votre groupe majoritaire ? Qu’en disent vos collègues ?
CB : Oui, ils sont au courant. Certains repartiront, d’autres arriveront.

Propos recueillis par E.Ch.