La Franche-Comté partage 250 km de frontière avec la Suisse, ce qui l’expose d’autant plus à toutes sortes de trafics : cigarettes, stupéfiants, capitaux, contrefaçons, espèces protégées, déchets, véhicules d’occasion… Les 230 douaniers francs-comtois n’ont pas chômé en 2025 avec des résultats significatifs.

Première bonne nouvelle de ce bilan de l’activité douanière, les chiffres du commerce extérieur en Franche-Comté montrent un solde positif d’1 milliard d’euros en 2025. Sur les quatre départements comtois, le Doubs reste toujours en tête des exportations malgré un solde négatif depuis 2022 lié au déclin du marché automobile. Intéressant aussi de noter que la Suisse reste le premier pays de destination du commerce extérieur franc-comtois.

À l’export, les produits automobiles et les équipements représentent 20,70 %, devant les machines et équipements 16 %, la part de l’horlogerie est de 3,6 %. Le classement est sensiblement similaire pour les produits importés avec l’automobile, les machines et le matériel électrique dans le tiercé de tête. “Ce palmarès montre bien le caractère industriel de la Franche-Comté”, souligne Brigitte Bourguignon, cheffe du pôle action économique à la direction régionale des douanes. L’année 2025 a aussi été marquée par les fluctuations autour des droits de douane mis en place par Donald Trump avec l’Union Européenne. Fixé à 15 % le 27 juillet 2025, ce taux de droit de douane mondial a été invalidé par la Cour Suprême pour être ramené depuis le 24 février à 10 % qui viennent ainsi s’ajouter au droit de douane “normal”.

La direction régionale des douanes a présenté son bilan d’activité 2025.

Certaines marchandises comme l’acier, le cuivre, le bois sont eux soumis à des droits additionnels, ce qui rend les procédures de déclaration d’une complexité sans nom. En 2025, la balance des échanges entre la Franche-Comté et les États-Unis est encore largement en faveur du pays de l’Oncle Sam avec 468 millions d’euros d’import pour seulement 255 millions d’euros d’export dont notamment les vins du Jura et plus spécifiquement les crémants. “Ce solde déficitaire n’est pas nouveau”, précise Delphine Racle, responsable de la cellule Conseil aux Entreprises.

Du côté du contrôle des marchandises, les douaniers francs-comtois ont eu fort à faire dans la région qui partage la plus longue frontière avec un pays ne faisant pas partie de l’Union Européenne. Quel que soit le type de marchandise contrôlée, l’année 2025 restera celle des records. Avec l’explosion du e-commerce, les contrôles se multiplient en centre de tri postal et fret express. “On a effectué 227 saisies de colis contenant principalement des contrefaçons de vêtements et chaussures”, indique Christian Solliez, directeur adjoint des douanes de Franche-Comté. Les saisies de tabacs et cigarettes de fraude montent en flèche : 380 en 2025, 326 en 2024 et 275 en 2023. “380, c’est le chiffre le plus élevé depuis 5 ans”, poursuit le douanier en rappelant qu’une personne peut ramener de Suisse une cartouche par passage et qu’un frontalier a droit à deux paquets par passage.

La progression s’applique aussi aux stupéfiants avec 6,6 tonnes saisies en 2025 contre 4,8 en 2024. “On a saisi 307 kg de cocaïne alors qu’habituellement on est plutôt entre 10 et 20 kg. C’est aussi la première année que l’on fait autant de saisies de drogues de synthèse. 243 kg confisqués en 2025.”

Les manquements à l’obligation déclarative concernant les capitaux augmentent aussi pour atteindre en 2025 près d’1 million d’euros non déclarés. La brigade de Pontarlier a par exemple intercepté au passage de la frontière un conducteur avec 48 000 euros non déclarés. Les renforcements des contrôles sur des ventes locales ont permis de saisir des milliers de contrefaçons, notamment des vêtements, chaussures, parfums. Christian Solliez rappelle également qu’il est interdit de passer la frontière avec des déchets comme l’ont appris à leurs dépens 138 personnes, en majorité des citoyens suisses et des artisans français en intervention en Suisse et qui rentraient avec les déchets de chantier dans leur véhicule.

Les saisies effectuées en 2025 concernent aussi les trafics d’espèces protégées et de véhicules d’occasion importés frauduleusement de Suisse pour échapper au paiement de la T.V.A. et des droits de douane. “On a pu identifier une dizaine de garages qui s’adonnaient à ces pratiques, avec la saisie de véhicules haut de gamme.”

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Champion olympique et douanier

Certains champions n’auraient jamais pu briller au plus haut niveau sans le soutien de l’administration des douanes qui les a accompagnés tout au long de leur carrière d’abord sportive, puis professionnelle. Témoignages

Les affinités entre la douane et le ski sont assez naturelles en France où la plupart des frontières sont situées en zone de montagne. De ce fait, la surveillance des frontières en hiver s’effectuait assez souvent en ski. Ces conditions de travail ont logiquement favorisé l’émergence de skieurs au plus haut niveau, d’où l’idée de formaliser les choses en mettant en place à partir de 1967 les premiers contrats entre des athlètes et la douane.

Tous deux médaillés olympiques, Fabrice Guy et Ferréol Cannard sont toujours douaniers.

L’ancien biathlète pontissalien Ferréol Cannard a pu ainsi être accompagné pendant huit ans au cours de sa carrière de biathlète. “Ces contrats sont nécessaires pour pouvoir se consacrer pleinement à l’entraînement. Ils sont renouvelés chaque année avec la possibilité, au bout de trois ans, de passer le concours d’entrée aux douanes en interne”, rappelle l’ancien biathlète. S’il n’est jamais monté sur un podium individuel, il a signé onze Top 3 sur les épreuves collectives avec notamment deux médailles de bronze aux mondiaux en 2004 et aux J.O. en 2006. À la fin de sa carrière sportive, “Féfé” a intégré l’administration des douanes où il travaille toujours comme agent à la brigade des Rousses.

Les contrats concernent aujourd’hui 40 sportifs dont 28 pratiquent des disciplines hivernales : ski alpin, ski nordique, biathlon… Ces contrats sont de véritables contrats de travail pendant lesquels les bénéficiaires cotisent comme tout un chacun pour la retraite. De son passé de biathlète, Ferréol Cannard retient l’acquisition de valeurs : discipline, rigueur, gestion du stress, sens de l’observation, qui lui ont été bien utiles dans l’exercice de son métier actuel.

Premier médaillé d’or franc-comtois à Albertville en 1992, Fabrice Guy qui a brillé en combiné nordique a lui aussi bénéficié d’un contrat à l’issue duquel il est entré dans les douanes où il travaille toujours à la brigade de Pontarlier. “10 athlètes de l’équipe France douane ont participé aux J.O. de Milan-Cortina”, annonce l’ancien champion en évoquant bien sûr le splendide parcours de Quentin Fillon-Maillet : trois médailles d’or et une médaille de bronze, ainsi que le fantasque Émilien Jacquelin avec son titre olympique en relais et sa médaille de bronze en individuel. L’équipe de France douane compte aussi un para-athlète, Arthur Bauchet qui a brillé aux J.O. paralympiques en remportant deux médailles d’or et une d’argent en ski alpin. “Je suis très fier de faire partie des douanes”, souligne Fabrice Guy.