Historiquement implantée sur le Pays de Montbéliard, Idéha est une société anonyme immobilière d’économie mixte locale qui gère un parc locatif de plus de 3 000 logements en Franche-Comté. Après avoir subi les contraintes d’un contexte défavorable à la production de logements, ce bailleur a choisi d’être plus actif dans le Haut-Doubs comme l’explique Yves Daouze son directeur

C’est à dire : Pourquoi la création de logements sociaux était en stagnation depuis quelques années ?
Yves Daouze :
Depuis 2022, on évoluait dans un contexte défavorable qui nous a contraints de réduire de 50 % la production de logements sociaux. On a subi de plein fouet les conséquences de la réduction du logement solidarité. En choisissant de réduire son soutien à l’aide au logement, l’État a imposé aux bailleurs de compenser la différence en diminuant les loyers. Le manque à gagner s’est élevé à plus d’1,3 milliard d’euros et depuis deux ans, cela représente environ 900 millions d’euros de prélèvement pour les bailleurs. À cela s’ajoutait l’augmentation du taux du livret A en sachant que 95 % de notre dette est adossée à ce livret. Quand le taux est monté à 3 %, cela a eu pour effet de doubler les charges financières d’emprunt. Le troisième élément pénalisant est lié à l’augmentation des coûts de construction qui ont progressé de près de 30 % depuis 7 ou 8 ans.

“Le gros frein sur la bande frontalière est lié au coût du foncier”, explique Yves Daouze, le directeur d’Idéha.

Càd : Depuis quand cherchez-vous à vous positionner sur le Haut-Doubs et pourquoi ?
Y.D.
: On a commencé à investir sur ce territoire depuis une quinzaine d’années en réponse aux collectivités du Haut-Doubs qui sont aussi actionnaires d’Idéha. On a renforcé cette stratégie depuis quelques années d’une part en réduisant la réduction de logements sur le Pays de Montbéliard et d’autre part en se séparant de quatre ensembles immobiliers, soit 130 logements, situés sur le secteur de Gray. Ces biens ont été vendus à l’office départemental de Haute-Saône. Cela nous permet de déployer des projets sur le Haut-Doubs.

Càd : Comment caractériseriez-vous le marché locatif social du Haut-Doubs ?
Y.D.
: Ce marché est en très forte tension. Sur Pontarlier, on est à une offre pour 9 demandes, soit deux fois plus qu’à Besançon. Le Haut-Doubs est un territoire en tension depuis des années. Le gros frein sur la bande frontalière est lié au coût du foncier.

Càd : Quelles sont les dernières opérations menées sur le Haut-Doubs horloger ?
Y.D.
: On termine actuellement une grosse opération de réhabilitation sur deux immeubles de 28 logements à Maîche. On a rénové les accès, les extérieurs, créé deux ascenseurs avec des travaux d’isolation et de ravalement. On cherche toujours des opportunités en concertation avec la commune. On gère une centaine de logements à Morteau avec également la volonté de se développer sur cette commune. Il y a deux ans, on avait eu l’opportunité de réhabiliter au centre-ville un immeuble de 10 logements vacants pour les proposer en locatif libre.

Càd : Le Haut-Doubs offre plus de possibilités de mixer les projets ?
Y.D.
: Tout à fait car le niveau de revenus est plus élevé sur la bande frontalière, ce qui permet de s’engager sur de l’accession à la propriété.

Càd : Bénéficiez-vous d’aide quand vous vous engagez sur de la production de logements ?
Y.D.
: Suivant la tension des territoires, on peut bénéficier de conditions d’emprunt, d’exonération de taxe foncière, des baisses de T.V.A. accordées par l’État. On est aussi soutenu par le Département. La Région verse sa contribution sur les opérations de réhabilitation. Sur les opérations de construction, on travaille avec la Banque des Territoires. Il faut aussi mobiliser des fonds propres.

Càd : Êtes-vous aussi confronté à des locataires dont les revenus sont ou deviennent bien supérieurs aux plafonds de ressources ? Comment procédez-vous alors ?
Y.D.
: Sur notre parc, il y a très peu de dépassements. La commission d’attribution des logements locatifs permet d’identifier les personnes en dépassement de ressources. Les foyers concernés font alors l’objet de surloyer dont le montant peut être conséquent en sachant que cet argent revient à l’État. Si la situation perdure, on les incite à partir mais il n’y a aucune expulsion possible.