La Ville a acquis deux petites parcelles boisées situées au nord-est du hameau des Étraches. Un choix d’investissement stratégique à long terme.

Quel intérêt d’acheter des parcelles forestières à l’heure où les peuplements résineux du Haut-Doubs subissent de façon récurrente les attaques de scolytes ? Sur le plan économique, cela ne semble pas pertinent même si de grosses avancées ont été faites dans la valorisation des bois scolytés. Comme on peut régulièrement le lire ici ou là à chaque inauguration de bâtiment public dont tout ou partie de la charpente est constituée avec des résineux victimes de ces insectes ravageurs.

Ce sera encore le cas avec le futur complexe Aqua Ô Doubs en cours de viabilisation sur la plaine Pourny de Pontarlier. “Ce projet va utiliser des résineux A.O.C. bois du Jura et scolytés tant que possible”, explique Pierre-Yves Siramy, directeur de la forêt, de l’immobilier et de l’énergie à la com’com du Grand Pontarlier.

Les deux parcelles sont dans un massif forestier discontinu situé au-dessus du hameau des Étraches.

Si elle n’est plus la plus grosse commune forestière du Haut-Doubs devancée désormais par Val d’Usiers, Pontarlier compte toujours 1 000 hectares de forêt soumise. Avant le scolyte, entre 6 000 et 7 000 m3 de bois étaient abattus chaque année en forêt communale. “Ce volume comprenait 80 % de bois vert et 20 % de bois scolyté. Aujourd’hui avec la multiplication des coupes sanitaires, le volume global a progressé et le rapport s’est complètement inversé dans la répartition avec 80 % de bois scolyté contre 20 % de bois vert. Au niveau des recettes, on se maintient autour de 400 000 euros. Les volumes compensent la dépréciation du bois. Le gros souci est lié au fait qu’on décapitalise beaucoup de potentiel.” De quoi sonner le glas des riches communes forestières du Haut-Doubs.

À Pontarlier, l’avenir de la forêt communale passe par la régénération naturelle et l’expérimentation de nouvelles essences censées être plus résilientes aux sécheresses. “Pour répondre à l’enjeu de la biodiversité, on a aussi créé des îlots de sénescence où on n’exerce plus aucune exploitation. Quelques vieux arbres sont aussi conservés ici ou là.” Le second enjeu s’articule autour de l’accueil du public. Les nouveaux équipements du théâtre forestier illustrent cette démarche. “On investit dans cette logique depuis trois ans. Un partenariat a été conclu avec la section menuiserie du lycée professionnel Toussaint-Louverture pour la fabrication d’une table-abri qui s'inspirera de celles que l’on peut voir au théâtre forestier.”

Le troisième et dernier enjeu est lié à la filière avec l’exploitation de la forêt au service d’une économie locale. La famille propriétaire des deux parcelles boisées aux Étraches avait sollicité la commune de Pontarlier qui a accepté cette proposition. D’une surface globale de 1,1 hectare, il s’agit pour l’essentiel de plantations relativement jeunes de sapin ou d’épicéa avec quelques érables, hêtres et de nombreux frênes et saules. Des essences assez courantes dans le Haut-Doubs. Le coût de l’acquisition s’élève à 10 000 euros.

“On ne recherchera pas une rentabilité immédiate mais on est plus sur une stratégie à long terme. Jusqu’à présent, la commune n’avait pas de propriété dans cette section. On sera maintenant présent et cela offrira la possibilité d’acquérir les parcelles limitrophes si d’autres opportunités de vente se présentent. C’est une façon de participer à une forme de remembrement pour tendre vers une meilleure gestion de la forêt”, poursuit Pierre-Yves Siramy.


Cet article vous est proposé par la rédaction de La Presse Pontissalienne
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