À l’heure ou la pénurie d’eau se fait cruellement sentir dans le Haut-Doubs, de nouvelles découvertes réalisées par des plongeurs-spéléologues sur les communes des Combes et de Ville-du-Pont donnent de nouvelles perspectives pour garantir la ressource en eau.

L’agonie du Doubs est une réalité une nouvelle fois en cet automne, avec des niveaux de la rivière qu’on a rarement connus aussi bas. Mais des explorations récentes sous la surface de la rivière, menées ces dernières semaines par les membres du comité de spéléologie du Doubs pourraient redonner le moral à ceux qui désespèrent de cette situation. « Si le Doubs "superficiel" souffre d’un fort déficit hydrique en ce moment et que de nombreuses sources sont taries ou en passe de l’être, il ne faut pas oublier que le karst contient une importante nappe souterraine. Il y a en sous-sol un véritable château d’eau qui serait largement en mesure d’alimenter le secteur en eau potable. À quoi bon faire remonter de l’eau de la vallée de la Loue à Lods jusque-là alors que la ressource existe en abondance sous nos pieds ? » interroge le spéléologue et hydrogéologue mortuacien Christophe Rognon.

Des membres du Comité Départemental de Spéléologie du Doubs ont procédé à de nouvelles explorations du sous-sol karstique sur le secteur des Combes-Remonot notamment

Il appuie ses affirmations sur les découvertes que lui et ses collègues du Comité Départemental de Spéléologie du Doubs ont faites ces dernières semaines en explorant le sous-sol karstique de la rivière à plusieurs endroits. Des plongées très récentes effectuées les 20 et 21 septembre dans le défilé d’Entreroches sur la commune de Ville-du-Pont au niveau de l’émergence de Sombrenom et de la grotte de la Cheminée ont permis de découvrir une imposante galerie à grande profondeur. « Avec actuellement une section noyée de 8 m de largeur pour 5 m de hauteur, le siphon principal se développe sur près de 400 m pour une profondeur de 75 m. Et le conduit continue de descendre à grande profondeur » appuie Christophe Rognon.

En parallèle, les explorations se poursuivent dans la source de la Colombière sur la commune des Combes. Cette émergence importante se développe en bordure du Doubs, sous la route départementale 437 au lieu-dit « le Mauvais pas ». Explorée initialement en 1992 jusqu’à 17 m de profondeur mais défendue par des passages extrêmement étroits, « cette source a fait l’objet d’importants travaux d’aménagement de sécurisation au cours de l’été 2026 pour en extraire les déblais qui encombraient la vasque d’entrée. Les explorations menées depuis début octobre nous ont permis d’atteindre près de 30 m de profondeur dans un vaste conduit qui se développe actuellement sur 330 m de distance depuis l’entrée » poursuit le spécialiste qui n’oublie pas de citer, dans le même secteur entre Pontarlier et Morteau, la grotte-chapelle de Remonot qui a été explorée jusqu’à 43 m de profondeur, ainsi que la Grotte du Trésor qui reste en cours d’exploration avec une profondeur atteinte de 44 mètres récemment, après franchissement d’une première galerie noyée de 390 m pour 17 m de profondeur.

Les plongeurs spéléologues sont descendus dans des galeries noyées à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Un vrai château d’eau.

Autant de châteaux d’eau souterrains souvent remplis d’or bleu. « Sur moins de 3 km à vol d’oiseau, ce secteur du Haut-Doubs présente une concentration exceptionnelle de cavités noyées témoignant de la présence d’un aquifère profond se développant de part et d’autre d’une "rivière" à l’agonie. Cette ressource, actuellement inexploitée et encore partiellement explorée, représente une richesse exceptionnelle pour le secteur » insiste Christophe Rognon qui a commencé à faire part de ces découvertes récentes aux élus locaux.